Le ministère de l'Intérieur semble cultiver de sérieux doutes sur la destination de l'argent de la zakat collecté par des associations caritatives d'obédience islamiste. À se fier à une information rapportée jeudi par le journal londonien El-Hayat, en se basant sur une source sécuritaire, les services du département de Yazid Zerhouni auraient ouvert une enquête supplémentaire pour “détecter la destination des dons et argent de la zakat collectés par des associations islamistes algériennes de peur que cette manne ne soit utilisée pour le financement des groupes armés après des vérifications préliminaires des comptes de 80 000 associations agréées”. Plus grave, les associations qui font l'objet d'une enquête n'ont présenté aucun rapport sur leurs comptes ou sur leurs activités depuis leur création il y a de cela plus de 10 ans. Selon Al Hayat, l'enquête préliminaire lancée depuis une année a conclu à l'existence de connexions entre des associations agréées et le terrorisme ou banditisme. Les autorités ont, d'ailleurs, reçu beaucoup de requêtes faites par des citoyens se plaignant de “certaines personnes suspectes qui ont collecté des fonds sous le prétexte du travail caritatif”. L'enquête du ministère de l'Intérieur a même touché, précise El Hayat, des associations satellites de certains partis politiques et qui se sont rendues coupables de pratiques financières illégales. Ceci dit, aucune indication sur le nombre de ces associations ni sur les sanctions que compte prendre le ministère de l'Intérieur à l'encontre des membres de ces associations. Sauf que les autorités ont l'intention de revoir à la baisse le nombre d'associations. Une précision : ce réveil brutal des services du ministère de l'Intérieur est quelque peu tardif. Car en septembre 2007, la presse nationale a fait état de l'intérêt de l'ambassade des Etats-Unis à l'argent de la zakat qui, soupçonnent les Américains, sert au financement d'Al-Qaïda au Maghreb. Ce qui avait alors soulevé un véritable tollé auprès des islamo-conservateurs. En effet, certaines âmes bien-pensantes, à l'image du président du Haut-Conseil islamique cheikh Bouamrane, avaient alors enfourché le cheval du patriotisme pour crier à l'ingérence des Américains dans les affaires internes de l'Algérie. Et deux ans après, les soupçons des Américains ont été quelque part confirmés puisque le département de Zerhouni est arrivé à la même conclusion : l'argent de la zakat finance le terrorisme. Mais ce qu'il y a lieu de redouter, c'est de voir le ministère de l'Intérieur se saisir de ce précédent pour verrouiller davantage le monde associatif ou en retirant l'agrément à des associations qui refusent la tutelle du pouvoir, surtout que les services du ministère de l'Intérieur planchent sur la révision de la loi sur les associations. Pour se laver de tout soupçon, les autorités ont d'ores et déjà saisi les pouvoirs publics, la Commission des droits de l'Homme de l'Onu, en expliquant que la révision de la loi sur les associations ne constitue nullement une entrave aux libertés. Mais voilà, selon Al Hayat toujours, Zerhouni a vivement reproché aux associations activant dans certaines wilayas du pays secouées par des émeutes (Ghardaïa, Chlef, Oran…) de n'avoir rien fait pour contenir les mouvements de protestation vécus par leur région. De l'avis de Zerhouni, il y a urgence de procéder à un toilettage de la loi sur les partis et les associations afin de les rendre plus efficaces car, explique-t-il, 95% d'entre eux ne soumettent pas leurs bilans financiers aux autorités compétentes. Mais le danger réside dans le fait qu'on se saisit de cette loi en préparation non pas pour assainir la scène politique nationale, mais pour limiter sérieusement le champ d'action de l'opposition.