Le financement de notre système de santé pose problème et manque de clarté. La mise en place de comptes nationaux de santé aurait pu donner plus de visibilité et faciliter la prise de décisions réfléchies et stratégiques. Au lieu de cela, pour pallier l'éternelle urgence, certains politiques déclarent ici ou là leur souhait de rattacher la Sécurité sociale à la santé afin d'accéder directement à ses sources de financement ce qui, en soi, est une ineptie. Les nouveaux défis qu'implique la double transition démographique et épidémiologique que vit le pays et qui met à rude épreuve notre système de santé ainsi que la Sécurité sociale nous incite à mettre au-devant de la scène la question cruciale de leur financement. Une bonne partie de notre système de santé doit son financement à la Sécurité sociale. La contribution annuelle de celle-ci a largement dépassé la barre des 200 milliards de dinars ces dernières années et la part du médicament a atteint 160 milliards dinars en 2014 (1) sous l'effet de la carte Chifa et de la généralisation de la contractualisation des pharmacies. Pourtant, des besoins importants ne sont pas pris en charge, essentiellement les prestations effectuées dans le secteur privé et en particulier celles liées aux plateaux techniques – biologie, imagerie médicale, radiothérapie -. Leur remboursement se fait selon une nomenclature des actes qui n'a que très peu évolué ces 20 dernières années, voire depuis 1987. La contribution forfaitaire de la Sécurité sociale aux hôpitaux est aussi jugée insuffisante et limite de facto l'offre de soins. Tout cela induit un financement des frais de soins directement de la poche du patient, salarié et ayant-droit, ce qui contribue à accentuer les inégalités sociales et met à mal l'utopique dogme de la santé gratuite. Pourquoi la Sécurité sociale ne contribue-t-elle pas plus, du point de vue financier, à notre système de santé ? La réponse est simple et complexe à la fois : les moyens financiers de la Sécurité sociale sont tout simplement limités et très sensibles à la conjoncture économique et une autre prestation sociale risque de causer de grandes difficultés dans les années à venir : les pensions de retraite. Les rares études dont on dispose sur le sujet (2) démontrent que le vieillissement de la population et les facilitations d'accès à la retraite, telles la retraite sans condition d'âge, la retraite proportionnelle ou encore anticipée, participnt à l'augmentation rapide de nombre de retraités de 1,25 million en 2000 à près de 2,5 millions de retraités en 2013 (3) hors Casnos, et le phénomène va en s'accélérant, alors que le ratio actifs/retraités va en diminuant, ce qui induit une diminution relative de la principale source de financement que sont les cotisations directes des salariés. Les mesures menées par l'Etat telles la création en 2006 du FNRR (Fonds national de réserve des retraites) ou l'augmentation de l'assiette de cotisations pour les retraites de 16 à 17,5% ont permis de pallier et d'équilibrer les comptes, mais le retournement de la conjoncture économique entamé depuis 2014 risque de faire passer les comptes très rapidement dans le rouge. Que font l'Etat et la Sécurité sociale pour préserver les grands équilibres financiers et continuer à améliorer le niveau des prestations sociales ? Des actions ont été entamées en urgence en 2014 touchant essentiellement les produits pharmaceutiques via une baisse des prix autoritaire "tarif de référence" ou la limitation du remboursement des bandelettes d'autocontrôle de la glycémie pour certains diabétiques. La Sécurité sociale a également entamé une vaste campagne de recouvrement des cotisations aussi bien au niveau de la Casnos que de la Cnas pour l'année 2015 et le premier trimestre 2016. De plus en janvier 2015 a été promulguée la nouvelle loi sur les mutuelles sociales, ce qui à terme pourrait consolider une nouvelle source de financement structuré aussi bien pour la santé que les retraites. Toutes ces actions vont dans le bon sens, mais de nombreux experts estiment qu'elles sont insuffisantes et préconisent une réforme concertée de la Sécurité sociale et du secteur de la santé qui inclurait une réforme courageuse des retraites, des mesures financières compensatoires touchant au secteur productif pharmaceutique et aux pharmacies de ville qui reste à imaginer si les réformes impactent trop fortement leurs finances, des concepts tels que l'éduction thérapeutique doivent être promus et rétribués, des outils d'investigation et d'aide à la décision modernes et objectifs doivent être institutionnalisés, telle la pharmaco-économie. Le secteur de la santé n'est pas en reste et doit se mettre à niveau sur le plan réglementaire et managérial. Au final, nous ne pourrons pas faire l'économie d'une concertation élargie de toutes les forces et acteurs agissant dans le domaine social et sanitaire afin de préserver et renforcer notre cohésion sociale et la santé de nos concitoyens.
N.H. (1) Déclaration D. Boukaib, directeur général de la Sécurité sociale à l'émission "L'invité de la rédaction radio chaîne III", 31 août 2015. (2) Le niveau de vie des retraités algériens et l'inégalité des retraites (Djamila Mendil) (3) Source Caisse nationale des retraites Limitation du remboursement des bandelettes d'autocontrôle de la glycémie.