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Al-Qaïda se recentre sur le Maghreb-Sahel
À l'ombre de la crise libyenne
Publié dans Liberté le 06 - 09 - 2011

L'exacerbation de la crise libyenne, le désordre qui s'ensuit, les tensions tribales et les dissensions entre les trois acteurs islamistes actuels de la guerre (confrérie senoussi, Frères musulmans, djihadistes) qui en découleront vraisemblablement ne peuvent que servir aujourd'hui l'intérêt d'AQ Centrale d'Ayman Al Zawahiri.
A la lumière de ces développements en Libye, la mouvance terroriste, créée par Oussama Ben Laden, poursuivra sa stratégie d'un recentrage en Libye avec un rayonnement régional Maghreb-Sahel-Somalie dans le cadre de sa restructuration interne qu'elle a entamé depuis son accession au leadership et que je dénommerais pour le moment AQMA (Al Qaeda Mouvements Associés). La communauté internationale doit rester plus que jamais attentive à la menace d'activités djihadistes en Libye pour les deux raisons que j'avais évoquées précédemment dans ce même média :
-- A terme, la présence internationale sur le sol libyen donnera à AQMA de nouvelles possibilités de se présenter comme le défenseur des musulmans contre notamment l'invasion occidentale et la mainmise sur les ressources de la Umma;
-- la ventilation dans le contrôle du nouveau gouvernement libyen qui sera mis en place, combinée à la poursuite des tensions tribales, donne aux djihadistes et islamistes extrémistes une étendue plus que jamais d'opérer à partir de la Libye.
A moyen terme, il sera assez difficile de restaurer une stabilité durable en Libye du fait que la fracture entre Tripolitaine et Cyrénaïque est trop forte, les islamistes de l'Est sont réveillés dans les vieux réseaux senoussis, le mouvement des FM réactivé, les djihadistes radicaux dynamisés, l'alliance des tribus a tout de même volé en éclats, les minorités périphériques Touareg et Toubous sont hors contrôle, et les dépôts d'armes ont été pillés et circulent librement vers l'Egypte et dans toute la région sahélo-saharienne qui, au demeurant, il faut le rappeler, est une zone de non-droit très vaste, qui s'étale sur des milliers de kilomètres. Nous risquons d'avoir devant nous une décennie de terrorisme et de guérillas de basse intensité.
Le facteur du senoussisme réapparaît de manière flagrante au travers du drapeau du CNT, drapeau de l'ancienne monarchie du roi Idriss, soutenue par les Anglais et renversée par Kadhafi le 1er septembre 1969. Je rappelle que ce sont les Anglais qui, en 1951, créent cet Etat libyen pour faire contrepoids à la France en Algérie.
A cette époque, une partie du Fezzan libyen (Fezzan Ghadamès) est en effet réclamée par les Français. Dans le milieu des années 1990, la Cyrénaïque qui abrite les principales réserves pétrolifères du pays est la proie d'une agitation islamiste combattue par Kadhafi, dont le socle semble être les anciens réseaux senoussis.
C'est par conséquent le dispositif de la confrérie senoussie qui a été réactivé et qui constitue le noyau du CNT, alors que sa composante demeure non clairement identifiée. Toutefois, les Frères Musulmans libyens et les groupes djihadistes indépendants ou de l'ancien GICL n'ont pas l'intention de rester en marge et voudront profiter de la stratégie d'inclusion, envisagée par l'Occident, pour infiltrer le dispositif futur de gouvernance de la Libye. De mon point de vue, ils ne se contenteront pas, comme certains le supposent, de postes subalternes pour “service rendu”.
Aujourd'hui, ce sont bien les djihadistes de l'ancien GICL, Abdelkrim El Hasadi et Abdelkrim Belhaj, qui sont respectivement chef militaire de Derna et Tripoli. C'est également Abdelkrim Belhaj qui, selon certains renseignements, aurait été derrière l'assassinat, en juillet dernier, du général Younès Abdel Fattah, chef militaire de l'insurrection libyenne, alors qu'il se rendait à une réunion de situation avec le Président du CNT. Ce fait est révélateur que les djihadistes pourraient être enclins à mener des actions “clean up”. La question reste ouverte !
Pour situer qui sont ces chefs militaires rebelles, il faut revenir à 2007, lorsque les Américains avaient saisi des fichiers d'AQ dans une maison de la ville irakienne de Sinjar. Les fameux “Sinjar files” faisaient état de tous les combattants étrangers voyageant en Irak. Parmi les 595 personnes inscrites sur ces fichiers, 112 étaient libyens, dont 85% des djihadistes libyens étaient des commandos suicides et 13% des combattants. Figuraient sur ces listes les noms de Belhaj et Hasadi. Les Sinjar files ont aussi mis en évidence que 60% des djihadistes venaient de Derna et 24% de Benghazi. Nous retrouvons ces informations dans des câbles de l'USDoS envoyés de Tripoli en juin 2008 et révélés par Wikileaks qui font ressortir que le problème du djihad en Libye est très sérieux.
A mon sens, nous assisterons vraisemblablement, au fil du temps, à une violence récurrente, comme ce fut le cas en Irak. Le désordre dans lequel se retrouve la Libye profitera à l'islam radical, et le risque de diffusion vers la Tunisie, l'Egypte, l'Algérie et le Maroc est bien réel. AQ est actuellement en mode “stand by” et “wait and see” observant l'évolution de la situation.
La crise libyenne a, sans aucun doute, permis à AQMI de s'approvisionner en armes (conventionnelles et non conventionnelles -WMD) auprès des différents groupes djihadistes libyens, soit les indépendants, soit les anciens du GICL dénommé aujourd'hui MICL (Mouvement Islamique pour le Changement en Libye), une adaptation qui en dit long. De plus, sous l'impulsion d'Abu Attiya, homme proche et de confiance de Zawahiri, AQMI serait en train de consolider ses liens avec l'organisation somalienne Al Shebab pour créer un nouvel axe AQMI-Shebab-AQPA (Al Qaeda Péninsule Arabique), c'est-à-dire Maghreb-Sahel-Somalie-Yémen. Selon certaines informations d'observateurs avertis, cette relation se développerait par l'entremise des dirigeants d'AQMI Sahel, qui revendiquent depuis longtemps des contacts avec de nombreuses organisations terroristes régionales à l'est et au sud de la zone sahélo-saharienne. Au regard de ces éléments et de bien d'autres, c'est la tendance salafiste djihadiste takfiri qui est en train de prendre le dessus.
Grâce à la confusion qui règne en Libye, AQMI se revitalise et renforce sa force de frappe, ceci bien entendu en corrélation avec la nouvelle dynamique que souhaite insuffler Al Zawahiri à AQ en rapport avec les turbulences que connaît le monde arabe, dénommées de manière abusive “printemps arabe”.
Une croisade nouvelle
contre l'Occident
Avec le kidnapping des 7 employés d'Areva sur le site d'Arlit (Niger) en septembre 2010, AQMI a démontré sa capacité d'acquérir du renseignement et de conduire des opérations militaires dans des zones supposées sécurisées par des forces armées nationales. Jusqu'à présent, les Occidentaux, pris en otages, étaient des touristes ou des humanitaires s'étant aventurés hors des “sentiers battus”, voire des journalistes s'étant approchés trop près des groupes terroristes ou ayant tout simplement été “livrés” par leurs guides. Désormais, les djihadistes ont démontré leur capacité de frapper n'importe où. De surcroît, depuis l'opération conduite le 22 juillet 2010 par les forces spéciales françaises associées aux troupes mauritaniennes pour tenter de libérer Michel Germaneau, opération qui s'est traduite par la mort de 7 combattants d'AQMI, la France et ses ressortissants se trouvent particulièrement visés. AQMI Sahel exploite cette opération qu'elle qualifie de “croisade contre l'islam” pour légitimer le djihad aux yeux des populations qui la soutiennent dans la zone sahelo-saharienne.
Aux motivations financières et politiques initiales d'AQMI (obtenir des rançons et la remise en liberté de prisonniers islamistes) a succédé un esprit de croisade contre la France en particulier, qui se développera incontestablement contre l'Occident de manière globale avec l'évolution de la situation en Libye.
Une compétition
entre les franges Sud
et Nord d'AQMI
Depuis le début de l'été, nous assistons à une série d'actions terroristes au Nord, notamment dans les régions périphériques d'Alger, avec pour certaines des motifs de kidnapping et rançonnement. Ces actions sont à inscrire, selon ma perception, dans un cadre plutôt global que local. A mon sens, ces actions relèvent d'une compétition entre les franges d'AQMI Nord pour essayer de s'affirmer et faire parler d'elles (médiatisation) afin de se positionner dans le nouvel échiquier d'AQ Centrale, comme l'a fait la frange Sud (AQMI Sahel). De plus, la frange Nord, ne disposant pas de soutien populaire et de ressources financières conséquentes comme celle du Sud, essaye de se renflouer avec des opérations de rançonnement.
Toute cette dynamique à laquelle nous assistons dénote clairement qu'AQ Centrale d'Al Zawahiri est en pleine mutation pour faire face à de nouveaux défis et éviter son implosion. Il va falloir s'attendre incontestablement, à court terme, à des actions spectaculaires d'AQMA (Al Qaeda Mouvements Associés).
A. C.
*Expert en stratégie et membre du Conseil d'experts du World Economic Forum sur le terrorisme, du Forum Défense et Sécurité de Londres et du NSA Center for Stategic Studies.


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