Les chiffres donnent froid au dos : de janvier 2014 à fin août 2015, plus de 8 940 enfants ont été victimes de violences, dont plus de 2 400 victimes de sévices sexuels. Le kidnapping d'enfants est un phénomène nouveau en Algérie, mais qui commence à prendre des proportions alarmantes. Hier, lors d'un forum organisé au quotidien Al-Mihwar, les intervenants ont été unanimes à dire que "les enlèvements, dont sont victimes les enfants, sont suivis de viol sexuels". C'est parce que le phénomène de la pédophilie est un tabou chez nous, que les ravisseurs abusent de leurs otages et les libèrent dans la nature, après leur avoir infligé les pires sévices sexuels. En 2014, ce sont pas moins de 195 enfants, dont 53 garçons, qui ont été enlevés, alors que durant la période allant de janvier à fin août 2015, 52 autres bambins, dont 39 fillettes, ont été kidnappés et violés par des criminels. Selon Mme Kheïra Messaoudène, commissaire divisionnaire et chef du Bureau national de la protection des enfants, pas moins de 23 enfants ont été tués durant ces deux périodes respectives pour des motifs très particuliers. La violence qui frappe les enfants ne s'arrête pas seulement au kidnapping. Et pour cause, des enfants ont été enlevés par des voisins et autres membres de la famille pour faire chanter les parents. La démission parentale, les conflits conjugaux, suivis de divorce et les questions d'héritage sont les facteurs saillants qui ont fait de l'enfant un objet de kidnapping et otage précieux. De janvier 2014 à fin août 2015, plus de 8 940 enfants ont été victimes de violences, dont plus de 2 400 victimes de sévices sexuels. Bien plus, pas moins de 1 040 enfants sont victimes de la démission parentale et du mauvais traitement qu'on leur inflige. Ces enfants, témoigne la représentante de la DGSN, ont été récupérés dans la rue, dans des gares routières et constituent des cibles potentielles des ravisseurs et autres réseaux qui détournent et qui exploitent les mineurs. En danger moral également, ce sont 2 524 enfants qui ont été sauvés in extremis par les services de la police préventive dans les rues. Parmi ces cas, figurent des fillettes qui ont fugué, toutes menacées par leurs parents. Abderrahmane Araâr, responsable du réseau Nada pour la protection des enfants, enchaînera et révélera un chiffre qui donne le tournis. Selon lui, son réseau reçoit une moyenne quotidienne de 330 communications téléphoniques des enfants en danger et des mamans qui dénoncent la violence faite à leur progéniture. "Ce chiffre ne tient pas compte des enfants et des mamans qui viennent chez nous et des cas qu'on constate lors de nos déplacements. Mais, quand il s'agit d'enlèvements ou de disparition, on coordonne directement avec les services de sécurité, seuls habilités à enquêter. Je sais, en revanche, que le crime est en croissance dans les rangs des jeunes et les enfants subissent de plein fouet cette violence." Et de conclure : "Si je suis ici, c'est pour tirer la sonnette d'alarme !" Cela fera dire au représentant de la Gendarmerie nationale que "l'action préventive doit prendre le dessus. À notre niveau, on opère selon des études établies sur la base des données collectées lors de nos enquêtes. Il se trouve aussi que le citoyen, en général, ne dénonce pas ces faits au moment de leur déroulement. Aujourd'hui, tout le monde est concerné par ce phénomène qui prend une grande ampleur". F. B.