Une commission ministérielle de trois membres mandatée par le ministre de l'Industrie a été dépêchée mercredi dernier dans la wilaya de M'sila pour s'enquérir de la situation du blocage de l'usine Algal +. Retour sur un conflit qui dure depuis plus de 98 jours. Ainsi donc, des représentants du ministre Benmeradi ont assisté à une réunion au siège de la wilaya, en présence du secrétaire général de la wilaya, l'inspecteur général du travail et de l'union syndicale UGTA de la wilaya de M'sila et ce pour entendre les explications du propriétaire de l'usine Algal + sur ce conflit. Selon nos sources, le gérant de l'usine a rappelé que malgré les deux décisions de justice du 9 mai 2011 et du 7 juillet 2011, les portes de l'usine sont toujours bloquées par un groupe d'individus dont un bon nombre d'entre eux n'ont aucune relation contractuelle avec Algal +. “Les instigateurs de cette manœuvre dilatoire qui veulent me racketter en me réclamant 300 millions chacun pour débloquer l'usine, bénéficient encore d'une impunité inexpliquée”. “Je n'ai pas de conflit avec le partenaire social, c'est un groupe de 20 personnes dont le contrat est échu qui ferment le portail”, ajoute M. Dekar Farid, document à l'appui, tout en se demandant pourquoi son usine reste toujours fermée. “Je regrette que mon usine reste fermée alors que la zone industrielle a été débloquée après seulement une journée de fermeture par ce groupe d'individus !”. “J'aurais bien aimé que la commission ministérielle m'ait entendu dans mon usine et non pas au siège de la wilaya”, conclut-il. Par ailleurs, la commission a écouté la version des grévistes. Six représentants dont 3 n'ont pas de relations contractuelles avec l'usine Algal + ont été entendus par la commission, selon nos sources. D'après ces dernières, ces représentants ont renouvelé devant la commission les deux principales revendications: “la mise en place d'une commission des autorités compétentes pour enquêter sur les circonstances liées à la privatisation de l'usine d'aluminium en 2006”. La seconde revendication est le départ des investisseurs privés : “En fait, ces travailleurs cherchent, à travers ce mouvement que la loi réprime, à remettre en cause un processus validé et endossé par les hautes instances du pays. Cela ne se passe qu'en Algérie. Pourquoi ? D'ailleurs, les membres de la commission ont clairement signifié que la privatisation de cette usine en 2006 a été faite selon les lois de la République et auprès d'une haute instance de l'Etat algérien”. D'ailleurs, M. Dekar a exhibé aux membres de la commission les explications du ministre Benmeradi, quant à la question relative à la privatisation de cette usine : “La décision du CPE de privatiser Algal + est irrévocable et elle s'était faite conformément à la loi et à la réglementation en vigueur. Les nouveaux propriétaires d'Algal + ont respecté leurs engagements conclus lors du rachat de l'entreprise en 2006”, indiquera le ministre de l'Industrie. Notons que le blocage de l'usine d'Algal + se poursuit depuis le 8 mai dernier par un groupe d'ouvrier empêchant ceux qui veulent travailler d'y accéder, malgré les décisions de justice. Cette catégorie, les non-grévistes, n'ont pas été entendus ni par cette commission ministérielle ni par les autorités locales. “Nous voulons travailler”, disent-ils. “On n'a pas besoin du couffin du ramadhan” En effet, cette majorité silencieuse est prise en otage par un groupe de “hors-la-loi” : “Nous avons une usine qui tourne bien, un travail, un salaire décent, des acquis sociaux complets et surtout une pérennité”, disent les non-grévistes. “C'est honteux, j'ai un métier, un emploi et on me donne le couffin du Ramadhan”, dira un des ouvriers non-gréviste. “Pourquoi veut-on faire de moi un nécessiteux ?”, s'est-il interrogé. “On n'a pas besoin de l'aumône mais de nous ouvrir notre usine et de nous laisser travailler”, ajoute-t-il. Un père de famille qui a refusé le couffin du Ramadhan offert par les autorités locales, parle de gens qui veulent laisser la situation pourrir pour des raisons non dévoilées. “En date du 12 juillet 2011, le gérant de l'usine et son partenaire social ont conclu un accord de 10 points dont l'augmentation des salaires de 10%, l'augmentation de la prime du panier, l'augmentation de la prime de la femme au foyer, étude du dossier des contractuels, au cas par cas, suivant les besoins de l'entreprise et conformément à la réglementation, établissement des contrats suivant les besoins de l'entreprise, la prime du bénéfice annuelle sera remise selon l'accord collectif, les journées de grèves seront payées et récupérées, toutes les poursuites judiciaires seront suspendues… le dernier point est l'application de ces accords et l'ouverture immédiate de l'usine sous la responsabilité du syndicat. Mais quelques heures après, le syndicat revient sur l'accord sous l'influence et la menace de groupe qui tient l'entrée de l'usine”. “Les autorités de la wilaya écoutent seulement la trentaine de hors-la-loi et ignorent les 400 autres travailleurs de l'usine”. L''usine d'aluminium Algal + à M'sila est un maillon important de la structure industrielle du secteur de construction et autres. Plusieurs entreprises de construction, de menuiserie aluminium et ses dérivés et de professionnels du secteur de l'Algérie et de quelques pays voisins sont touchés, ce qui représente une importante partie de leur profit. Après trois mois de fermeture de l'usine, plusieurs entreprises qui transforment le profilé ont suspendu leurs activités ou prévoient sa substitution avec un produit d'importation. L'arrête de travail génère assurément des impacts négatifs, autant sur les travailleurs de l'usine que sur l'industrie de la transformation dans toute l'Algérie. “Il est urgent de régler le litige, considérant les impacts socio-économiques dévastateurs pour nous et le pays”, concluent les travailleurs non-grévistes.