A ces sanctions, Emile Guiriéoulou, ministre de l'Intérieur du cabinet Gbagbo, répond par un haussement d'épaules. «ça fait sourire», a-t-il dit. «C'est un chiffon rouge qu'on agite chaque fois aux yeux des dirigeants africains (...)» Sous pression de l'ONU, sanctionné par l'Union européenne, menacé par les Etats-Unis, le régime de Laurent Gbagbo ignore plus que jamais la communauté internationale qui reconnaît son rival Alassane Ouattara comme le président ivoirien. L'UE a décidé d'imposer des sanctions contre Laurent Gbagbo en personne, ses deux épouses et 16 autres proches, interdits de séjour sur son territoire, et les Etats-Unis s'apprêtent à en faire autant. A ces sanctions, Emile Guiriéoulou, ministre de l'Intérieur du gouvernement Gbagbo, répond par un haussement d'épaules. «ça fait sourire», a-t-il dit lundi. «C'est un chiffon rouge qu'on agite chaque fois aux yeux des dirigeants africains, pensant nous faire peur.» «Quoique ça nous coûte, nous ne céderons pas», a-t-il martelé, affirmant que l'avis de la France, ancienne puissance coloniale, de son président Nicolas Sarkozy et de ses partenaires de l'UE ne compte pas. «C'est l'avis des Ivoiriens qui compte». Même attitude à l'égard de l'ONU qui a décidé lundi de prolonger de six mois le mandat de sa mission en Côte d'Ivoire, l'Onuci, et envisage de la renforcer, alors que le président sortant avait exigé samedi son retrait «immédiat». Les troupes de l'Onuci maintiendront pour l'instant le niveau de leurs forces à 8650 personnes parmi lesquelles 7200 Casques bleus et 1250 policiers, souligne la résolution adoptée par le Conseil de sécurité. «Nous demandons le départ de l'Onuci, le reste n'est que diversion», avait dit le ministre Guiriéoulou, avant que le Conseil de sécurité ne prolonge son mandat. La mission «n'a pas à se maintenir contre notre gré sur notre territoire», et si elle «choisit d'avoir des interlocuteurs autres que les autorités légales du pays, elle se met dans la rébellion et elle sera traitée comme telle», a-t-il averti. Les partisans de Gbagbo ont accusé l'Onuci et son chef, le Sud-Coréen Choi Young-Jin, d'avoir soutenu militairement les Forces nouvelles (FN), l'ex-rébellion dirigée par Guillaume Soro, Premier ministre de Ouattara, reconnu par la communauté internationale comme le chef d'Etat légitime à l'issue du scrutin du 28 novembre. M.Choi a dénoncé une augmentation des «actes hostiles» à l'encontre de ses personnels, commis par le camp Gbagbo. «La situation est à la fois très délicate, dangereuse, mais notre détermination est entière», a déclaré Alain Le Roy, chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU. Sous le coup de sanctions de l'ONU depuis 2006 ainsi que de l'UE, le ministre de la Jeunesse de Gbagbo, Charles Blé Goudé, leader des «jeunes patriotes», harangue ses partisans depuis quatre jours dans différents quartiers d'Abidjan, les appelant «à se tenir prêts pour le combat» pour «la souveraineté de la Côte d'Ivoire». Blé Goudé avait été le fer de lance des violentes manifestations anti-françaises de 2003 et 2004 à Abidjan. «Ces propos sont particulièrement inquiétants dans un contexte de crise politique majeure et de violences où plusieurs dizaines de civils ont trouvé la mort», a jugé la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH). La Haut commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Navi Pillay, a dénoncé dimanche des «violations massives des droits de l'homme» dans le pays dont des enlèvements. Les violences, depuis la marche de jeudi des partisans de Ouattara, réprimée dans le sang par les Forces de défense et de sécurité (FDS) fidèles à Gbagbo, ont fait au moins 50 morts selon l'ONU, 25 dont 14 dans le rang des FDS d'après le camp Gbagbo. Outre les FDS et les «jeunes patriotes», Gbagbo peut compter sur «quelques dizaines de mercenaires», selon M.Leroy.