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«Les résultats restent insignifiants»
RAMADANE LASHEB, TECHNICIEN DES FOUILLES ARCHEOLOGIQUES
Publié dans L'Expression le 03 - 06 - 2009

«Un individu qui ne recouvre pas son identité est un individu handicapé, amputé de quelque chose de très important dans la vie d'un être humain. Peut-on vivre sans notre mémoire?»
Parallèlement à son travail de chercheur, Ramdane Lasheb enseigne la langue amazighe. Sa passion pour le patrimoine matériel et immatériel le mènera dans beaucoup de pays où il acquiert une grande expérience dans les techniques de fouilles. En France, dans la région d'Agen, Lasheb participe, en 1992, à l'opération de recensement archéologique. Il ira également en Suisse, en Italie en Espagne et en Irak avant la deuxième guerre du Golfe. Actuellement, ses travaux sont consacrés à la sauvegarde de la tradition orale. Ses travaux sur ce patrimoine immatériel seront couronnés par l'édition de son livre sur les chants féminins de guerre. Il est aussi en préparation d'un autre ouvrage sur la monographie du village Tala Khelil. En marge du Mois du patrimoine abrité par la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, Lasheb nous parle, dans un langage accessible aux non-spécialistes, de l'importance de la sauvegarde de ce patrimoine culturel. Il tire aussi la sonnette d'alarme car ce sont des pans entiers qui sont en train de disparaître. Les citoyens devront, dans les villes comme dans les villages, prendre conscience que ce patrimoine détermine notre identité collective et personnelle.
L'Expression: Expliquez-nous d'abord, la notion de patrimoine matériel et immatériel.
Ramdane Lasheb: Nous entendons par patrimoine matériel et immatériel le bien culturel commun ou héritage culturel légué par un individu, un groupe social ou un peuple aux générations présentes ou futures. Le patrimoine matériel comprend les biens culturels immobiliers tels que les monuments historiques, les sites archéologiques et les secteurs urbains ou ruraux comme la Casbah, les médinas, les ksour et les villages traditionnels. Les objets archéologiques, les biens d'intérêt artistique (peintures, gravures et sculptures, objets d'arts), les archives sous toutes les formes (textuelles, iconographiques, photographiques, cinématographiques et audiovisuelles) sont aussi inscrits dans ce chapitre.
Les biens culturels immatériels, quant à eux, se manifestent dans les domaines suivants: les traditions orales comme les proverbes, énigmes, contes, mythes, chants, poèmes...y compris la langue comme vecteur et moyen de transmission. Il y a également les arts de spectacle comme la musique, le théâtre et la danse, les pratiques sociales telles que les rituels, les connaissances pratiques liées à la nature et l'univers et le savoir-faire comme l'artisanat. Il est à rappeler également que l'Algérie, carrefour de différentes civilisations, recèle un patrimoine culturel des plus riches au monde. Plusieurs sites et monuments sont classés par l'Unesco comme patrimoine universel. Nous citerons la Kalaâ des Beni Hammad en 1980, Djemila, Tipaza, Timgad et Tassili en 1984 et enfin la Casbah d'Alger en 1992. Pour le patrimoine culturel immatériel, l'Unesco vient de classer le Ahellil du Gourara en 2005.
Pouvez-vous nous parler de ces biens culturels en Kabylie?
La Kabylie, comme toutes les régions d'Algérie, possède aussi bien un patrimoine matériel qu'immatériel. Malheureusement, il est mal connu malgré les efforts que déploient ces dernières années, les directions de la culture de Tizi-Ouzou, Béjaïa et Bouira dans sa prise en charge et la sensibilisation de la population. Les traces de l'activité humaine en Kabylie remontent à la préhistoire comme l'attestent les nombreuses découvertes archéologiques telles que l'industrie lithique, les gravures et peintures rupestres d'Afalou Bou Rmel à Béjaïa, celles de Tifrat N'ath Lhadj, Agouni N'Yizem (Azazga), Tadles (Tigzirt), Tarihant (Boudjima) et les stèles libyques trouvées à Abizar et à Souamaâ. Le gisement d'Afalou remonte à l'ère paléolithique. L'homme de Mechta Afalou en raison de sa découverte dans deux gisements de Mechta El Larbi à Constantine et Afalou Bou Rmel à Béjaïa est l'auteur de l'art figuratif le plus ancien en Afrique. Il a produit des figurines en terre cuite représentant des animaux, datées entre 13.000 et 14.000 ans avant J.-C. Il a été découvert en 1988 par une équipe conduite par Slimane Hachi, chercheur en préhistoire.
Depuis donc la préhistoire, la Kabylie a toujours été peuplée et à l'arrivée des Romains, elle était déjà organisée en confédérations d'habitants appelées les Quinquégentiens. Les autochtones ont bâti, façonné des outils et ont aussi été à l'origine de productions intellectuelles qui ont traversé des siècles avant de parvenir jusqu'à nous. Il y a de la littérature orale comme les contes, poèmes, chants, proverbes, traditions et savoir-faire.
Et pourquoi est-ce si important dans la vie d'une société et de l'individu?
C'est un héritage véhiculant l'histoire et le savoir. Ces éléments constituent le fondement de l'identité d'un peuple, d'un groupe social et d'une nation. Il procure un sentiment d'identité et contribue à la créativité humaine. C'est ce qui fait que nous ne sommes pas les autres et nous ne pouvons être que ce que nous sommes. Un individu qui ne recouvre pas son identité est un individu handicapé, amputé de quelque chose de très important dans la vie d'un être humain. Peut-on vivre sans notre mémoire?
Pouvez-vous nous dresser l'état dans lequel se trouve ce patrimoine?
Comme je l'ai dit précédemment, malgré les efforts et la volonté des pouvoirs publics, les résultats restent insignifiants. Les moyens humains et matériels mis en oeuvre et les méthodes utilisées sur le terrain pour mener à bien les opérations de recensement ne répondent pas aux normes scientifiques. Beaucoup de sites méconnus sont, par conséquent, exposés au danger de la disparition. Quant aux bien culturels immatériels dont l'esprit humain est dépositaire, ils sont délaissés, ils s'éteignent avec la disparition des vieilles et des vieux.
Alors, comment peut-on sauvegarder ce qui reste?
Cela obéit à un ensemble d'opérations successives, à savoir, inventorier, étudier, protéger, conserver et enfin promouvoir. Donc, pour élaborer une carte archéologique d'une région comme Tizi Ouzou, c'est-à-dire déterminer tous les sites et monuments se trouvant sur son sol, cela revient à mener une recherche systématique. Elle commence d'abord au niveau des archives d'où doivent être collectées les informations textuelles, historiques et archéologiques. Puis, vient l'étude du cadastre des communes pour la toponymie. Les noms des lieux peuvent permettre la découverte de sites archéologiques à l'exemple de Tala Urumi en Kabylie qui devait être à l'origine une fontaine berbéro-romaine. Il y a aussi les anomalie parcellaires. Une parcelle en forme de «L» peut s'avérer une route et un chemin mène toujours quelque part. Des enquêtes auprès des propriétaires des terrains doivent être menées pour des informations ainsi que la prospection des sols pour l'identification et la collecte de matériel archéologique. Il y a également, pour compléter la prospection au sol, la prise aérienne de photos à une altitude de 100 à 200 m. Enfin, ces informations sont regroupées dans une fiche accompagnée de photos et de coordonnées. Après, c'est l'étude par les spécialistes pour la classification et la conservation. A la fin du chaînon de la sauvegarde, il y a la promotion. C'est autour des congrès, des colloques, des expositions, des stages de formation pour les collectivités scientifiques, des portes ouvertes pour le large public et enfin l'aide à la publication dans le domaine. Le patrimoine immatériel est, cependant, le plus vulnérable. Il est en voie de disparition. Il s'en trouve encore plus menacé dans les sociétés modernes. La mondialisation qui a engendré la destruction des organisations socio-économiques des sociétés traditionnelles, l'industrialisation rapide, les migrations massives ont sérieusement mis ce patrimoine en danger. Tous ces éléments portent atteinte à la chaîne naturelle de sa transmission et par conséquent à sa fonctionnalité dans la société. Les traditions et les expressions orales ainsi que les langues vecteur principal de sa transmission sont les plus menacées. La langue berbère, par exemple, est plus conservée dans les traditions et les expressions orales. La disparition de l'un engendrera celle de l'autre. Toutefois, l'aspect le plus important dans cette mission est de faire vivre, c'est-à-dire préserver sa fonctionnalité sociale dans la vie quotidienne. C'est le rôle de l'Etat et aussi des dépositaires qui doivent s'y reconnaître et assumer leur identité culturelle. Les médias, de leur côté, devront contribuer en diffusant, par exemple, les différents rituels et cérémonies ou autres manifestations. Ils ont un très grand rôle dans la sensibilisation et la valorisation de notre patrimoine culturel.
Et que peut-on faire dans nos villes et villages pour leur sauvegarde?
Je crois que le salut viendra de là, justement. Nous devons prendre conscience que ce patrimoine est le nôtre et qu'il s'agit-là de notre mémoire. Les associations culturelles, que devront investir nos étudiants en la matière, devraient être à l'avant-garde. Elles devront intégrer la préservation de ce patrimoine dans leurs programmes. Elles peuvent, en priorité, faire l'inventaire des biens culturels du village ou de la ville, mobilier, immobilier et immatériel. Ensuite, commencer la collecte du patrimoine oral à savoir, les contes, poésies, chants, proverbes et légendes...Cela ne nécessite pas de grands moyens. Nous avons juste besoin d'un enregistreur, un appareil photo et d'un caméscope. On peut aussi faire la collecte de tout objet artisanal. Des micromusées s'imposent dans tous les villages. C'est aussi valable pour les biens immobiliers, Tajmaâth, Asqif, Talal, l'ancienne école. Tajmaâth est un patrimoine hautement chargé d'histoire qui a acquis une valeur symbolique. Sa disparition est une grande perte pour la population. Même si elle ne fonctionne plus comme dans sa version originale, nous pouvons toujours la sauvegarder en lui attribuant d'autres fonctions plus à l'air du temps. Car, le problème majeur dans la sauvegarde de ce patrimoine est de continuer à le faire vivre dans la vie quotidienne. C'est de là que notre personnalité et notre identité tiennent leurs racines et sa disparition signifie la disparition d'une grande partie de celles-ci.


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