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La fin du quatorzième siècle...
FESTIN DE MENSONGES DE AMIN ZAOUI
Publié dans L'Expression le 02 - 05 - 2007

«Mais pourquoi est-ce que je vous raconte tout cela?»
Le lecteur devrait-il répondre à cette question-là, posée tout à la fin du roman Festin de mensonges (*) de Amin Zaoui, par son personnage central qui me semble littéralement inouï, - et sans aucun doute plus que cela? «Dans notre village, précise l'auteur faisant parler son personnage, tout le monde avait oublié mon vrai nom celui du fils guerrier berbère Koussaïla. J'aimais être appelé par mon sobriquet, Nems, la fouine», et plus loin: Je m'appelle Koussaïla et je n'aime pas les guerres. Je déteste le mot «haine»!»
Je dirais que Nems, le «curieux impénitent», s'est fait tout seul en lisant beaucoup de livres en arabe et en français, des romans et le Coran et en apprenant directement à l'école de la vie; et quelque constant qu'il puisse paraître dans son insolente révolte contre sa famille, contre la société, contre les faux dévots, les faux responsables de la cité, il reste intelligent, étonnamment clairvoyant et pathétique. Ce sont les points forts du personnage et, à bien des égards, si l'on examine les espaces dans lesquels il évolue et les situations scabreuses dans lesquelles il s'enferme volontairement, il n'y a pas loin à le considérer comme le double de l'auteur, - dans le cas présent, est-ce la volonté de l'auteur? Je ne le crois pas tout à fait, car je ne doute pas que Amin Zaoui sait que dans la littérature, le «je», plus que le «moi», est «haïssable». Comme pour le romancier, la vie est toute «festin de mensonges», la création romanesque lui permet alors de communiquer par l'intermédiaire de son personnage qui raconte lui-même «cette vie satanique, terrible et angélique» qu'il a vécue en ce quatorzième siècle lequel, prédisait-on, finirait par l'explosion de mille millions de malheurs! Effectivement, notre narrateur, portant en lui une certaine somme de tendances, est ambigu à souhait pour exprimer le réel et transpercer toute logique sociale qu'il présuppose et qui n'existe telle quelle que parce qu'elle est mensonge sur mensonge et conforme en tout point aux observations qu'il en fait.
Ainsi donc ce Nems reste considérablement «une erreur persistante». Nems, enfant, Nems, adolescent, Nems, jeune homme, «condamné à vivre dans l'illicite, dans la malédiction», regarde, en l'absence du père, puis à cause du père, le monde hallucinatoire autour de lui comme des images fantasmagoriques dans lesquelles errent des personnages aux noms lourds de sens et de contresens (l'oncle Houssinine qui devient Hô Chi Minh), des êtres de tout âge et de tout sexe, des femmes surtout, qui ont une vie toute de culpabilité et de malaise, cherchant sans cesse un bonheur perdu puis retrouvé et de nouveau perdu. Tout est progressivement compliqué pour l'enfant et, de plus, rien ne serait sitôt configuré qu'il ne soit, pour lui, très vite interdit: «Manger de la main gauche!», très vite malsain: faire autre chose «de la main droite!», très vite péché de faire ou de ne pas faire tant d'autres choses.
Pour toutes ces situations de la vie inconstante, j'en appellerais au savant panégyriste, Abou-l-‘Alâ' Al Ma‘arrî (979-1058), qui avait prôné, en son temps, «une morale pratique basée sur la conscience et la raison» et avait gagné une réputation de poète «ironisant sur les dogmes les plus respectables de l'Islâm». J'en appellerais également - et peut-être est-ce paradoxal de le tenter ici? -à la philosophie stoïcienne, à Epictète (50-135), l'esclave, qui, dans son Manuel, avertissait déjà l'homme humble et juste parmi les hommes: «Tu voudras être libre. Il n'y a pour cette liberté qu'un chemin: le mépris des choses qui ne dépendent point de nous.»
Pourtant, je renonce à cette tentative et je fais provision de règles de vie dans l'islam où la raison est mise à l'honneur et où l'homme est naturellement homme. À bien lire Festin de mensonges, l'auteur, choisissant des exemples frappants dans notre société, nous engage, usant de litote, à voir dans la religion le remède à certaines accablantes croyances. En fait, il nous somme de les combattre, car ces croyances sont autant de misères induites, installées, par les fléaux sociaux que sont l'inculture, l'ignorance, les tabous, les préjugés, l'égoïsme, les séquelles de 132 ans de colonisation, ce dont chacun, à force de les entendre, trouve en soi la vérité et l'usage: des valeurs que seule la vie peut décliner en expériences heureuses ou malheureuses, positives ou négatives; Nems en découvre quelques-unes dans les nombreux événements historiques, politiques, sociaux, qu'il nous raconte. C'est un mélange terrifiant de conflits sociaux, de délires psychologiques multiformes, de combats brûlants attisés par la colère contre l'injustice, par la douleur causée par l'incompréhension, par le refus de la fatalité contre le destin contraire, par l'intolérance contre les mauvaises ombres d'un monde éclaté.
Justement, pour chercher dans la vérité révélée et dans la vérité de la logique universelle, le bonheur auquel aspire son personnage, Amin Zaoui fait de fréquents allers-retours. Finalement, l'insoluble mystère, son personnage va le traiter dans d'incessants sursauts d'intelligence, faisant la part de Dieu et tout particulièrement la part de l'homme dans laquelle sont compris tous les bonheurs et toutes les certitudes. Autrement dit, la vérité d'où est chassée toute incertitude, d'où est exclu tout mensonge, laissant place donc au bonheur d'être intelligemment libre, montrant ainsi que seul l'homme a le mépris de la raison. Amin Zaoui entreprend une critique historique et, puis-je dire, philologique de certaines croyances religieuses dénaturées, à la fois, par l'ignorance du fait religieux et du fait social; il explique par d'autres faits (notamment politiques, historiques,...), l'incapacité de l'homme, dans ces conditions, de secouer le joug du destin contraire. Hélas! le mensonge vient toujours ruiner ce que l'on pourrait appeler «l'identité du moi».
Dans le roman Festin de mensonges, j'ai guetté la présence de l'auteur, la richesse de son esprit. J'y ai relevé, à la fois, une tendresse éprouvée et une violence souveraine: quelque chose qui, concordant dialectique et morale, magnifie la liberté intérieure et glorifie les bonnes relations humaines dans tous les domaines de la vie.
(*) FESTIN DE MENSONGES
de Amin Zaoui
Editions Barzakh, Alger, 2007, 213 pages.


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