A peine trois mois après sa prise de fonction à la tête des Verts, le technicien français Christian Gourcuff a déjà sa formule pour la CAN 2015. Même s'il ne faille pas sortir de Saint-Cyr pour apporter plus de dynamisme et de fluidité dans le jeu de l'EN, après un Mondial très correct, Gourcuff a eu surtout le mérite et l'intelligence d'avoir apporté rapidement ce diagnostic juste et fiable. Un diagnostic qui résulte évidemment de sa longue observation du jeu des Verts avant et pendant le Mondial. En fait, pour l'ancien coach de Lorient, l'équation était bien simple : pas besoin de trop chambouler l'équipe déjà suffisamment efficace sous le règne de Halilhodzic. Il fallait juste trouver des solutions pour améliorer le jeu collectif de l'équipe. Pour ce faire, Gourcuff a pris trois principales décision, à commencer par "l'intronisation" de Brahimi à la tête du système des Verts. Il lui a donné les clés du jeu et libéré son immense talent, contrairement à Halilhodzic qui ne lui faisait pas tellement confiance, en témoigne sa marginalisation contre la Belgique et l'Allemagne en Coupe du monde. Avec Brahimi, l'équipe s'est dotée d'un créateur du jeu qui lui faisait défaut, alors que Halilhodzic se bornait à faire de Feghouli un animateur. Aujourd'hui, maintenu dans le onze type, mais plus porté vers l'attaque, Feghouli a retrouvé son registre, dans la percussion, là où il excelle le plus, à l'image de l'action qui amené le but égalisateur contre l'Ethiopie. A défaut d'être un inspirateur du jeu, Feghouli est celui par qui souvent la solution arrive grâce à sa technique et sa vitesse d'exécution. Son association à Brahimi est évidente, Gourcuff l'a saisie au vol, alors que Halilhodzic l'a longtemps ignorée pour des raisons peu évidentes. Seconde décision de Gourcuff, il a su exploiter le génie et la rapidité d'un Mahrez que Halilhodzic a vite fait de remettre sur le banc après l'échec contre la Belgique. Attaquant percutant et rapide, qui sait faire la différence dans les intervalles et dans les duels, Mahrez est aussi doté d'une vision du jeu parfaite, capable d'accélérer à l'approche des buts adverses et de donner la passe au moment opportun. Là aussi, le but égalisateur contre l'Ethiopie témoigne de l'atout maître que possède Mahrez. Aussi bien dans l'axe que dans les couloirs, Mahrez est capable de déstabiliser, de donner ce coup de rein fatal et surtout de donner cette passe millimétrée en profondeur. Ce n'est pas pour rien du reste que Gourcuff demande constamment à Mahrez de revenir vers le milieu pour s'abreuver de balles. C'est que le gars excelle dans la relance. C'est l'une des forces de frappe de l'EN version Gourcuff qui supplante les solutions Djabou et même Soudani, relégués au rang de seconds choix. Troisième décision de Gourcuff : doter le jeu des Verts d'une animation sur le flanc droit. Pendant trois ans, Halilhodzic n'a pas réussi à trouver des solutions sur ce côté, il a même donné l'impression souvent de le sacrifier pour des considérations défensives. Or le jeu offensif repose aussi et surtout sur les débordements sur les couloirs. Du coup, Gourcuff décide d'accorder plus de liberté à Mandi et le faire participer aux raids algériens. Désormais, le jeu des Verts est plus fluide, il offre plus de permutations. Pour le reste, Gourcuff ne fait que fructifier les acquis du Brésil avec un gardien de but en l'occurrence M'Bolhi intouchable, une charnière centrale Halliche-Medjani qu'il serait hasardeux de toucher eu égard à la proximité de la CAN, deux milieux récupérateurs Taider, Bentaleb ou Lacen, tout aussi inamovibles, et un avant-centre, Slimani, indiscutable à son poste. Voici donc, en gros, le dispositif de Gourcuff pour la CAN, l'équipe type est déjà là... pas de place aux surprises. S. L.