Le nouveau gouvernement français présentait hier son agenda social avec une mesure à forte dimension symbolique, le retour de 62 à 60 ans de l'âge de la retraite pour une petite partie des salariés. Cet ajustement, qui remet en cause la grande réforme du quinquennat de l'ex-président conservateur Nicolas Sarkozy, suscite déjà de vives critiques à droite et l'inquiétude du patronat quant à son financement. Une semaine après sa nomination, le chef du gouvernement, Jean-Marc Ayrault, a détaillé en Conseil des ministres sa «méthode pour la préparation de la conférence sociale», une vaste concertation promise par le candidat socialiste, qui se tiendra en juillet et dont le premier chantier emblématique concerne les retraites. Après une série de mesures symboliques, dont la baisse des salaires du président et des ministres, les modifications de la loi sur les retraites devraient être adoptées par décret «dans les trois semaines», a indiqué M.Ayrault, hier matin, sur la radio RTL. Il a évalué à «100.000» le nombre de personnes concernées la première année. Le décret doit instaurer pour les salariés ayant commencé à travailler à 18 ou 19 ans le droit de partir à la retraite à 60 ans à taux plein s'ils ont cotisé 41,5 ans. Il prendra «en considération les périodes de maladie, chômage, invalidité», a précisé la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem à l'issue du Conseil des ministres. Le gouvernement reviendra ainsi en partie sur la réforme engagée en 2010 par Nicolas Sarkozy, qui avait repoussé l'âge légal minimum de départ à la retraite de 60 à 62 ans. Le Premier ministre, qui dit vouloir travailler en respectant le dialogue social, a annoncé qu'il recevrait le 29 mai chaque organisation syndicale et patronale séparément. «Je prendrai mes responsabilités aussi au vu du coût. Nous avons évalué le coût de cette mesure à un milliard d'euros, nous l'avons financée (...) Il ne s'agit pas d'augmenter le coût de cette mesure», a-t-il dit. Dans ce dossier, le gouvernement est attaqué tant sur la méthode que sur le fond. «François Hollande et Jean-Marc Ayrault viennent d'ouvrir la boîte de Pandore du retour de la retraite à 60 ans et ils auront beaucoup de mal à la refermer», s'est alarmé hier sur plusieurs médias le secrétaire général de l'UMP (droite), Jean-François Copé. «Je vois bien que beaucoup de syndicats commencent à vouloir pousser très, très loin le bouchon du retour en arrière. Or, la vérité, c'est que nous n'avons pas le premier euro pour payer tout cela», a-t-il ajouté. Le président (UMP) de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, s'est indigné de voir le Parlement «bafoué» et «contourné» par un exécutif gouvernant par décrets. «Je vais solliciter une audience auprès du chef de l'Etat et auprès du Premier ministre pour leur rappeler ce que sont les règles d'une démocratie parlementaire», a-t-il déclaré sur Bfmtv. La chef du patronat, Laurence Parisot, qui n'avait pas caché son soutien à Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle a alerté sur «l'impact financier» du projet, qu'elle chiffre à «2 milliards par an à partir de 2017». Les critiques à droite sont d'autant plus âpres que la campagne électorale pour les législatives des 10 et 17 juin vient de débuter. L'enjeu est crucial pour la gauche, qui part en ordre dispersé faute d'accord entre PS et radicaux alors qu'elle a besoin d'une victoire pour dégager une majorité à l'Assemblée nationale et avoir les moyens d'appliquer son programme. Les sondages lui sont pour l'instant relativement favorables.