Par un froid polaire à "casser les dents" et en dépit d'une journée ensoleillée, il fallait peut-être la voix de Matoub ou les chants engagés et patriotiques pour mobiliser davantage la diaspora algérienne au Canada. Dimanche, à l'occasion de l'acte 54 de la révolution du sourire, les manifestants algériens étaient des centaines à se rassembler comme de coutume à la place du Canada, qui a vibré au son de l'hymne national et aux couleurs du drapeau national et de l'étendard amazigh. À 11h, alors que les premières groupes de manifestants arrivaient sur les lieux, des bénévoles préparaient sur place du café et du thé, pour "réchauffer les cœurs", ironise une manifestante. La sonorisation amplifiait les slogans du hirak, désormais appris par cœur, même par les enfants qui accompagnent souvent leurs parents à la manifestation. Les pancartes reprennent noir sur blanc les revendications et les mots d'ordre du peuple algérien en lutte pour sa libération. "Pour une transition démocratique", "Etat civil et non militaire", "L'armée dans les casernes", peut-on ainsi lire sur certaines d'entre elles. La perspective de l'exploitation des énergies non conventionnelles est dénoncée également par les manifestants. "Le gaz de schiste, un désastre Total", en référence à la multinationale française. Les manœuvres de division ont été dénoncées par les participants au speaker corner. Pour des manifestants, il est illusoire de vouloir diviser le peuple algérien, désormais uni dans sa diversité. Pour convaincre, ils citent l'exemple des tentatives du pouvoir sous Ahmed Gaïd Salah, en interdisant le drapeau amazigh ou en actionnant des thuriféraires comme Naïma Salhi pour déverser leur fiel raciste sur la Kabylie. "Même aujourd'hui, la remise en avant des divisions idéologiques ne peut être que l'œuvre du pouvoir qui veut à tout prix minimiser l'ampleur du mouvement populaire", dénonce un intervenant. La thématique a été abordée à la réunion du Forum citoyen des Algériens de Montréal, qui s'est tenue après la manifestation. Lors du regroupement, les débats sur le manifeste du hirak ont bien avancé, selon des participants. Ces derniers sont revenus sur la pétition contre la fuite des capitaux déposée au Parlement canadien. "Nous devons l'actualiser", a affirmé un des initiateurs du projet. L'autre pétition contre la répression et pour la libération des détenus a été déposée par le comité de soutien pour les droits de la personne en Algérie, a précisé Nadia Bouhend. Elle a été portée par le député canadien Alexandre Boulerice.