Les premiers ouvrages pour enfants en Algérie remontent aux années 1940-1945 et consistaient en recueils de contes du terroir. Quelle est la part réservée à l'enfance dans la littérature maghrébine? Les écrivains du Grand Maghreb s'intéressent-ils à ce genre d'écrits ou laissent-ils ce terrain en jachère? C'est, en effet, à ces questions qu'a tenté de répondre Guy Degas, professeur de littérature à l'université de Montpellier, en France. Intervenant lors du Café littéraire organisé en marge du Salon international du livre d'Alger (Sila), M.Degas a précisé que «les écrivains issus du Grand Maghreb s'intéressent bel et bien à la littérature pour enfants». Pour étayer ses propos, il a cité deux noms, et non des moindres, de ce genre de littérature. Il s'agit de l'Algérien Mohamed Dib et du Marocain Driss Chraïbi. Deux pointures qui se sont tôt intéressés à cette littérature. «Mohamed Dib et Chraïbi ont, en commun, le fait d'avoir écrit aussi pour les tout-petits», a estimé le conférencier. Ce dernier a indiqué que les premiers ouvrages pour enfants en Algérie remontent aux années 1940-1945 et consistaient en recueils de contes du terroir. «Dans ce genre de contes, il y a une part de création familiale, c'est-à-dire que le conteur recueille les contes de la bouche d'un proche», a-t-il expliqué. Il cite, en ce sens, Jean Amrouche et Rabah Belamri. «A partir de la période 1975-1986, la production se diversifie et les héros de la tradition orale sont accompagnés de créations originales propres à tel ou tel écrivain», a affirmé le professeur, ajoutant qu'à cette époque, certains auteurs ont investi la littérature de jeunesse en apportant, par ailleurs, leur expérience littéraire personnelle. Toutefois, ce genre littéraire a connu une certaine expansion vers la deuxième partie des années 1980. «C'est durant la période allant de 1985 à 1990 que la littérature maghrébine pour l'enfance a connu une consécration en se diversifiant et en se multipliant», souligne le conférencier qui ne manque pas d'insister sur la particularité des livres écrits pour les enfants. En effet, «dans l'écriture d'ouvrages pour enfants et de jeunesse, il y a des postures narratives particulières», a indiqué Guy Degas. Il cite la «posture narrative» d'un enfant qui raconte sa propre histoire à un autre enfant ou celle qui consiste à donner la parole à un ou plusieurs animaux s'adressant aux enfants. «Dans tous les cas, l'auteur utilise un langage enfantin, des mots faciles et une syntaxe formée d'une succession de phrases simples», a expliqué le conférencier ajoutant que les animaux «sont souvent présents» dans ces contes. «Les animaux de la ferme continuent d'accompagner les enfants dans la littérature enfantine de tous les pays», a précisé Guy Degas pour qui la littérature pour enfants et de jeunesse «c'est d'abord une littérature qui se raconte, qui se dit». «La littérature pour enfants et de jeunesse a autant droit de cité que toutes les autres littératures», a conclu le spécialiste français, rappelant que les contes des Mille et Une Nuits étaient à l'origine une littérature dédiée aux adultes avant de devenir une littérature pour enfants.