Si la France et l'Algérie n'assument pas leur passé commun, le traité d'amitié demeurera lettre morte. Le docteur Mohamed El-Korso, président de la Fondation du 8 Mai 45, estime qu'il n'y a aucun risque que «la boîte de Pandore, ouverte, n'éclate à la figure de tous, à trop vouloir fouiller les recoins de l'histoire coloniale française en Algérie». Cette question, somme toute légitime, est en effet évacuée d'un revers de main par cet enseignant de carrière, qui se veut pédagogue et précis dans toutes ses réponses. «Les choses sont on ne peut plus claires pour tous. Chacun sait qui était qui et qui faisait quoi en Algérie». Selon El-Korso, les caïds étaient aussi bien connus que les nationalistes et les collaborateurs. En revanche, «les choses se sont compliquées durant la période étalée entre 1954 et 1962». Or, ce n'est pas cette période qui nous intéresse. El-Korso, qui souhaite que les passions s'estompent afin que le travail d'évaluation et d'écriture véritable de l'histoire se fasse afin que la France aille vers une requalification de ses actes avec toutes les conséquences que cela implique, ne laisse pas de préciser que «les archives, notamment de l'ancienne armée coloniale, sont ouvertes, ce qui permet d'accéder à une véritable mine d'informations qu'il s'agira de recouper et de consolider avec les acteurs de l'époque encore vivants, cela avant qu'il ne soit définitivement trop tard». Il ajoute qu' «il faut assumer notre histoire, alors que la France devra en faire autant sans le moindre esprit revanchard». S'il est vrai que toutes les révolutions connaissent des dérapages et des pages sombres, très difficiles à admettre, il convient de relever que «bien souvent, ce sont les services français qui se trouvaient derrière, comme ce fut le cas pour la fameuse bleuite». Toujours est-il que bien loin des dangers de voir ressurgir les vieux démons du passé, El-Korso pense qu' «il s'agit là d'un passage obligé pour Alger et Paris s'ils veulent que le traité d'amitié ne soit pas signé pour devenir une simple lettre morte». Les deux parties, en revanche, «auront à accomplir un travail de mémoire complémentaire, loin de toute passion, afin que le réchauffement des relations entre les deux pays se fasse, cette fois-ci, sur des bases réellement solides et durables». La preuve que cette théorie est fondée tient sur le fait que Paris s'est en quelque sorte déclarée froissée par les propos du président Bouteflika à propos des fours à chaux de Guelma dans lesquels avaient été incinérés les Algériens massacrés le 8 Mai 1945. Cela est une preuve de plus que Paris cherche des «euphémismes» pour qualifier et, en quelque sorte cacher son «véritable crime contre l'humanité». Pour la fondation du 8 Mai 45, dont l'idée de création remonte aux premières années qui avaient suivi l'indépendance nationale, soixante ans après ce massacre, il n'est que temps que les dessous des cartes soient révélés, que la France fasse acte de repentance, ce qui aurait pour conséquence de la grandir aux yeux du monde entier, d'aider à la cicatrisation des plaies et de permettre à Alger et Paris de redémarrer leurs relations sur des bases plus saines et débarrassées de ce lourd poids du passé.