Les déclarations de l'argentier du pays laissent supposer qu'on s'achemine vers la fin des subventions de l'Etat dans le cadre d'un plan anticrise, en voie de finalisation, pour parer aux effets négatifs de la chute des prix du pétrole sur l'économie nationale. Le gouvernement est en train de lever un pan du voile sur la série de mesures arrêtées à court et moyen termes pour faire face à l'impact négatif de la chute des prix du pétrole sur l'économie nationale. En effet, le ministre des Finances, Mohamed Djellab, à l'issue de son audition au Sénat mercredi dernier, a, pour la première fois, annoncé que ce plan anticrise en voie de finalisation affectera les ménages. Les citoyens vont devoir payer plus chers les produits de large consommation et certains services publics. "À l'avenir, le citoyen paiera ce qu'il doit payer dans un hôpital public en contrepartie de ses soins ou bien son loyer pour le logement public. Chacun doit assumer ses responsabilités. L'Etat veillera à ce que les subventions soient réservées progressivement aux couches défavorisées. Nous n'allons pas abandonner ces couches défavorisées, mais nous devons les préparer à l'insertion économique. Mais viendra le jour où nous devrons rationaliser l'intervention sociale de l'Etat." Le premier argentier du pays ne nous dit pas quand ces mesures seront appliquées. Il ne fournit pas de plus amples détails sur ce que le gouvernement a l'intention de mettre en œuvre à court et à moyen termes pour faire participer les citoyens au financement des hôpitaux, pour augmenter les prix des loyers des logements sociaux ou pour opérer la réduction des subventions sur le lait, les céréales, l'eau, l'électricité et les carburants. À court terme, se pose la question de la faisabilité de la mise en œuvre de ces mesures. On voit mal comment peuvent être appliquées ces solutions dans un contexte social très délicat, avec des mouvements de protestation qui se sont étendus à l'échelle de tout le pays. Augmenter les prix des loyers des logements sociaux, des produits subventionnés comme le pain et le lait en sachet en 2015 signifie mettre de l'huile sur le feu. On ne peut pendant une longue période habituer la population à un mode de consommation et, du jour au lendemain, remettre en cause la politique des subventions. Une démarche qui risque de s'avérer catastrophique au plan social. Le pain, le lait, l'électricité et les carburants plus chers ? D'autant plus que se pose le problème de ciblage des couches défavorisées. En clair, ce que veut faire le gouvernement c'est de libérer les prix du pain, du lait en sachet, de l'eau, de l'électricité et de l'essence. Arriver à des loyers à leur prix réel. Car il considère que cette politique de subventions entraîne d'énormes gaspillages et qu'elle profite davantage aux riches. Il faut donc que les prix des produits de large consommation ne soient pas subventionnés. Et que des aides soient octroyées aux couches défavorisées pour compenser ces hausses des prix. Aujourd'hui, avec la chute des prix du pétrole, le budget de l'Etat ne peut se permettre de financer de tels transferts sociaux, d'où les surprenantes annonces de l'argentier du pays. À noter qu'en période de vaches grasses, se posait déjà ce problème de ciblage des couches défavorisées puisque les aides de l'Etat, au lieu d'aller vers cette frange de la population, étaient détournées en partie vers des indus bénéficiaires. Par ailleurs, l'annonce en matière de santé signifie la remise en cause de la santé gratuite, un principe fondateur de l'Algérie post-Indépendance. À ce sujet, il convient de rappeler que le citoyen paie déjà par anticipation puisque la sécurité sociale finance en partie les hôpitaux. Le contribuable va donc payer davantage sans avoir la garantie de recevoir des soins de qualité. De telles décisions vont entraîner la grogne des couches moyennes. Aujourd'hui, cette catégorie de la population est laminée par une érosion de son pouvoir d'achat pendant une longue période. La grande majorité des travailleurs touche des salaires ne dépassant pas les 50 000 DA par mois. Comment avec ces revenus de survie pourraient-ils supporter toutes ces augmentations de produits de large consommation ? On est, véritablement, soit dans un scénario surréaliste, soit dans une nouvelle politique suicidaire au plan social. L'économiste feu Bouzidi, dans une contribution publiée quelques jours avant sa mort, prévenait les pyromanes. On ne peut supprimer ou réduire les subventions de manière brutale. Il convient d'étudier d'abord les mécanismes pour mettre en œuvre efficacement cette mesure, sans dégâts sur le plan social et y aller ensuite de manière progressive dans l'application de la solution. On peut également s'interroger sur le ton du discours officiel. Comment peut-on légitimer ces décisions quand nos gouvernants rechignent à serrer d'abord leur ceinture avant de le demander à la population. Le feu est dans la demeure, tel est le décryptage des annonces de Mohamed Djellab. L'éteindre suppose l'implication de tous : hauts responsables et simples citoyens, d'autant que ces derniers ne sont nullement responsables de cette insouciance cultivée pendant plus de dix ans dans la gestion du pays. K. R.