La seconde manifestation post-confinement de soutien à la révolution du sourire à Montréal a coïncidé, dimanche, avec le 19e anniversaire de la marche historique des archs de Kabylie, le 14 juin 2001 à Alger. Le moment était propice pour rappeler l'injustice faite par un pouvoir autocrate et répressif à quelque 2 millions de manifestants venus de plusieurs wilayas réclamer justice pour un crime d'Etat resté impuni à ce jour. Dès 11h, sur la place du Canada, théâtre de la contestation de la diaspora algérienne, des manifestants arrivaient par grappes, munis des drapeaux national et amazigh. Crise sanitaire oblige, les organisateurs de la manifestation veillaient au grain : solution hydroalcoolique et masques de protection étaient disponibles. Tout le monde était invité à respecter la distanciation sociale dans ce parc spacieux. Très vite, l'ambiance du hirak a pris le dessus. Les pancartes porteuses de slogans révolutionnaires invitent à poursuivre le combat démocratique du peuple algérien. "Pour une Assemblée constituante", "Algérie libre et démocratique", "Système dégage", pouvait-on lire sur certaines d'entre elles. La sonorisation amplifiait les slogans scandés à tue-tête par les manifestants. Le speaker corner a repris également ses droits, puisque les manifestants n'ont pas dérogé à la règle d'initier un débat d'idées en marge de la manifestation. Digne des Parlements démocratiques, cette agora citoyenne a permis aux intervenants d'échanger sur des questions politiques de l'heure et de proposer des pistes de réflexion capables de sortir l'Algérie de l'ornière. "Il faut maintenir le cap du changement démocratique voulu par le peuple algérien", a suggéré d'emblée un militant pour qui le pouvoir, par sa volonté de se maintenir à tout prix, se dirige tout droit dans une impasse. Pour lui, le pouvoir a pris le sens inverse du mouvement de l'Histoire. Un autre intervenant a mis l'accent sur le rôle que peut jouer la diaspora dans pareille circonstance. Le recours à la répression, y compris en plein confinement, renseigne sur la volonté du régime à se maintenir, quitte à tordre le cou au paradigme de changement chanté sur tous les tons. Pour preuve, l'arrestation de militants du Hirak, y compris en ce jour anniversaire de la répression du Mouvement citoyen de Kabylie. "En démocratie, on n'arrête pas des militants pour leurs idées", a pesté un intervenant. Toujours est-il que la quintessence des échanges contraste avec le "débat" censé entourer le projet de révision constitutionnelle. Les Algériens du Canada n'ont pas omis de réclamer la libération "immédiate et inconditionnelle" de tous les détenus d'opinion, avant de se disperser dans le calme non sans se donner rendez-vous pour dimanche prochain, afin d'amplifier la voix du Hirak dans le ciel de Montréal.