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«L'Algérie n'est pas à l'abri de la crise mondiale»
L'EXPERT INTERNATIONAL OMAR AKTOUF À L'EXPRESSION
Publié dans L'Expression le 07 - 08 - 2011

Auteur de nombreux ouvrages sur l'économie mondiale, Omar Aktouf, PhD. Professeur titulaire management HEC, à l'Université de Montréal, a bien voulu répondre à des questions d'actualité nationale et internationale, à savoir l'économie algérienne dans le contexte mondial.
L'Expression: Vous êtes l'un des experts internationaux qui ont prévu, depuis des années, une crise financière américaine. De nos jours, les USA traversent une crise financière sans précédent, qu'en est-il des causes de cette situation?
Omar Aktouf: Effectivement, je suis l'un de ceux qui préviennent depuis les années 1980, qu'un système économique mondial calqué sur le modèle US et basé sur une mondialisation néolibérale, ne peut que se fracasser un jour ou l'autre contre un mur. Ce «système» trop axé sur une analyse du côté de l'offre et pas assez du côté de la demande, (c'est-à-dire du côté du salariat, du pouvoir d'achat), a fait que ce système était et reste voué à l'échec inéluctable. Les hypothèses dogmatiques de l'existence d'un «marché autorégulé» et d'une «croissance infinie», sont les erreurs fatales fondamentales qui génèrent ce genre de crises qui se succèdent depuis longtemps à savoir, en 1929, 1973, 1980, 1987, etc. Cette politique économique qui s'aggrave tout en revêtant de multiples formes (crises économique, financière, alimentaire, écologique...), est la cause de cette énième crise du capitalisme financier à l'américaine qui ressemble à celles des précédentes. Cette situation relève des mêmes fausses conceptions des mécanismes économiques réels. A force de focaliser sur la seule question «how to make money», «comment produire de l'argent» et du fait de la quasi-disparition de toute classe moyenne solvable.
L'Amérique n'a-t-elle pas tiré de leçons de la crise financière de 2008?
Hélas, non, absolument pas! Et cela aussi j'en préviens dans mon dernier livre: le système entrepreneurial, économique, politique, managérial des USA n'est tout simplement pas outillé (et ne le veut pas, car cela toucherait aux plus hauts intérêts) pour tenter de comprendre les vraies sources profondes de telles crises (ce que j'explique plus en profondeur dans mon avant-dernier livre La stratégie de l'autruche).
Ces sources profondes sont structurelles et inhérentes à l'esprit même du capitalisme financier, et non conjoncturelles-passagères comme on s'entête à vouloir le faire croire et le croire. Ce capitalisme financier n'a fait que colmater les brèches avec des sparadraps, c'est-à-dire, en bref: 1/ réalimenter le cercle infernal de tout système financier qui est le triangle «offre de crédit - emprunt endettement - consommation» et 2/ solliciter à fond la planche à billets en imprimant des dizaines de milliers de milliards de dollars pour sauver avec de l'argent public les ravages des erreurs du privé... (ce qui implique que, de fait, l'économie US actuelle n'a plus rien de capitaliste! C'est une sorte de nouveau communisme d'Etat dont il faudrait écrire la théorie). De gigantesques fleurons entiers de l'économie US (sans parler de tout le système d'institutions financières) ne sont tout simplement plus des entreprises «privées»... ainsi de GM qui a été sauvée en se faisant racheter à 75% par l'Etat US, 15% par l'Etat canadien et le reste par les syndicats! Les USA n'ont absolument pas voulu comprendre que le «business as usual» qui a provoqué cette crise ne pouvait ni la dépasser, ni en sortir, ni en éviter d'autres en continuant à fonctionner comme il le faisait avant.
Cette crise aura-t-elle des conséquences sur l'Algérie?
L'Algérie n'est pas un pays qui vit hors de l'économie mondiale. Nos banques étant inscrites de mille et une façons dans les transactions financières internationales, tout ce qui atteindra le système financier global nous atteindra: effets domino obligent. Plus grave, et jusqu'à preuve du contraire, le modèle économique privilégié dans notre pays, depuis notre «ouverture» aux économies dites de marché, la promotion d'un secteur privé national... reste largement le modèle US. Tous les maux qui frappent les USA nous frappent déjà (en plus dramatique hélas): chômage, dégringolade de l'économie réelle, fin de la classe moyenne, évasion fiscale massive (sans parler des détournements, de la corruption...). Notre économie souffrira donc de plein fouet, et en pire, de tout ce qui affecte le modèle US, puisque nous le privilégions.
Ce à quoi il faut ajouter un autre effet domino: toutes les économies qui sont arrimées directement ou non à celle des USA (pratiquement toute la planète) seront touchées par la baisse des achats américains, par leur quasi-défaut de paiement... auront donc moins de revenus, donc moins de capacités à acheter aux autres pays (dont l'Algérie)...
Ce à quoi il convient aussi d'ajouter le fait que nos réserves qui sont en dollars US seront automatiquement laminées par tout ce qui laminera le dollar à l'échelle mondiale (même si une partie est libellée en euros, avec la crise qui frappe l'Europe, cela ne change pas grand-chose), etc. Mais, le pire je crois, pour le cas algérien c'est que comme pratiquement toute l'Afrique et les pays du Moyen-Orient, nos régimes sont des régimes néo-colonisés (actifs en plus!), avec un pseudo-Etat totalement tenu à bout de bras par l'Occident (USA en tête), pseudo-Etat qui met nos richesses stratégiques comme les hydrocarbures à la merci des intérêts de ces mêmes Occidentaux, qui a laissé perdurer la quasi-mono-dépendance du pays sur les ventes du pétrole et du gaz, qui n'a aucun marché intérieur (ni de production ni de consommation) durable-structurel-large-solvable..., dont le secteur privé ne peut être, en immense part, qu'extraverti (tourné vers ce même Occident qui nous néo-colonialise) autant dans sa dépendance en machineries, produits et services à valeur ajoutée de niveau international, technologies, intrants, semi-finis... que dans la «réalisation» effective de parties substantielles de ses profits qui alimentent non seulement les sources extérieures des machineries, technologies... dont il a besoin, mais également les secteurs des loisirs, du bâtiment, de la consommation de luxe, du tourisme (sans parler des écoles et universités privées...) de cet Occident. C'est l'impasse totale! En plus de la vulnérabilité immédiate à toute aggravation de crise US ou mondiale.
La vraie planche de salut aurait été un modèle de développement à la chinoise, basé d'abord, sur la régulation-contrôle du «marché», la priorité aux opérateurs locaux, la jalouse sauvegarde des ressources nationales (et non leur bradage pour enrichir au plus vite les classes dirigantes), l'éducation massive et de haute qualité (qui ignore la sinistrose gravissime qui frappe ce secteur chez nous?), la préservation (et non le sacrifice) de l'agriculture, une véritable et palpable amélioration de la qualité de vie du citoyen (dans tous les sens), une croissance autocentrée avec un intensif accent sur la mise sur pied d'un marché intérieur solvable, une main-d'oeuvre instruite et constamment formée... Mais tout cela est le contraire absolu du «modèle US». L'Algérie, ou plutôt le peuple algérien dans son écrasante majorité, souffrira des conséquences de cette crise, donc de multiples façons (on en voit déjà des effets indicibles dans la région de la Corne de l'Afrique, avec le retournement des spéculateurs de Wall Street, Londres... vers les céréales et autres produits alimentaires et de première nécessité.
Quand on sait à quel point le pouvoir d'achat de notre peuple est déjà lamentable... pas besoin de grands clercs pour deviner l'ampleur des conséquences des subites et souvent vertigineuses hausses (300% pour le seul blé il y a quelques mois!) des prix mondiaux de ces denrées dont l'Algérie est dramatiquement dépendante.
La plupart des travailleurs en Algérie demandent des augmentations de salaire. Or l'Algérie tire ses revenus des hydrocarbures. Quelle lecture faites-vous de cette situation?
On a vu plus haut que la véritable santé de toute économie passe effectivement d'abord, bien plus par l'élargissement-valorisation du salariat que par le constant enrichissement des plus riches (comme dans le modèle US). Mais effectivement aussi, cela ne peut se faire dans n'importe quelles conditions. Encore une fois, j'invoquerai le cas chinois: production-consommation nationale autocentrée, contrôle des «marchés» des imports-exports, des changes, des produits et services, des investissements extérieurs, de la valeur de la monnaie nationale... Une économie est un tout intimement inter-relié dans toutes ses composantes, sur le long terme et la constance... et non une juxtaposition de mesures improvisées au gré des conjonctures, des intérêts particuliers, des pressions de la rue...
Donc, en Algérie, hausser les salaires pour les hausser ne rimerait à rien en soi! Il faudrait un train de mesures simultanées ou presque, dont, pour l'essentiel et par priorité (mais pour cela il nous faudrait un véritable «Etat»), des mesures drastiques anti-corruption et anti-évasions fiscales (voir ce qu'a fait, même avec tous les bémols qu'on voudra, un Poutine en Russie).
Prendre des anti-fortunes démesurées, anti-anti-salaires-revenus (patronaux...) tout aussi démesurés, assurer l'Etat donc, d'un minimum de récupération de la richesse nationale «hyper-concentrée» à l'interne, des mesures de redistribution de cette richesse sous forme alors, de hausses de salaires pour en un premier temps, garantir un minimum de vie digne aux citoyens puis des mesures de contrôle des prix, un programme d'insertion sociale, de revenus de citoyenneté, des investissements massifs d'urgence (avec revenus des hydrocarbures) notamment dans l'agriculture, l'éducation et les infrastructures. Car nos dirigeants (et leurs soutiens occidentaux) doivent finir par comprendre qu'on ne peut indéfiniment et impunément fouler les peuples aux pieds.
Le nôtre est plus que dramatiquement privé de presque tout au profit d'intérêts extérieurs et d'une classe dominante insatiable. Cela ne peut durer... sauf à accélérer la venue sur notre sol d'un «Printemps arabe» qui risque fort de n'être que de violents ouragans aussi sanglants que dévastateurs.


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