Si dans un volet strictement arithmétique, on peut logiquement reprocher à l'avant-centre international Islam Slimani d'être passé à côté de la plaque en Afrique du Sud puisque son compteur-buts est resté bloqué au nombre zéro, il serait plus juste, cependant, de ne pas l'affubler d'un costume plus large que ses frêles épaules. “A l'impossible, nul n'est tenu" pourrions-nous même inclure dans l'argumentaire, visant non pas à défendre le bilan décevant et extrêmement modeste de l'attaquant du Chabab de Belouizdad, mais plutôt à rendre justice à son statut de joueur offensif, appelé, certes, à secouer les filets adverses, mais qui demeure, en dépit de tout son bon vouloir, aux antipodes du profil de ce tueur au sang froid que recherchait et recherche encore le sélectionneur national Vahid Halilhodzic. Les énormes attentes nées de son exceptionnel ratio minutes disputées-buts marqués lors des éliminatoires de la CAN-2013 a, ainsi, confiné Slimani dans un rôle qui ne lui sied pas : celui d'un maître des surfaces adverses. L'abattage, la combativité et la grinta dont il fait montre sur le front de l'avant-garde nationale ont, d'ailleurs, fait de lui un élément qui pèse sur les défenses adverses autant qu'il pèse dans l'échiquier de Vahid Halilhodzic. Mais si son jeu de tête lui a fréquemment permis de se mettre à son avantage, ses carences techniques et ses limites physiques lui dénient le statut d'intouchable numéro 9. Avec une technicité très loin de ce que ce poste exige, une mobilité qui lui a souvent fait défaut lorsqu'un décalage s'impose et un coup de rein comparable à celui d'un coureur de demi-fond, Islam Slimani ne détient quasiment aucune de ces armes indispensables à tout “serial-buteur". Son compère de l'attaque, Hilel Soudani, n'est, lui non plus, pas un exemple-type de ce que pourrait être un “tueur de surface" dans la mesure où, bien qu'il soit un peu plus rapide que Slimani, sa technique balle au pied tout juste moyenne, le prive d'un atout non considérable pour devenir cette machine humaine perforeuse de défenses. à son âge, Benzema avait marqué 20 buts et Ghezzal 12 ! Ce constat, fait, appuyé et réitéré par le sélectionneur national Vahid Halilhodzic braquent, ainsi, tous les regards vers le très attendu Ishak Belfodil. Le véloce attaquant de Parme est considéré, avant même son arrivée pour porter le maillot vert, comme la solution idoine et toute trouvée au marasme offensif de l'EN. Mais Belfodil est-il réellement ce buteur hors pair qui pourrait porter à lui seul les espoirs de tout un peuple et transformer victorieusement une bonne partie des offensives menées par les Feghouli, Kadir, Boudebouz and Co ? A voir ses statistiques en club, le jeune attaquant de 21 ans seulement, au physique imposant (1,91 m pour 86 kg), démontre, certes, une bonne efficacité face aux gardiens de Série A, mais ne semble, toutefois, pas être une fine gâchette. En 23 rencontres disputées, dont 15 comme titulaire, le joueur formé par l'Olympique Lyonnais a trouvé le chemin des filets à 7 reprises. En langage de statisticien, Ishak Belfodil présente une moyenne de 0,3 but par match. Seulement. Son jeune âge et autres circonstances atténuantes étant mises de côté, l'on ne peut tout de même pas dire que l'attaquant algérien de Parme soit un chasseur de buts hors pair ! A titre comparatif, à son âge (21 ans, c'était en 2007-2008), Karim Benzema avait claqué pas moins de 20 buts en 36 rencontres de championnat de France sous le maillot de l'OL, empochant au passage le titre de meilleur buteur de Ligue 1 avec une moyenne de 0,55 but/rencontre, soit une banderille plantée tous les deux matches. Toujours lorsqu'il avait 21 ans (c'était en 2004-2005), l'attaquant marocain Merouane Chamakh, qui n'est pourtant pas un buteur de première classe, avait, pour sa part, marqué à dix reprises avec les Girondins de Bordeaux en 30 rencontres de championnat de France, ce qui lui donne une moyenne de 0,30 but/match, soit autant que ce qu'a fait jusqu'à présent Ishak Belfodil. Pour l'anecdote, Abdelkader Ghezzal, auquel le public national n'a jamais pardonné son prétendu manque d'efficacité en vert, culminait en club à une impressionnante moyenne de 0,75 but/match lorsqu'il avait l'âge qu'a aujourd'hui Belfodil (NDLR : 9 buts en 12 rencontres de Série C avec Biellese en 2006) avant de voir ce ratio tomber à seulement 0,15 but/rencontre en EN avec trois réalisations seulement en 20 sélections ! Tout miser sur une éventuelle grande efficacité pas encore confirmée du même Belfodil risquerait, à ce sujet, d'induire, une nouvelle fois, en erreur le staff technique national au risque de compliquer davantage la mission des Verts lors des imminentes éliminatoires de la Coupe du monde 2014 où, justement, l'erreur n'est plus permise. Ce serait, en fait, endosser la seule responsabilité de marquer des buts à un attaquant au profil beaucoup plus proche d'un 9 et demi que d'un véritable goal killer de manière à commettre une préjudiciable erreur de casting aux conséquences pour le moment inconnues mais forcément non souhaitables. Au lieu, donc, de chercher désespérément une race d'attaquant qui tend à se raréfier quitte à mettre d'emblée sous pression un jeune néo-international, certes pétri de qualités mais loin d'être une véritable gâchette, le staff technique national ne gagnerait-il pas au change en tentant, par exemple, de réadapter son plan du jeu et de trouver une de ces variantes qui lui permettrait de tirer le meilleur des talents offensifs qu'il a (déjà) sous la main ? R. B.