Un climat de méfiance ou plutôt de psychose règne au sein de la population de Bordj Bou-Arréridj et des contrées proches. Les citoyens des communes de la daïra de Mansourah et des villes limitrophes étaient hier encore sous le choc suite à l'attaque terroriste. Déjà le jour de l'attaque, à 19h, la RN5 a été coupée à la circulation dans les deux sens au niveau d'El-Achir et de Mansourah. Vers 20 heures, la nouvelle s'est propagée telle une traînée de poudre dans toute la région de Bordj Bou-Arréridj. Le défilé des ambulances, des véhicules de l'ANP et des services de sécurité donnait l'air d'un temps révolu alimentant les plus folles rumeurs. L'effet de surprise passé, des centaines de citoyens se sont rendus à l'hôpital Bouzidi-Lakhdar de Bordj Bou-Arréridj. “Je suis ici pour donner mon sang”, dira un jeune dont l'âge ne dépasse pas les 20 ans. Afin de contenir la foule, le portail est fermé. Aux alentours, des agents de sécurité, des policiers et des gendarmes occupent la place menant aux urgences. Un plan de crise a été mis en place pour gérer la situation. À l'intérieur du pavillon, les personnels médical et paramédical étaient tous réquisitionnés. La plupart sont arrivés spontanément sans attendre que l'hôpital ne les sollicite. À 21h, le dispositif de la prise en charge des victimes est déjà mis en place. Des ambulances des autres secteurs sanitaires et celles de la Protection civile ont été appelées au renfort pour être dirigées vers le lieu du drame. Vers 21h30, les premiers blessés arrivent. Le ballet des ambulances commence. Leurs sirènes agressent la nuit bordjienne habituée à des soirées joyeuses en ces débuts de week-end du mois de juin où l'on célèbre les mariages. Une foule, dont des curieux et des responsables, accourt qui pour aider, qui pour avoir aux nouvelles. Si aux urgences, il n'y a pas de blessés graves, à la morgue, par contre, des corps sans vie, les uns mutilés, les autres calcinés, y sont déposés. Les corps sont transportés par les dernières ambulances. Elles arrivent dans un silence quasi religieux. La ville se recueille déjà à la mémoire des victimes. Dans la rue, un calme inhabituel y règne. On est loin du brouhaha des nuits d'été auquel est habituée la cité. À 0h30, retour à l'hôpital Bouzidi. Le nombre des décès enregistré est de 19, alors que 6 blessés sont au niveau des soins intensifs. Le visage des présents est pâle. Une calamité vient de s'abattre sur la région. Une demi-heure après, soit à une heure du matin, les blessés et les dépouilles sont transportés vers l'hôpital militaire régional de Constantine. La nuit de ce mercredi fut la plus longue et la plus triste que le pays des Bibans n'ait jamais connu. Jeudi, à 7h du matin, le dispositif est toujours en place : le directeur de l'hôpital et son personnel n'ont pas encore fermé l'œil. À 11h, deux autres dépouilles arrivent à la morgue. Il s'agit du corps du chauffeur du camion ayant servi aux terroristes pour obstruer la route aux gendarmes et qui a été éliminé par les terroristes. Le cadavre de B. Rabah, 65 ans, a été découvert dans un ravin. L'autre cadavre n'est toujours pas identifié et il serait celui d'un terroriste. Les services de sécurité l'ont récupéré dans la forêt limitrophe. Hier, vendredi, un climat fait de calme, de prudence et d'indignation régnait à Bordj Bou-Arréridj. “Non, pas de retour à la case départ”, lit-on sur toutes les lèvres. C. B.