Le sursaut arabe a rendu caduc le plan initial parce qu'il ne prévoyait pas de retrait israélien. On aura assisté mardi soir à un débat de sourds à l'ONU. Le ministre des Affaires étrangères qatari, Hamed Ibn Jassem, avertit l'instance onusienne sur les risques d'adoption d'une résolution qui ne tienne pas compte de la réalité des faits. Il sous-entend la caducité du plan franco-américain qui ne prévoit aucun retrait de l'armée israélienne des terres libanaises. Le ministre israélien, Dan Gillerman fait un long réquisitoire sur le Hezbollah qu'il considère comme seul et unique responsable du conflit, sans omettre de pointer l'index sur l'Iran et la Syrie qui le soutiennent, selon lui, militairement. Le vice-ministre libanais des Affaires étrangères, Tarek Mitri, accuse Israël de bombarder des civils sans défense et de détruire des infrastructures de son pays. Mais Dan Gillerman se présente en «bâtisseur», tentant dans la foulée de restituer une histoire qui a meublé l'imaginaire des Israéliens dans leur lecture. Tarek Mitri lui rappelle que les bombardements qui se poursuivent à Tyr en sont la preuve flagrante. L'Israélien reconnaît que détruire ne signifie pas bâtir. Le diplomate libanais poursuit: «Dans les agressions précédentes, le Hezbollah n'existait même pas. Alors pourquoi s'acharner à lui faire porter la responsabilité entière?». La question reste sans réponse. Dan Gillerman rabâche les arguments éculés à force d'avoir été énumérés auparavant. Le Qatari tient un discours médian, entre les deux thèses, en demandant à la communauté internationale de bien évaluer la situation parce que la «partialité» porte préjudice aux Libanais. Il met en exergue l'importance de l'unicité arabe qui apporte un soutien inconditionnel au plan Siniora. L'ambassadeur français à l'ONU, Jean-Marc de la Sablière a revu sa copie. Il considère utile l'introduction de la version arabe dans la mouture initiale. Toutefois, Philippe Douste Blazy, chef de la diplomatie française, espère que le gouvernement libanais puisse désarmer le Hezbollah. A cet effet, une réunion interministérielle a été organisée hier à Toulon pour faire le point sur la situation au Liban. Le président français, Jacques Chirac, a estimé que la crise israélo-libanaise menaçait «l'équilibre de toute une région». Il a décrit un «enchaînement dramatique de deuils, de souffrances, de destructions innombrables» où «chaque jour apporte de nouvelles horreurs (...) On ne résoudra rien par la force. Toute solution doit passer par un accord politique», a-t-il précisé. Bush a envoyé son représentant du Moyen-Orient, David Welch, au Liban où il a eu hier des entretiens avec le premier ministre libanais Fouad Siniora. Le chef de la diplomatie allemande, Frank Steinmeir, était hier à Jérusalem. Il s'agit de la seconde visite en Israël du ministre allemand depuis le début du conflit. La valse diplomatique risque de s'étendre dans la durée. Entre-temps, Israël réunit son conseil de sécurité pour envisager la possibilité de l'extension de son offensive au Sud Liban. Mais le Hezbollah continue de lui causer des pertes considérables. Ce qui commence a faire douter en Israël où les avis sont de plus en plus partagés. On n'est plus au temps des incursions touristiques qu'organisait le Tsahal sans rencontrer de résistance. Les négociations option incontournable alors que la guerre se poursuit. Les belligérants se disent favorables à l'arrêt du conflit. Ils l'ont encore réitéré à l'ONU. Mais chacun a sa propre vision de la paix.