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Marine le Pen, à côté d'eux, fait figure d'agneau
ERIC ZEMMOUR, ALAIN FINKIELKRAUT, ROGER CUKIERMAN
Publié dans Liberté le 07 - 01 - 2015

La France a un problème avec ses musulmans. On leur reproche de ne pas s'intégrer mais personne n'explique ce que c'est d'être intégré. Certains évoquent les signes extérieurs, le port de la barbe, du hidjab et surtout du niqab, les habitudes alimentaires, d'autres parlent de mariages arrangés, d'une insuffisante de maîtrise de la langue française, du recours abusif à l'aide sociale. Et depuis que des intégristes de l'Etat Islamique (EI) ont égorgé des Occidentaux, l'image de l'Islam est devenue totalement négative, tandis que se déclenche une violente campagne contre l'immigration musulmane.
Les campagnes menées en France depuis plusieurs années contre le communautarisme sont devenues des campagnes anti-immigration, et maintenant de campagnes anti-immigré. Elles sont conduites au nom de la préservation de l'identité nationale, concept cher à Nicolas Sarkozy.
Ces campagnes, qui visent plus ou moins explicitement les Maghrébins et plus spécialement les Algériens, n'émanent plus seulement du Front National. Elles sont portées par des intellectuels, qui bénéficient d'une très large audience dans les médias, et il y a fort à parier que, faute de solutions face à la crise, ce thème nourrira encore les débats à l'occasion des prochaines échéances électorales. Les campagnes contre le communautarisme au nom de l'identité nationale se caractérisent par leur focalisation. On parle rarement de communautarisme autrement que pour les immigrés non originaires d'Europe. Pourtant, les juifs en France ont leurs propres écoles, leurs boutiques cascher, leurs synagogues, et sont de plus en plus nombreux à porter la kippa dans la rue.
Le véritable danger est bien l'amalgame, car s'il est indéniable que des membres de la communauté juive sont victimes d'actes de racisme primaire, la population musulmane, immigrée ou non, ne saurait être présentée comme automatiquement instigatrice de ces actes.
Manuel Vals, le Premier ministre français, a regretté que l'agression de Créteil n'ait pas provoqué davantage de réaction dans la population, tandis que le ministre de l'Intérieur déclarait que la lutte contre l'antisémitisme et le racisme est devenue une cause nationale.
Mais pourquoi ainsi continuer à faire une distinction entre racisme et antisémitisme, cette dernière expression renvoyant dans l'imaginaire à la discrimination à l'égard de la culture et de la religion juive ?
Toujours à propos de l'affaire de Créteil, Roger Cukierman, président du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), a déclaré : "Les Juifs partiront en masse en Israël et la France tombera dans les mains de la charia ou du Front national." Curieux propos qui amènent à se demander si leur auteur considère que les juifs de France représentent toute la France ou s'il pense que la nationalité française est une simple commodité que l'on peut rejeter à tout moment. C'est dans ce climat empoisonné que fleurissent les discours d'individus (écrivains, essayistes, journalistes, philosophes, ou polémistes) omniprésents dans les médias, qui font de l'immigration leur cheval de bataille et accessoirement leur fonds de commerce.
Eric Zemmour est devenu l'un des maîtres du genre. Ecrivain et polémiste non dénué de talent, journaliste au "Figaro" et au "Figaro Magazine", chroniqueur à RTL, il est apparu en vedette dans de nombreuses émissions de télévision : Itélé (Ça se dispute), France 2 (On n'est pas couché) et Paris Première. Ses prises de position de plus en plus outrées sur la question du mariage gay, sur la place des femmes dans la société occidentale, et maintenant sur l'immigration et l'islam y sont devenues le gage des meilleurs succès d'audience. Il s'est révélé particulièrement habile à susciter les "clashs" dont se repaît le grand public, assenant avec force ses propres "vérités", avançant des chiffres invérifiables ou totalement faux à l'appui de ses thèses, et préférant toujours la polémique au débat de fond. En témoigne la façon dont il a répliqué à une intervenante qui venait de le mettre en difficulté lors d'un débat à la Radio Télévision suisse dans l'émission Infrarouge, il l'a d'abord accusée d'arrogance avant de lui lancer : "Les femmes confondent leur cœur avec leur cul et croient que la lune est faite pour éclairer leur boudoir". Son dernier ouvrage "Le suicide français", paru en octobre 2014, est en train de remporter un succès sans précédent.
Il y dénonce l'attitude des élites françaises qui, selon lui, ont baissé les bras devant la mondialisation de l'économie et l'immigration. Mais c'est dans une interview au grand journal italien Il Corriere della Sera, à propos de la publication de ce livre, qu'il vient de donner la mesure, ou plutôt la démesure, de ses délires. Il venait de déclarer : "Les musulmans ont leur code civil, c'est le Coran. Ils vivent entre eux, dans les périphéries. Les Français ont été obligés de s'en aller." Le journaliste lui a demandé : "Mais alors que suggérez-vous de faire ? Déporter 5 millions de musulmans français ?" Sa réponse, plus qu'ambiguë, peut être interprétée comme un assentiment : "Je sais, c'est irréaliste mais l'Histoire est surprenante. Qui aurait dit en 1940 qu'un million de pieds-noirs, vingt ans plus tard, seraient partis d'Algérie pour revenir en France ? Ou bien qu'après la guerre, 5 ou 6 millions d'Allemands auraient abandonné l'Europe centrale et orientale où ils vivaient depuis des siècles ?" Bien entendu il ne s'est posé la question de savoir pourquoi les immigrés vivent majoritairement dans les banlieues, ou plutôt il part du principe qu'ils sont là parce qu'ils l'ont choisi et non parce qu'ils n'ont pas eu d'autre choix, Eric Zemmour excelle à suggérer les idées les plus nauséabondes en évitant de se retrouver devant les tribunaux (encore qu'il ait déjà fait l'objet de condamnations à l'initiative des associations antiracistes) Il a ensuite précisé ses propos : "Je pense que nous nous dirigeons vers le chaos. Cette situation d'un peuple dans le peuple, des musulmans dans le peuple français, nous conduira au chaos et à la guerre civile. Des millions de personnes, en France, ne veulent pas vivre à la française."
- "Que signifie : vivre à la française ?"
- "Cela signifie donner à ses enfants des prénoms français, être monogame, s'habiller à la française, manger à la française, du fromage par exemple. Rigoler au café, faire la cour aux filles. Aimer l'Histoire de France et se sentir dépositaire de cette Histoire et vouloir la continuer, je cite ici Renan."
- "Vous voulez devenir l'idéologue du Front national ?"
- "Non, sur certains thèmes nous sommes éloignés. Le Front national, par exemple, n'a pas assez clarifié sa position contre le mariage homosexuel et, d'un point de vue social, il est trop à gauche. Mais je ne me situe pas sur le terrain des partis, mon domaine est celui des idées. Je mène une guerre culturelle."
Alors que Zemmour mène campagne contre l'Islam et l'immigration, et surtout contre l'octroi de la nationalité française, le moindre des paradoxes n'est pas qu'il soit lui-même issu d'une famille juive d'Algérie immigrée en France dans les années cinquante et qu'il se revendique comme "berbère juif" ! Et comme il n'est pas idiot au point de croire que, s'il est lui même parvenu à s'intégrer, aucun autre immigré après lui n'est capable de le faire, il semble avoir trouvé dans l'islam un bon prétexte pour fermer la porte aux candidats à l'immigration.
Quant à Alain Finkielkraut, lui même juif, mais d'origine polonaise, et philosophe reconnu, désormais membre de l'Académie française, sa campagne islamophobe est aussi décidée que celle d'Eric Zemmour, mais beaucoup plus insidieuse. On ne trouvera pas dans ses écrits d'affirmations aussi directes et péremptoires que celles d'Eric Zemmour. Une large part de son œuvre est consacrée à la dénonciation du "relativisme" culturel, selon lequel toutes les croyances, mœurs et inventions culturelles se valent, et à la critique de ce qu'il appelle le "progressisme" attribué à l'esprit qui souffle depuis mai 1968.
S'il n'a jamais fait mystère de son soutien inconditionnel à la cause d'Israël, il a fallu attendre la période récente pour prendre la mesure de son islamophobie.
A propos du conflit israélo-palestinien, il a toujours veillé à se présenter comme un intellectuel juif, obligé de se battre contre l'antisémitisme et pour la coexistence d'un Etat israélien et d'un Etat palestinien. Cependant quand on lui demande son opinion sur les manifestations qui se sont déroulées en France contre les bombardements de Gaza, il répond : "Je manifesterais moi-même à Paris en faveur du cessez-le-feu à Gaza si dans ces défilés on exigeait également l'arrêt des tirs de roquettes sur toutes les villes israéliennes."
Et de poursuivre :
"Avez-vous oublié Dresde ?" (il fait allusion aux terribles bombardements américains qui ont dévasté la ville à la fin de la Seconde Guerre mondiale), quand une aviation surpuissante vise des civils, les morts se comptent par centaines de milliers. Les Israéliens préviennent les habitants de Gaza de toutes les manières possibles. Et lorsqu'on me dit que ces habitants n'ont nulle part où aller, je réponds que les souterrains de Gaza auraient dû être faits pour eux. Il y a aujourd'hui des pièces bétonnées dans chaque maison d'Israël. Mais le Hamas et le djihad islamique font un autre calcul et ont d'autres priorités architecturales. Pour gagner médiatiquement la guerre, ils veulent faire apparaître Israël comme un Etat criminel. Chaque victime civile est une bénédiction pour eux. Ces mouvements ne protègent pas la population, ils l'exposent. Ils ne pleurent pas leurs morts, ils comptabilisent avec ravissement leurs "martyrs".
Plus directement questionné sur l'immigration, il a déclaré : "Que l'émigration africaine soit, par exemple, un drame pour les immigrés comme pour les Français de souche, qu'une immigration chrétienne soit préférable à une immigration musulmane, voilà qui me paraît relever du bon sens, tout comme le fait que la France ne doive pas se renier elle-même pour maintenir la paix civile menacée par ces minorités". Ce mélange constant de propositions auxquelles on peut souscrire sans difficulté et d'accusations à l'encontre du caractère subversif de l'islam, nourri d'interprétations tendancieuses sur le conflit israélo-palestinien fait qu'Alain Finkielkraut est devenu la caution intellectuelle et morale des islamophobes et plus largement de tous les partis de droite ou de gauche qui fustigent l'immigration. Ainsi, selon le mot d'un journalise du Canard enchaîné, Zemmour ne serait-il que "le Finkielkraut du pauvre ? Même panique intellectuelle, mais en plus léger".
Les attaques contre les musulmans ne sont plus l'apanage de l'extrême droite lepéniste, elles sont maintenant largement relayées dans l'ensemble de la société française où on ne compte plus le nombre d'éditorialistes, d'écrivains, d'essayistes qui déclarent les partager. Tels Michel Houellebecq, Renaud Camus, Caroline Fourest... Le risque d'un passage à l'acte de la part des plus exaltés n'est donc pas exclu. Ce phénomène, n'est d'ailleurs pas propre à la France. En Allemagne les manifestations anti-Islam qui gagnaient du terrain à l'instigation du mouvement Pediga (Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident) qui rassemble des hooligans, des néonazis, et des néo conservateurs sionistes, ont amené la chancelière Angela Merkel à assurer "qu'il n'y a pas de place pour la haine et la calomnie" à l'égard des étrangers dans un pays qui a accueilli en 2012 plus de 400 000 immigrés. Je suis las d'entendre sans arrêt des contre-vérités à propos des immigrés, qu'il s'agisse de leur nombre (Eric Zemmour a prétendu sans sourciller qu'il y avait "en France 7 millions d'enfants d'étrangers de moins de 4 ans" alors que l'INSEE recense moins de 4 millions d'enfants de moins de 4 ans, toutes origines confondues !) ou de leur religion présentée comme par essence criminogène.
Je suis las de voir les communautés juives et musulmanes s'affronter en France de façon stérile sous le prétexte du conflit israélo -palestinien et s'enfermer l'une et l'autre dans un soutien inconditionnel à chacun des protagonistes au nom d'une solidarité religieuse et culturelle, et plus encore de voir les jeunes issus de l'immigration continuer dans cette voie. Je suis las et désolé qu'autant d'énergie se perde à distiller la haine dans un pays dont la devise comporte le mot fraternité. J'en veux à tous ces "intellectuels" qui ne mesurent leur propos qu'à l'aune des profits qu'ils vont en retirer, mais j'en veux aussi à tous ceux qui, parmi les écrivains maghrébins connus, refusent de s'exprimer sur l'immigration ou sur l'Islam par crainte, selon eux, d'être mis à l'index ou censurés. Je déplore que les multiples associations musulmanes ne parviennent pas s'accorder et que leurs responsables au lieu de parler d'une seule voix ne songent qu'à se disputer des subventions et des avantages de pouvoir. Je ne supporte plus la sottise ou le cynisme de tous les politiques qui tablent sur le discours contre l'immigration pour tenter de ressouder des majorités qui leur échappent, de tous ces journalistes qui oublient que l'information devrait être vérifiée avant d'être diffusée, de tous ceux finalement qui refusent de faire bon usage de leur intelligence.
A. G.
Cinéaste


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