L'interprète des causes perdues, Houari Dauphin, a exhorté les spectateurs à observer une minute de silence à la mémoire des défunts Hasni, Abdelkader Alloula, Matoub Lounès et Cheikh Fethi. «Fini et au revoir, rendez-vous est donné pour l'été de prochain», a annoncé Ibtissam, l'animatrice des soirées de la 3e édition du festival d'El Bahia. La ville d'Oran a vécu pendant une semaine au rythme du verbe pudique et le rideau a été solennellement baissé dans la nuit de mardi. La clôture a été accompagnée par des moments forts lors de l'hommage rendu aux hommes et femmes qui ont jalonné la musique oranaise, comme Hadjira Bali et Saïm El Hadj. Les vieux le savent trop bien tandis que les jeunes sont dans la phase de la découverte et de la méditation malgré leur entêtement. Les nostalgiques de la musique oranaise ont, de façon experte, apprécié le retour aux sources. Le point nodal de la cérémonie de clôture a été l'hommage mémorable qui a été rendu exclusivement aux icones de la chanson et musique oranaises tels Belkacem Bouteldja, Souad Bouali, Senhadji Kendine, Rahal Zoubir et tant d'autres. Ces artistes ont résisté, livré, pendant de longues années, bataille aux aléas des mutations qu'a connues le chant qu'ils ont développé. Les raisons sont connues de chacun. L'avènement du raï a chamboulé le cours de la chanson algérienne en particulier celui de la chanson oranaise. Les jeunes ont complètement tourné le dos aux chansons pudiques du verbe optant pour les musiques rythmées. Les vieux, eux, aiment le chant avec lequel ils ont grandi tandis que les jeunes préfèrent leur raï dans lequel ils se retrouvent. Cette sentence a constitué le verdict qui a marqué chacune des soirées de cette 3e édition alors que la soirée de clôture a été révélatrice du rejet réservé par ces jeunes profanes à la musique de leurs ancêtres. En effet, Baroudi Bekhedda, qui a été chahuté, en a été un exemple concret lorsque ce dernier a tenté d'obtenir un laps de temps de silence des quelque 4000 spectateurs présents tandis que Houari Dauphin a triomphé dans un fief qui n'est pas le sien lorsqu'il a mis en délire ces jeunes voulant prolonger leurs illusions. Le public hurlait, jubilait et délirait lorsque l'élève de Blaoui El Houari a annoncé que les chants qu'il a interprétés pour la première fois appartiennent au grand poète El Khaldi. Tout en se référant à son maitre sur l'originalité des chants qu'il a présentés, Baroudi Bekhedda a eu un coup de gueule inédit en déclarant que «la chanson oranaise était éducative, nous continuerons sur cette voie», une manière de désapprouver le raï. El Mazouzi, Baroudi Bekhedda et Houari Dauphin se sont, ainsi, succédé sur le podium du Théâtre de verdure d'Oran. Trois styles, au verbe différent, se sont disputés la soirée de la clôture mais le jugement de l'arbitre principal était tranchant. Le ton est, semble-t-il, donné à la sauvegarde de cette chanson qui a pu être imposée pendant les années 1940, 1950, 1961 et 1970. En effet, la tutelle semble plus que décidée à prendre en charge les jeunes talents. L'annonce a été faite à l'issue des diplômes d'honneur qui ont été remis aux lauréats du concours relevant du Festival de la chanson oranaise. Autant de surprises ont été déclarées. En plus de la tournée qu'ils effectueront en compagnie des chanteurs professionnels, les oeuvres des élus de la 3e édition du festival seront financièrement assumées par le département de Khalida Toumi. Pour sa part, la radio locale s'est entièrement mise de la partie en organisant le concours de l'auditeur. Trois lauréats élus, ont été honorés tandis que le burnous blanc de la festivité a été remis à la commissaire du festival, Mme Moussaoui Rabia. «Ecoutez- moi bien et après nous ferons la fête.» Telle a été la sollicitation du chanteur des amours échouées, Houari Dauphin qui a promis que la soirée sera, à la fois, délirante et inaccoutumée. Avant de s'engager dans sa promesse, l'interprète des causes malheureuses a exhorté les présents à observer une minute de silence à la mémoire des défunts Hasni, Abdelkader Alloula, Matoub Lounès et Cheikh Fethi. L'artiste, s'est ainsi lancé dans une chanson du terroir intitulée Mazal khatri yetmana (j'espère toujours). Le public, qui aspirait à mieux, exigeait davantage d'efforts de Houari Dauphin. Sans trop tarder, ce dernier satisfait la demande de ses centaines d'admirateurs en retirant des fonds de son succès de tous les temps, Je t'écris d'un coeur brisé. Portables, mis en mode lumineux éclairant le ciel du Théâtre de verdure, le public s'est mis lui aussi à chanter en choeur le tube qui a valu la célébrité à l'artiste. Heureux, Houari Dauphin a récidivé en gratifiant ses fans de la très sentimentale, Je loue le Sheraton pour mon amour. Il était minuit lorsque le verbe pudique s'est retiré discrètement laissant place au verbe cru, à l'interprète de l'histoire d'amour inédite, El Mazouzi. Ce dernier est venu jauger l'indice de sa popularité dans une wilaya où les chebs, qui poussent comme des champignons, sont un peu partout dans les boites de nuit et maisons d'édition et de production musicales d'Oran. Comme à son habitude, le chanteur prend tout son temps dans une longue introduction (istikhbar) avant d'accrocher ses fans par son verbe, à la fois direct et percutant.