La chaîne Beur TV, qui est de droit français, est-elle en train de griller ses dernières cartes en Algérie? C'est en tout cas l'avis des spécialistes qui sont étonnés par la tournure que prend cette télévision qui existait depuis plusieurs années sans pour autant créer de polémique sur le champ audiovisuel algérien. Qu'est-ce qui s'est réellement passé dans cette télévision pour occuper, ces derniers temps, le champ médiatique et se présentant plus comme une télévision de l'opposition, créant un espace d'expression pour des politiques qui ont l'habitude avec la polémique. Depuis le mois d'août 2015, la chaîne a connu une restructuration importante dans sa configuration algérienne. Il faut préciser que Beur TV, qui est connue comme étant une télévision de droit français, est détenue par deux actionnaires, Nacer Kettane et Réda Mehigueni, dirigeant la société Vox Algérie. Les deux hommes se partagent la chaîne dans son orientation. En France, c'est Nacer Kettane qui diffuse les programmes sur les réseaux de diffusion français, et Réda Mehigueni contrôle l'autre versant arabe et tous les programmes diffusés sur Nilesat. Si la France contrôle le contenu des programmes diffusés par Nacer Kettane, qui ne pose pas de problème pour le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel français), le contenu diffusé sur l'autre versant de Beur TV sur le satellite Nilesat pose, depuis quelque temps, plusieurs problèmes. Ainsi, après le montage d'un documentaire à charge contre les «gays» en Algérie, provoquant une vive polémique avec les auteurs et certains journalistes de la production, la chaîne a, en fait, changé de ligne éditoriale, devenant peu à peu la tribune de l'opposition, s'inscrivant dans une guerre de clans qui ne dit pas son nom. Pis encore, Beur TV sert de caisse de résonance aux opposants visés par Ennahar TV. Avec son émission Moukabala khassa (Rencontre privée), Beur TV a ainsi donné l'occasion inespérée à Louisa Hanoune de répondre aux accusations d'Ennahar TV. Trois jours plus tard, la chaîne remet une couche: une interview avec le polémiste Hassen Aribi, qui vient d'être démenti par l'avocat Miloud Brahimi. Ce changement de cap pour une télévision algéro-française qui a toujours montré patte blanche envers le pouvoir et le clan présidentiel, démontre une volonté d'entrer dans une guerre de clans larvée. Le directeur de la chaîne Beur TV «Algérie», Réda Mehigueni qui vient d'être convoqué par le président de l'Arav, Miloud Chorfi, a exprimé son voeu d'arrêter la campagne, mais il a confirmé que l'émission sera maintenue. Beur TV, qui a changé de logo en supprimant les couleurs arc-en-ciel, car trop proches du drapeau des «gays», ne finit pas de nous étonner avec ses tournures éditoriales. Les jours à venir risquent de nous réserver de nouvelles surprises. [email protected]