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Merkel exhorte les partis au dialogue
Au lendemain des législatives en Allemagne
Publié dans Liberté le 05 - 10 - 2021

Même s'il n'a pas dit son dernier mot, le centre-droit est sorti très affaibli et divisé de sa défaite électorale. Son chef de file, Armin Laschet, est rendu personnellement responsable du plus mauvais score électoral (24,1%) jamais réalisé par les conservateurs dans l'histoire de l'Allemagne moderne.
Angela Merkel a lancé dimanche un appel aux partis politiques allemands à surmonter leurs divisions après les législatives, alors que de difficiles tractations ont démarré pour tenter de la remplacer et de former un nouveau gouvernement. "Il faut continuer à façonner notre pays. On peut se disputer sur la manière précise de le faire à l'avenir, mais nous savons (...) qu'il nous faut nous écouter les uns les autres et dialoguer", a déclaré Mme Merkel lors des célébrations annuelles de la réunification allemande de 1990.
Elle doit prendre sa retraite politique lorsqu'une majorité aura été trouvée au Parlement, ce qui pourrait prendre plusieurs mois. "Nous avons des différences mais aussi des choses en commun. Soyez prêts à rencontrer les autres, soyez curieux des autres (...) et ayez la capacité de supporter les différences", a-t-elle ajouté dans ce discours à Halle (Est) ; "c'est la leçon de 31 ans d'unité allemande".
L'appel du pied d'Angela Merkel était limpide. Son discours est en effet intervenu alors qu'ont débuté dimanche des discussions exploratoires entre partis politiques pour tenter de former un nouveau gouvernement. Et elles s'annoncent très ardues, faisant craindre une longue phase de paralysie politique de l'Allemagne. Suite aux élections législatives, il va en effet très probablement falloir une alliance de trois partis – aux programmes très différents – pour former une majorité.
Une première depuis les années 1950, qui pourrait aussi être un facteur d'instabilité. Le centre-gauche du parti social-démocrate (SPD) et le centre-droit de la chancelière (CDU et CSU) sont en compétition depuis une semaine pour tenter de forger une telle coalition. Chaque camp s'efforce de courtiser les écologistes et les libéraux du FDP (droite), tous deux en position de "faiseurs de roi". La direction du SPD s'est entretenue avec les verts et a parlé d'une "très bonne discussion".
Les écologistes ont eux aussi laissé transpirer, sans surprise, leur préférence pour un attelage avec les sociaux-démocrates, dont ils ont salué "la disposition à créer un nouveau départ" en Allemagne. À l'inverse, les libéraux et les conservateurs d'Angela Merkel ont affiché leur proximité après leur entretien en soirée. Le parti démocrate-chrétien CDU a parlé de "points communs extraordinairement importants" entre les programmes des deux partis. Le FDP a reconnu qu'il y avait "peu de divergences" entre eux, alors qu'il a fait état de "positions éloignées" avec le centre-gauche.
Néanmoins, l'option actuellement la plus probable en Allemagne reste une coalition entre le SPD, arrivé de peu en tête avec 25,7% aux législatives, les écologistes et les libéraux. Elle est soutenue par une nette majorité (59%) de l'opinion, selon un sondage pour la télévision publique ZDF, tandis que les trois quarts des Allemands souhaitent voir le chef de file des sociaux-démocrates, Olaf Scholz, à la chancellerie. Même s'il n'a pas dit son dernier mot, le centre-droit est sorti très affaibli et divisé de sa défaite électorale.
Son chef de file, Armin Laschet, est rendu personnellement responsable du plus mauvais score électoral (24,1%) jamais réalisé par les conservateurs dans l'histoire de l'Allemagne moderne. Il apparaît en sursis à son poste. Ses rivaux en interne, tels Friedrich Merz ou Jens Spahn, qui défendent une ligne plus à droite, sont déjà en position pour la succession.
Dans ce contexte tendu, la chancelière a appelé les Allemands à ne pas perdre de vue l'essentiel. "Nous prenons parfois les choses trop à la légère quand il s'agit des acquis démocratiques, comme si nous ne devions plus rien faire" pour les défendre, a-t-elle déploré. "Mais nous assistons dans la période actuelle à un nombre croissant d'attaques", a-t-elle estimé, en citant des agressions contre les minorités religieuses ou ethniques, mais aussi les tentatives "démagogiques pour répandre sans scrupules ni honte la haine et le ressentiment".
Mme Merkel a aussi exhorté les Allemands de l'Ouest à montrer plus de "respect" à l'égard de leurs concitoyens de l'Est, alors que les législatives ont été marquées dans cette partie du pays – l'ex-Allemagne de l'Est communiste – par un fort vote d'extrême droite, nourri par le sentiment d'une partie de la population locale d'être laissée-pour-compte. La chancelière a elle-même grandi en ex-RDA.

R. I./Agences


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