Tous les petits génies de l´informatique du Maghreb et des pays de l´Est sont mobilisés depuis quelques jours pour décrypter le nouveau code du bouquet TPS, mais a-t-on songé à décrypter le pourquoi des nouveaux codes gouvernementaux. Tenez, à partir d´aujourd´hui, entre en application le nouveau code de la route qui prévoit de nombreux cas de retrait de permis de conduire, notamment pour conduite en état d´ivresse ayant entraîné accident mortel. Mais l´Algérie a le chic pour tout codifier: le code de commerce, le code pénale et de procédure pénale, le code de la douane, le code des eaux, le code de la chasse, il n´y a pas un domaine ou un secteur qui échappe à cette manie de tout réglementer, y compris la vie familiale des gens par le biais du code de la famille. Dans beaucoup de pays du monde, notamment les pays anglo-saxons, c´est le droit coutumier qui règle les relations sociales, commerciales, civiles. Les juges se basent généralement sur la jurisprudence et leur bon sens pour ne pas léser une des parties en litige. En Algérie il y a trop de lois, trop de textes, trop d´ordonnances, à tel point que les juges chargés de leur application n´arrivent pas à mémoriser tous les articles et qu´ils finissent par s´y perdre. N´importe quel petit agent de service vous jettera à la figure un article de loi, un décret, un arrêté ou une circulaire qui vous privera de vos droits. Partout ailleurs, la loi est faite pour protéger les honnêtes gens, chez nous c´est le contraire qui se passe. Et généralement, vous n´avez aucune voie de recours, à moins d´être pistonné, de connaître quelqu´un à l´étage au-dessus, dans les hautes sphères, là où «il fait froid». C´est la raison pour laquelle c´est le règne de la jungle. On a l´impression qu´elles ne sont pas faites pour être au service de la majorité des citoyens, mais au service exclusif d´une minorité qui elle peut se permettre de fouler aux pieds les «lois de la République». Certes, nous avons hérité de l´administration jacobine et centralisatrice à la française, mais en France, la loi y est respectée, messieurs, elle est la même pour tous. On a vu ce qui est arrivé au pauvre Gaymard, ministre de l´Economie, qui a été obligé de démissionner pour avoir fait louer par son département un appartement de 600 m² pour la bagatelle de 14.000 euros. De telles mésaventures ne risquent pas d´arriver chez nous, où l´on commence par suspendre (par l´imprimerie) le journal qui a rapporté l´information, avant de traduire le journaliste en justice. On dit que les Européens et les Maghrébins ne parlent pas la même langue. Eux écrivent de gauche à droite. Nous, nous le faisons de droite à gauche. Mais l´explication n´est pas suffisante. Elle ne tient pas la route. Le vrai problème c´est que nous sommes incapables de privatiser des Souks El Fellah, mais nous sommes champions dans la privatisation du service public. L´Etat au service de l´individu et de sa smala. Pour reprendre une expression de Nourredine Boukrouh, alors président du Parti du renouveau algérien (PRA) , dans les colonnes d´El Watan du 8 juin 1998 : «Dans notre pays tout est anormal, falsifié, perverti» La débauche de codes est sans doute faite pour masquer toutes les irrégularités et les lézardes de notre système politique, social, économique. Pendant ce temps, les partis de l´alliance présidentielle s´offrent un code de bonne conduite pour ne plus se tirer dans les jambes et parler d´une seule voix au parlement et dans les autres sphères. Ce n´est qu´un code de plus, qu´il est inutile de chercher à décrypter, tant il est transparent dans son opacité.