Le groupe sortira dans quelques semaines l'album "Amchi", dans un contexte très particulier où l'activité culturelle est à l'arrêt. Selon le guitariste du groupe, les artistes doivent renouer avec la scène, surtout que le marché du digital est encore verrouillé en Algérie. Alors que la scène musicale algérienne vit une période des plus difficiles avec l'arrêt des activités culturelles, fermeture des salles de concert, suspension des festivals, certains artistes tentent de surmonter autant que faire se peut ces difficultés. C'est le cas du groupe Djmawi Africa, qui sortira son prochain album Amchi (marche) en début d'année. Prévue pour le mois de février dernier, la sortie du nouvel opus a accusé plusieurs annulations conséquemment à la persistance de la pandémie. Le manager et guitariste Abdou El-Ksouri, qui a entamé la promo du disque, nous confie que sa formation a finalement décidé "de le sortir en digital et de s'adapter à la situation sanitaire et celle du secteur". Les Djmawi ont aussi profité de ce hiatus pour refaire les mix de certains morceaux. Sortir un album en cette période, dans un marché du disque déliquescent et face à l'inaccessibilité des services de streaming et de téléchargement en ligne en Algérie, complique davantage la tâche. Le pari est risqué, mais le groupe décide de se lancer dans cette voie afin de renouer avec son public, lui apporter un peu d'air frais en attendant la réouverture des salles et la reprise des spectacles. Aller de l'avant, c'est d'ailleurs l'esprit d'Amchi qui porte plusieurs significations. "En arabe classique ça se traduit par ‘'Je marche'', ‘'Amchi'' pour le chemin parcouru et surtout celui qui reste à parcourir", explique encore Abdou El-Ksouri. "En derdja ‘'Amchi'' pour ‘'dégager'' les obstacles qui entravent notre route, pour combattre le stationnaire, ‘'Amchi'' comme le cri d'une génération, et enfin ‘'Amchi'' à ceux qui ont marché pour la liberté !" Musicalement, le groupe a également changé de "formule" depuis le départ du chanteur Ahmed Djamil Ghouli et l'intégration de Issem Bosli, un ancien ami de la bande. "Dans ce projet, poursuit le musicien, nous exploitons les capacités vocales de plusieurs membres du groupe. Cela nous a ouvert beaucoup de perspectives et de possibilités." Le percussionniste Zohir Ben Larbi, Mehdi Nassouli ou encore le saxophoniste Kouceïla Adjrad et tous les autres membres ont participé à la confection de ce nouvel opus, enregistré au Sous-Sol, studio appartenant à Abdou himself. Les influences de chacun se font entendre. Raï, andalou, kabyle..., la chanson algérienne est représentée de la plus belle des manières. Les arrangements aussi se font en "collectif". L'écoute et la confiance semblent être le secret de cette formation, mais la règle principale reste que si le morceau ne plaît pas à tous les membres, il ne peut figurer sur l'album. Par ailleurs, El-Ksouri, en ces temps de crise, interpelle sur la condition précaire de beaucoup de ses pairs. "Combien pourront survivre et continuer à vivre de la musique, surtout que les décisions prises sont parfois très contradictoires et provoquent beaucoup de frustration. " Et de poursuivre : "L'artiste a besoin de son public, c'est sa raison d'exister (...) Il nous faut renouer avec la scène. En ce moment, de grosses productions tentent de se redéployer en full digital et organiser des concerts payants virtuels, mais je pense qu'à un moment ou un autre l'artiste et le public se lasseront du live virtuel. La seule chose que nous pouvons espérer, c'est de sortir rapidement de cette situation."