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Sidi-Bel-Abbès: Les robes noires, d'un combat à un autre
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 18 - 03 - 2009

Gré du calendrier, la journée nationale de l'avocat intervient deux jours après une date historique, celle du 19 Mars, consacrée Journée d'Ennasr. C'est en somme une double halte évocatrice pour la corporation, pour se rappeler et préparer l'avenir avec un texte relatif à la profession et qui est inscrit à l'ordre du jour des deux chambres parlementaires pour le compte de la session du printemps 2009.
Le bâtonnat local de Sidi Bel-Abbès, très entreprenant, en tenant à se remémorer le combat des aînés, affirme que ce qui suivra, en termes du passé, n'est pas exhaustif, dira M. Otmani Mohamed en évoquant le long combat des avocats, avec les premières arrestations en février 1957 de Mahieddine Djender et de feu Ali Boumendjel, assassiné un certain 23 mars. Le premier a été condamné le 24 juillet 1957 à 10 ans de travaux forcés pour «association de malfaiteurs». Quant au second, son ignoble assassinat fit date... «L'avocat musulman», selon les termes usités, a été livré aux parachutistes qui le torturèrent à mort, tout en donnant à sa famille une autre version d'un compte-rendu rocambolesque, à savoir un suicide. C'est ce que l'on appellera «l'affaire Boumendjel», qui provoquera un sérieux malaise durant cette époque de la guerre de Libération nationale auprès de l'opinion publique internationale qui suivait ces évènements.
D'autres noms, et non des moindres, sont à citer tels les Kaddour Sator, Amar Bentoumi, Mahmoud Zertal, Amara Mokrane, Chaoun Benmelha, Omar Menouer, Tayeb Houcine, avocats à la cour d'Alger, internés au camp de Berrouaghia (Alger) et autres robes noires tels les Oussedik, Benabdallah, Abed, M'hamed, dont le courage est à saluer, quarante-sept ans après l'indépendance, indique le bâtonnier de Sidi Bel-Abbès, Me Otmani Mohamed. A cet effet, le bâtonnat de Sidi Bel-Abbès a tenu à faire observer une pensée pour leur confrère de Tlemcen, Rahali Yacine, ravi aux siens à l'âge de 55 ans.
Il y a de cela près de deux mois, une évocation avait été entreprise pour feu Maître Abed. M'hamed, assassiné par l'OAS, tout en tentant d'offrir un survol sur la corporation et son combat qui ne se veut nullement exhaustif. Cette corporation, victime elle aussi de l'arsenal sur la confiscation conjuguée de la mécanique de l'occupation et de l'aliénation. «Les avocats par rapport à leur action, tel le collectif des avocats du FLN en France et tous les autres Algériens et Européens, ont fait reculer, jour après jour et durant des années, la répression, tout en protégeant les militants algériens des services de séquestration. Ils ont fait de leur mieux car c'était les personnes les plus aptes à dénoncer l'aggravation de la répression et alerter l'opinion. C'est ainsi que des mesures spéciales vont être prises afin de les neutraliser, afin de leur interdire autant que possible les contacts avec les victimes de la répression et leurs familles. Le gouverneur général Soustelle et ses subalternes avaient déjà utilisé à ce propos l'état d'urgence. En juin 1955 par exemple, le bâtonnier du barreau de Batna, Me Laïd Lamari, qui avait défendu de nombreux habitants des Aurès depuis le 1er Novembre 1954, était interdit de séjour dans le Constantinois. En décembre, un avocat de Paris venu plaider en Algérie se voyait interdire l'entrée du département de Constantine. Robert Lacoste devait poursuivre la politique de Soustelle. En juillet 1956, il faisait interner Me Rezkallah, en novembre Me Thuveny. C'est en février 1957 cependant que la neutralisation des avocats prend son aspect global. La majorité des avocats algériens et des avocats européenne «libéraux» sont arrêtés : certains internés dans les camps, certains expulsés en France. Les deux premières arrestations sont celles de février 1957 de Mahieddine Djender et de Ali Boumendjel, ceux condamnés par l'OAS telle Gisèle Halimi, Aussaress en Espagne. Depuis plus deux décennies (octobre 88), l'on ne cesse de lever une partie du voile de l'anonymat, qui devait tomber dès l'indépendance recouvrée, sur la dimension et l'importance du rôle des avocats. Ceux-ci ont donné le meilleur d'eux-mêmes afin de faire avancer les notions de liberté, de droits de l'homme, d'Etat de droit. Quant à nous, nous dirons qu'on ne peut pas être frappés par la lambada médiatique qui accompagne depuis quelques années les ténors et autres zélés porte-flambeaux d'une certaine conception des droits de l'homme, un brouhaha d'autant plus dense qu'il n'y a aucun risque à s'avancer sur le devant de la scène, relève-t-on. Souvenons-nous, tel n'était pas le cas à l'heure de la France coloniale, pour qui avait le courage de dire non à la torture, non à l'oppression et à l'exploitation, non au colonialisme, même sans s'impliquer outre mesure. Pour ceux-là, le danger était clair et presque toujours inéluctable. Quant aux irréductibles, c'est-à-dire ceux qui n'entendent pas le moindre écart entre les idées et l'action, bref tous ceux qui ont résolument fait leur le combat du peuple algérien et qui ont ainsi rejoint la lutte du FLN, ceux-là ont franchi le Rubicon au point d'y sacrifier leurs biens, leur avenir, leur famille quelquefois. La tâche accomplie, ils sont pour la plupart retournés à la quotidienneté plus ou moins blafarde, endurant sans rien dire les aléas de leur engagement en faveur d'une cause, ne revendiquant rien et ne cherchant presque jamais à se faire valoir ici ou là-bas. Ce combat qu'ils ont mené, ils le jugent encore et toujours naturel, légitime, conforme à l'éthique et fidèle aux valeurs d'une France dont ils ont en fin de compte défendu l'honneur.
La réalité de cette défense ? 180 avocats environ ont participé à cette action. Ils étaient présents, partout sédentaires, itinérants, y compris à travers l'Algérie où des dangers multiples les guettaient en permanence. Les expulsions tombaient les unes après les autres et les autorités coloniales s'ingéniaient à leur infliger brimades, vexations, et dans bien des cas, la répression. Combien d'entre eux ont été appréhendés en pleine nuit, interrogés puis expulsés ? Sans compter les sempiternelles menaces de mort. Rien ne les a découragés et ils ont constamment accompli leur mission.
Nous signalerons à titre indicatif et pour rappel les poursuites à l'encontre de Maîtres Zavrian, Vergès, Courgéré, l'agression criminelle contre Me Nicole Rein à Sétif, l'enlèvement de Me Mireille Gley-Man par l'OAS à Alger, l'assassinat de Me Abed Mohamed, objet de notre évocation. Mais rien n'a entamé notre détermination jusqu'au cessez-le-feu.
En France, le combat a été total jusqu'à l'obtention du respect absolu des détenus et la reconnaissance de leur qualité politique. Tel a été le combat des membres du collectif du barreau de Lyon (Me Berger Soulié, La Phouang, Boucher) qui ont harcelé les autorités pour faire cesser les tortures dont étaient victimes les détenus du FLN à la caserne Vauban et au fort Mont-Lu. L'admirable travail de Me Souquière et de Me Viala à Toulouse, qui ont parcouru pendant des années tout le sud-ouest du pays, organisant la défense et assistant les détenus de la région. Les durs combats à Marseille de MM. Bronstein, Bernusmier, et Siannau témoignent également de l'ampleur du combat. Quelque temps plus tard à Grenoble, d'autres avocats, Maîtres Nantermoz, Matieu, Boulbina, Abecassis avaient fort à faire, compte tenu de la proximité de la frontière et du nombre croissant d'arrestations. Me Mathieu ira lui aussi, dès le cessez-le-feu, s'installer en Algérie pour y apporter sa compétence. Mais il a malheureusement péri dans un accident de la circulation non loin de Skikda.
En France, un travail énorme a été accompli par Me Liliane Royer (Strasbourg), Rodoziki (Metz), Hubert (Nancy), Henry Fenaux (Charleville-Mézières), Neller et Formi (Belfort). Me Fenaux ira en Algérie en 1962 pour y enseigner. Dans le Nord, MM. Bélanger et Portal Aix à Lille, Epelbaum à Rouen, Pannier à Caen, Hedron au Havre, ainsi que bien d'autres encore qui voudront bien nous pardonner de ne pouvoir tous les citer, ont eu un rôle essentiel. Me Henri Coupon (Avignon), les bâtonniers Jacques Berland (Dijon), Bendimered (Lyon) ont contribué d'une manière conséquente à l'action du collectif. Et à Paris, il y eut une équipe organisée qui, en permanence, conduisait le combat tant en France qu'en Algérie. Maître Zavrian, Courrégé, Beau Villard, Vergès, Rein, Radziewski, Naouri, De Félice, Stull, Chang Benoît, Gley-Man, Jacqueline Jaeger, Blanchet-Parodi, Ould Aoudia, Ben Abdallah et tant d'autres encore.
Ces hommes et ces femmes ont, dans bien des cas, payé un lourd tribut à la répression. Un avocat assassiné, d'innombrables inculpations, l'internement pour deux d'entre eux, les plasticages, etc. A Bruxelles, une autre équipe s'était créée sous la houlette de Maître Zavrian, responsable du collectif pour le nord et l'est de la France, Mes Moureau, De Kocq, Merchies, Draps et plusieurs autres du barreau de Bruxelles apportaient ainsi leur contribution dans le nord de la France aux côtés de leurs confrères français. On ne peut passer sous silence la contribution de Maître Roland Dumas à la défense du peuple algérien et des militants du FLN.
Il fut le seul autorisé à pénétrer dans les camps d'internement, brisant le réseau Jeanson dans un procès exemplaire qui permit de faire beaucoup avancer la lutte pour l'indépendance, indique notre source, en cette lutte dont fait partie le chahid Maître Abed M'hamed, avocat au barreau d'Oran.
Docteur en droit, membre du conseil de l'Ordre des avocats, tombé au champ d'honneur le 14/12/1961 à l'âge de 36 ans. Notre source signale que le soldatesque coloniale, après avoir plastiqué à la bombe par quatre fois son cabinet en le détruisant complètement, ainsi que son domicile, lui a tendu une embuscade. En sortant du palais de justice, criblé de balles mortelles, il est tombé au champ d'honneur, arrosant de son sang chaud et noble l'arbre de l'indépendance de son pays bien-aimé. Il disait souvent : «Liberté chérie, que de crimes commis en ton nom...», relate l'épouse du défunt dans un quotidien régional il y a quelque années. Elle a fait connaître les conditions de son ignoble assassinat et de son enterrement. L'un de ses enfants, en exercice comme cadre de l'éducation à Sidi Bel-Abbès dans les années 2000, nous en a parlé.
Laissons l'épouse parler: «C'était en décembre, un jeudi soir à 17 heures environ, lorsque la nouvelle de cet assassinat fut tout de suite répandue par la Radio internationale suisse ainsi que par la radio égyptienne au Caire de «La voix des Arabes (Saout El-Arab). Le domicile fut encerclé par les militaires avant le transfert du corps et le couvre-feu fut instauré. En signe de deuil, les magasins ont baissé leurs rideaux et cela dura deux jours. Durant toute la nuit, de la prison civile, on entendait crier les moudjahidine détenus : «Vive l'Algérie», cite toujours la même source, qui donne de précieux détails sur l'enterrement, qui rappelle celui de feu le Docteur Benzerdjeb et qui a été prévu pour le lendemain vendredi, à la prière du Dohr, mais effectué le matin vers 10 heures. Malgré la présence des militaires, le rassemblement des frères moudjahidin, amis du défunt, a commencé très vite. A une heure, une foule immense était présente. Aussitôt, le préfet et le commissaire de police de l'arrondissement, sur ordre militaire, sont venus annuler l'enterrement pour le reporter au lendemain samedi à 6 h du matin. Dans la nuit, exprimant sa colère et son mécontentement, la foule a déclenché une manifestation. Et pour éviter que d'autres massacres se produisent, le père du martyr est monté sur une chaise et, s'adressant à l'assistance, dont la plupart étaient ses élèves, même les anciens, a prié la foule de se disperser dans le calme et la discipline. Dieu merci, la voix du maître fut entendue et sa famille a pu garder le corps une deuxième nuit. Survolant la ville, un hélicoptère a lancé des tracts. Très tôt le matin du samedi, de nombreux policiers motards ont encerclé la maison du défunt. Des frères moudjahidine, dissimulant leurs armes sous leurs vêtements, se sont infiltrés jusqu'à l'intérieur pour présenter à la famille leurs condoléances et faire partie de l'enterrement, et partager ainsi la douleur qui était la leur. A 7 h, le cortège funèbre démarra vers le cimetière (Aïn El-Beida), suivi d'une foule sur cent mètres environ, accompagné des motards. De chaque côté, volait un hélicoptère. Quand le cortège arriva au cimetière, l'armée et la police son restées malgré eux dehors, ce qui a permis à nos frères de lutte de prononcer leurs discours et de disparaître pour d'autres missions, celle de perpétuer leur combat notamment.
Du côté des français anticolonialistes, nous citerons Gisèle Halimi, une robe noire qui a marqué de son empreinte l'histoire de la guerre d'Algérie. Membre du collectif d'avocats du FLN, elle avait défendu, des années durant, les militants algériens contre la «machine dévastatrice» de la justice coloniale. Toujours en première ligne des combats contre l'injustice, l'arbitraire et pour la cause des femmes, cette «avocate irrespectueuse» revient sur son face-à-face avec la «drôle de justice». Témoignage poignant fait à notre journal du Quotidien d'Oran qui l'a interviewée il y a quelques années.


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