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"Il faut revoir la politique de dessalement pour faire cesser la gabegie"
Ali Kefaïfi, expert en énergie et ingénieur civil des mines
Publié dans Liberté le 24 - 03 - 2021

Liberté : Le gouvernement a annoncé vouloir doubler les capacités de son parc de stations de dessalement d'eau de mer. Cette option ne sera pas sans conséquence sur la consommation nationale d'énergie, puisque les stations de dessalement sont réputées énergivores. Quelle lecture faites-vous de ces choix et de leurs coûts économiques ?
Ali Kefaïfi : Le ministère des Ressources en eau devrait revoir totalement sa stratégie de l'eau car les choix et les comportements des gouvernements des 20 dernières années nous ont conduits à une impasse, comme c'est le cas pour la politique des carburants ou pour les autres options de l'Etat rentier, marquées par les subventions tous azimuts, la forte consommation de pétrole et la dilapidation des réserves financières externes. Dans ce cadre, doubler les capacités du parc actuel de dessalement ne peut constituer une solution soutenable et cohérente.
La politique de Chakib Khelil était à l'origine de graves erreurs : la création de l'Algerian Energy Company, à l'image de l'AES américaine qui devait la racheter, le choix de technologies membranaires coûteuses et consommatrices d'électricité, la dépendance totale des sociétés étrangères, la destruction de la pétrochimie, etc. Pourtant, durant la décennie 1970, l'Algérie avait construit la plus grande usine de dessalement à Skikda (CP1-K), suivant le procédé thermique (récupération de la chaleur et distillation sans membranes importées) et gérée par des techniciens supérieurs et des ingénieurs algériens.
Les choix politiques des décennies 2000-2020 ont donné lieu à des coûts économiques inacceptables : choix technologiques inadaptés à l'Algérie (membranes importées et remplacées tous les 3 ans, non-standardisation des capacités des usines pour en optimiser la gestion, surfacturation excessive des coûts d'investissement et des coûts d'exploitation), gestion d'usines de dessalement technologiquement banales en utilisant une main-d'œuvre étrangère au détriment de la balance des services. Assurément, l'analyse de la politique de dessalement mériterait des études approfondies pour faire cesser la gabegie.
Cette option en faveur du dessalement se traduirait par une hausse de la consommation d'énergie. Comment peut-on concilier les impératifs économiques et les besoins des populations en eau potable ?
Il est possible de concilier les impératifs de croissance économique et les besoins de la population et du secteur agricole en eau. Mais cela nécessite de revoir totalement la politique des ressources en eau héritée de l'Etat rentier des 20 dernières années. Cela exigera, primo, une exploitation rationnelle et intelligente des gisements aquifères algériens, et ce, en ayant recours essentiellement au secteur privé algérien (fabrication d'équipements, exploitation, PPA, BOT, etc.).
À cet effet, nous citerons, à titre d'exemple, l'exploitation des eaux du chott Chergui en vue d'éliminer définitivement le stress hydrique des wilayas de l'Ouest algérien marquées par une très faible pluviométrie (250 mm/an contre 900 mm/an à Collo). Il s'agit de récupérer une grande partie des 500 millions de m3 d'eau qui s'évaporent chaque année au-dessus du chott Chergui, soit l'équivalent de la capacité totale des usines de dessalement algériennes (400 000 m3/an). Pour ce faire il suffit de forer des puits de l'ordre de 100 à 200 m et de récupérer l'eau avant son évaporation. Sur la base des travaux géologiques complets effectués par le Pr Nacerredine Kazi Tani, nous avions, par deux fois, proposé nos services (quasi gratuitement) au ministère de l'Eau et à l'ANRH.
Ce projet avait été imaginé, dès 1947, par la Direction de l'hydraulique. Ainsi, l'administration algérienne n'a plus aucune raison de justifier l'importation d'usines de dessalement payées en devises, soit 200 à 300 millions de dollars par usine. En complément au projet du chott Chergui, il s'agira de récupérer la chaleur rejetée en mer à travers les eaux des centrales électriques et d'utiliser des équipements et matériaux algériens pour les usines de dessalement thermiques.
Secundo, il faudra aller vers l'utilisation des eaux du complexe terminal et du continental intercalaire, soit 30 000 milliards de m3, et une capacité fossile dépassant la capacité des usines de dessalement algériennes. Une solution à très faible coût pourrait être le transfert par minéraloduc dans le cadre du transfert vers le Nord des minerais découverts dans le Sahara (minerai de fer sans phosphore, nickel, vanadium, lithium, soufre, cuivre, etc.). Là aussi, l'implication entière du secteur privé (algérien) permettra de lever les contraintes bâties par la bureaucratie algérienne et qui explique les impasses (réserves externes, déficits macroéconomiques, énergie, eau, emplois, zones d'ombre, etc.).
Tertio, il est impératif d'investir dans les développements technologiques : l'analyse de la transition énergétique montre que les filières solaire et hydrogène utiliseront l'eau à travers les cellules à électrolyse.
La qualité requise par cette eau ainsi que les autres utilisations (industrie pharmaceutique) nécessitent des équipements de technologies évoluées. Cela explique les batailles technologiques des grandes puissances, dont l'UE et sa stratégie hydrogène qui passe par la maîtrise des piles à hydrogène et des cellules d'électrolyse. L'Algérie devrait s'enorgueillir de posséder la technologie de ces cellules à travers une filiale de la société Cevital. Qu'attend l'Algérie pour commencer à fabriquer ces équipements et développer les chaînes de valeur intra et intersectorielles (métallurgie, aciers alliés, pétrochimie et matériaux membranaires) ?
Nous apprenons qu'un projet de transfert de la gestion des stations de dessalement vers le ministère des Ressources en eau est en cours de discussion. Ce changement de tutelle entraînerait-il un changement des prix, puisqu'un projet de révision des subventions est également à l'étude ?
La lecture des lois de finances montre qu'in fine, c'est le citoyen (fiscal) qui supporte en dernier ressort les surcoûts et les surfacturations des investissements engagés par les entreprises publiques (centrales électriques, usines de dessalement, raffineries, séparation de gaz, etc.). À ce titre, le changement de tutelle ne résoudra pas le problème des subventions et des surcoûts.
La seule solution en cette période de vaches maigres réside dans l'élaboration d'une véritable politique de l'eau, de programmes fiables et compétitifs et de mutualiser les moyens et le savoir-faire technologique (géosciences, forages, fabrication d'équipements, R/D, etc.). Cet objectif noble peut être atteint à travers une politique de valorisation des ressources naturelles, celles-ci constituant un avantage comparatif exceptionnel venant compléter le capital inimaginable en ressources humaines.

Propos recueillis par : A. TITOUCHE


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