Les tensions entre la communauté noire américaine et la police se sont aggravées après la diffusion des images de son assassinat par un policier blanc de Minneapolis, un Etat qui a déjà défrayé la chronique en la matière. L'indignation a submergé non seulement cette ville, connue pour son climat de racisme ordinaire entretenu depuis la guerre de sécession, mais aussi d'autres Etats dans une Amérique où la question de l'égalité des races paraissait avoir été apaisée, faute de pouvoir être véritablement réglée. Outre les cris d'indignation entendus dans plusieurs villes des Etats-Unis et même au Capitole, la présidente de l'Assemblée des représentants dominée par les Démocrates, Nancy Pelosi, ayant condamné avec force cet «assassinat», la colère et l'émotion sont tout aussi vives en Afrique, un continent où se trouvent, selon le président américain Donald Trump, des «pays de merde». C'est ainsi que le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, a qualifié, hier, de «meurtre» la mort de George Floyd, un Noir américain, non armé, asphyxié, lors de son arrestation, par la police, dans l'Etat du Minnesota. Il «condamne avec force le meurtre de George Floyd aux Etats-Unis, aux mains d'agents des forces de l'ordre, et transmet ses condoléances les plus sincères à sa famille et ses proches», dans un communiqué qui «réaffirme et réitère, fermement, le rejet par l'Union africaine des pratiques discriminatoires incessantes envers les citoyens noirs des Etats-Unis» et demande aux autorités américaines «d'intensifier leurs efforts pour éliminer toutes les formes de discrimination basées sur la race ou l'origine ethnique». Cette réaction fait écho à celle de la Haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU qui a fait le lien avec une série d'autres drames, révélateurs des plaies raciales aux Etats-Unis. «C'est le dernier d'une longue série de meurtres d'Afro-Américains, non armés, commis par des policiers américains et des citoyens lambda», a regretté Michelle Bachelet. «Les autorités américaines doivent prendre des mesures sérieuses pour mettre fin à ces meurtres, et pour s'assurer que justice soit faite lorsqu'ils se produisent.» En 2014, Eric Garner avait péri dans des conditions identiques, à New York, et en 2016, Philando Castile fut froidement abattu sous les yeux de sa compagne et d'une fillette. Ce qui justifie amplement la douleur exprimée jeudi par le vice-président de la Commission de l'UA, Kwesi Quartey, sur Internet, qui a assuré que l'organisation panafricaine est «bouleversée d'assister à une nouvelle exécution injustifiée d'un homme afro-américain (...) pour l'unique raison qu'il EST NOIR», avant de demander «une enquête complète sur ce meurtre». Pour sa part, le président américain Donald Trump, en passe d'un nouveau bras de fer avec...Twitter, a vite fait de balayer les affirmations de sa porte-parole qui l'avait vu «indigné» par les faits! Dans son tweet d'hier, il s'en prend aux manifestants: «Quand les pillages démarrent, les tirs commencent. Merci!», écrit-il, dans un message interprété comme une incitation aux forces de l'ordre pour faire usage de leurs armes. Il aura été entendu, en ce sens qu'une équipe de CNN a été arrêtée et menottée par la police, alors qu'elle couvrait à Minneapolis la troisième nuit consécutive de violences. La chaîne a réagi en dénonçant «une violation manifeste du premier amendement» de la Constitution américaine garantissant la liberté de la presse.