La justice est arabisée. Du moins elle devrait l'être, puisque les facultés de droit sont pionnières de l'arabisation de l'université. Brandie comme une cause nationale, elle a été prescrite progressivement aux secteurs qu'on croyait pouvoir arabiser sans trop de dommages. Mais comme dans toute approche idéologique, la méthode a été sacrifiée pour l'objectif : sans transition, des juges ont été linguistiquement handicapés, des ténors du barreau ont dû plaider en créole et des affaires pénales ont été jugées par des magistrats qui devaient lire des certificats médicaux de médecins légistes qui ne savent pas encore traduire le mot hématome. Faute d'un processus étudié, l'arabisation d'une justice pourtant réputée déjà arabisée s'éternise. Et l'on apprend qu'il vient d'être décidé l'obligation de ne présenter à la justice que des documents en langue officielle ou traduits en langue officielle. Ce qui veut dire que, d'une part, la justice n'est pas aussi arabisée que l'on croyait et que, d'autre part, revoilà le justiciable reparti pour d'autres désagréments. Et pour cause : le directeur des affaires civiles, interrogé par une consœur sur les mesures préparatoires à cette décision se veut rassurant : formation de traducteurs et prise en charge de la traduction de certaines pièces. Il y a, apparemment, une réelle impréparation puisque le nombre de nouveaux traducteurs semble trop insuffisant au vu de la taille du réseau judiciaire du pays, des traducteurs qui n'interviendront qu'après la mise en œuvre de la décision. Qu'est-ce qu'on aurait gagné comme temps et économiser comme risques liés aux mauvaises traductions, comme malentendus dans les débats d'audience, comme personnels judiciaires et comme coûts de traduction si le pouvoir n'avait pas cédé aux sirènes populistes et que le système d'enseignement national avait transité par le bilinguisme sereinement assumé ! Mais même dans ce poussif acharnement idéologique, les choses ne sont ni mûries ni rationnellement planifiées. Elles se décident toujours trop tôt ou trop tard, en fonction des préoccupations politiciennes du moment. Quand on pense que la police du métro, version nationale du monstre de Loch Ness, est déjà prête ! Les mesures d'accompagnement n'accompagnent jamais vraiment les décisions : elles la précèdent ou lui courent après, selon le cas. Cet exercice qui consiste à ordonner et aviser après, si les retombées éventuelles s'avèrent préjudiciables à l'image de l'autorité, constitue un véritable mode de gouvernance national. L'autre cas récent qui illustre cette gestion confuse concerne la nouvelle mesure de contrôle technique des véhicules neufs. La mesure est prise, mais l'Etat continue à chercher à qui, du concessionnaire ou de l'acquéreur, imputer la prise en charge de l'opération. Pendant cette période d'indécision, les services d'immatriculation devront gérer l'embarras des administrés. Si l'on pouvait évaluer les coûts de ce management approximatif, le calcul serait instructif sur les dégâts de cette gouvernance du tâtonnement. M. H.