Les syndicats autonomes doivent "jouer un rôle politique", comme cela est (et a été) le cas de l'UGTA. Comment se présente la cartographie syndicale algérienne, après un quart de siècle de pluralisme ? C'est autour de cette question que la réflexion a été engagée, hier, à Riadh El-Feth (Alger), lors du colloque international, organisé par l'association Les amis de Abdelhamid Benzine. Dans son intervention d'ouverture, le président de l'association, Belkacem Mostefaoui, a d'abord rendu hommage à Abdelhamid Benzine, dont le parcours militant et journalistique n'est plus à présenter. Il a ensuite observé que le sujet choisi cette année est "un sujet qui mérite d'être creusé", surtout que "l'heure est très grave", en termes de tension et d'enjeu. "Les luttes syndicales, a-t-il déclaré, c'est de la résistance face au néolibéralisme, qui est en train de s'étendre dans le monde et en Algérie." De son côté, le sociologue Nacer Djabi, chargé de la direction scientifique du colloque, est revenu sur les raisons de l'intérêt du thème de la rencontre. Selon lui, le retour en force du mouvement syndical, à travers les grèves et les mouvements de protestation, qui sont initiés par les syndicats autonomes dans différents secteurs d'activité, a suscité "la réflexion autour de ces syndicats". "Le thème est nouveau et, en plus, il y a très peu d'études sur le pluralisme syndical dans notre pays", a-t-il ajouté. Le sociologue a également rappelé "l'influence" du syndicalisme européen sur le syndicalisme algérien et maghrébin, et les "similitudes", quant aux revendications avancées. Il a aussi parlé des "contradictions" et autres "paradoxes" du paysage syndical national, citant notamment "la forte présence" des syndicats autonomes dans la Fonction publique et leur "faiblesse" dans le secteur économique, mais également la "très faible présence" de ces organisations syndicales et même de celle de l'UGTA dans le secteur privé, alors que celui-ci emploie aujourd'hui un plus grand nombre de travailleurs. Résultat : "plusieurs franges de salariés sont privées de la protection syndicale." "Nous avons une carte syndicale à plusieurs vitesses", a annoncé Nacer Djabi, non sans signaler d'autres situations "paradoxales". L'Algérien, expliquera-t-il, "a une position positive par rapport aux grèves des syndicats", alors qu'il manifeste "une position négative, par rapport aux élus". Lesquels élus politiques "de plus en plus conservateurs et religieux, sont souvent contre les grèves et la création de syndicats". Plus loin, le directeur scientifique du colloque a abordé les carences du mouvement syndical algérien et noté une défection en matière de "renouveau de la doctrine syndicale". "Dans des secteurs connus pour être revendicatifs, nous assistons aux mêmes pratiques, au recours à la grève. Il y a des actions revendicatives, mais peu d'activités de réflexion", a révélé l'intervenant, en laissant entendre que les syndicats sont, aujourd'hui, obligés de pallier cette lacune. Puisant, par ailleurs, dans l'expérience ou la relation entre l'UGTA et le système politique, de même que dans la question de "la légitimité", le sociologue a estimé que les syndicats autonomes doivent "jouer un rôle politique", comme cela est (et a été) le cas de l'UGTA. Plus loin, il s'est exprimé sur "le corporatisme" des syndicats autonomes, en constatant que ces derniers sont "plus conscients du rapport de force à l'intérieur de leur secteur" au détriment du rapport de force à l'échelle nationale. C'est la raison pour laquelle, précisera-t-il, qu'une grève de plusieurs mois finit par ne plus jouer en leur faveur. Sur le terrain, cela se traduit par des représailles à l'encontre des travailleurs et de leurs représentants, en l'absence d'élus de gauche "pour les soutenir et les protéger". Pour ce qui est de l'UGTA, M. Djabi a assuré que son évolution, voire son avenir, dépendra d'un certain nombre de facteurs dont la démocratisation des syndicats, l'évolution démocratique du système politique et celle des élus. En plus clair, le moment est peut-être venu de se démarquer de cette Algérie qu'on voudrait "imaginaire" où "on veut une Algérie moderne, mais sans syndicats, sans monde de travail et sans entreprises". Signalons que la rencontre de Riadh El-Feth s'achèvera aujourd'hui. Au programme de la matinée, une table ronde accueillant des syndicalistes et anciens syndicalistes de l'UGTA et des autres organisations (Cnapest, Snapest, ex-MJA...), pour parler de leurs parcours et de leurs expériences. H. A.