Mehdi n'est pas au bout de ses surprises puisqu'il est hélé dans la rue avec la brutalité qu'on connaît à une milice d'illuminés qui le moleste pour son apparence de "gawri" qui a oublié de changer sa façon de se vêtir et de s'alimenter. De deux choses l'une : soit qu'il est visionnaire soit qu'il n'avait plus en main la bride pour réfréner l'ardeur d'une imagination emmenée à bride abattue vers un lendemain que d'aucuns feignent d'ignorer alors qu'il y a péril en la demeure ! Loquace et la fiction à fleur de peau, il arrose à l'encre de sa création fictive les décombres encore fumants des "affreusetés" de la grande guerre sur lesquels sera bâti "le nouveau Maghreb". Certes que cela aurait été rébarbatif d'ouvrir le placard du passé où gisent les fantômes de la grève insurrectionnelle de 1991 du parti du FIS dissous aux côtés des vieux démons d'une décennie vêtue du linceul rouge et noir. D'où l'ingénieuse idée de l'auteur Riadh Hadir de confier ce devoir de mémoire au Pupille, ce guide qui instruira le lecteur sur l'aspect sanguinolent et fantasmagorique d'un Maghreb laissé en... jachère. Orphelin de son père Hafidh, qui était fils de réfugié algérien et issu d'"une ville de grande solitude" (*) d'une banlieue parisienne reconfigurée en "union occidentale" où il n'est toléré aucune contradiction aux décisions des maîtres du moment, le destin convie Mehdi à aller vers son identité. Enfant gâté et pourri jusqu'à l'ultime poil de son duvet, Mehdi ne s'est jamais donné le temps d'apprécier l'amour de Séléna, sa mère, que déjà l'amour maternel est parti à la sortie d'un boulot qu'elle accumulait pour joindre les deux bouts et permettre ainsi à son rejeton de se connecter sur "shout" et d'avoir sa "poppy" tactile. Mauvais garçon et casseur d'œuvres d'artistes faiseurs de choses, Mehdi faisait le désespoir de sa pauvre mère jusqu'à ce qu'il sombre dans le statut de "pupille" de l'Etat. Renvoyé du lycée Zinedine-Zidane et expulsé chez sa tante au Maghreb en qualité de "pupille de la paix", Mehdi sera spolié de sa jeunesse. Premier couac, et par respect aux lois de son second pays d'accueil, Mehdi est tenu de sélectionner sa playlist de chansons avant qu'il ne débarque de l'appareil de la compagnie de l'Union Air Maghreb, ce fleuron des tour-operators de l'Union occidentale. Il eut cependant le temps de faire un "holopic" (selfie) avant qu'il ne foule le tarmac de son pays d'adoption aux armoiries de l'inquisition islamique. Du reste, Mehdi n'est pas au bout de ses surprises puisqu'il est hélé dans la rue avec la brutalité qu'on connaît à une milice d'illuminés qui le moleste pour son apparence de "gawri" qui a oublié de changer sa façon de se vêtir et de s'alimenter. Par chance, à chaque chose, malheur est bon du fait que Mehdi liera amitié avec Sahouane, son sauveur providentiel, grâce à qui il trouvera l'amour caché de Hiba, la sœur de son sauveur. Heureux ? Pas si sûr que ça, étant donné que tout manque à Mehdi ! Même la cloche de l'école qu'il n'entend plus, car bannie par les faux dévots. Et les lycéennes ? Elles entrent par une porte où elles sont à l'abri des regards des garçons. Seule consolation : au nouveau Maghreb d'après guerre, le répertoire de cheb Hasni aurait survécu dans le tiroir aux souvenirs de Khaled, mais pas son idylle secrète avec sa Loundja. Dans cette contrée où, au nom de la religion, chacun se mêle de la vie d'autrui même lorsqu'il s'agit de dessin qui est haram, tout n'est pas aussi "halal" que ça ! Mais ceci est une autre histoire qu'il reste au lecteur de découvrir en feuilletant Pupille de l'auteur Riadh Hadir publié aux éditions Anep. Pour rappel, l'auteur est finaliste au prix littéraire Mohammed-Dib. (*) Titre d'une chanson de Michel Sardou.