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Immigré, l'impossible intégration ?
Des personnalités françaises, d'origine étrangère, reviennent sur la discrimination
Publié dans Liberté le 22 - 11 - 2005

Ils sont nombreux à avoir “intégré” la société française, tel le ministre Azzouz Beggag, Magyd Cherfi du groupe Zebda ou encore Leïla Leghmara, élue au Conseil régional d'Île-de-France. Mais la France, elle, les renvoie constamment à leur origine étrangère.
Combien la France, premier pays d'immigration en Europe, compte-t-elle de ressortissants d'origine étrangère ? La question ne peut pas avoir de réponse précise et agite, ces derniers temps, aussi bien les milieux politiques que les experts, sociologues, démographes et économistes. Selon la loi, “il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître directement ou indirectement les origines raciales ou ethniques”. Les promoteurs de la loi étaient mus par la louable intention de ne pas juger les Français selon leur origine : tous les citoyens de la République sont égaux devant la loi. En pratique, cela a servi à empêcher d'analyser de manière précise le problème de la discrimination. Le ministre de l'Egalité des chances, Azzouz Beggag, monté au front contre la “sémantique guerrière” de Nicolas Sarkozy, est le premier à revendiquer la prise en compte de l'origine pour l'élaboration des statistiques. On a beau être Français de nationalité, dans la réalité de tous les jours, on est constamment renvoyé à ses origines. Le chanteur du groupe Zebda, Magyd Cherfi, l'exprime dans ses relations avec son fils : “Je lui dis qu'il est Français mais aussi qu'il est d'origine algérienne parce que j'ai peur qu'il m'accuse de lui avoir menti par omission lorsque d'autres le renverront à ses origines au moment où il devra chercher du travail.”
Pour Leïla Leghmara, adjointe au maire chargée des affaires scolaires à Colombes près de Paris, et élue au Conseil régional d'Île-de-France, “nous sommes des Français à part et non à part entière”. La crise qui a secoué les banlieues durant trois semaines a confirmé de la façon la plus éclatante ce constat. Et, contrairement à ce que l'on peut imaginer, c'est l'Etat et les partis politiques qui sont les plus défaillants en la matière.
“L'Etat est raciste”
“L'Etat, donneur de leçons de morale, est plus raciste que les entreprises privées où il y a plus de minorités visibles”, se révolte Leïla Leghmara. Bien sûr, sa situation personnelle ne prête pas à pleurer. Conseillère municipale et régionale, cette fille d'ouvrier sétifien, arrivé en France en 1960, est fonctionnaire de l'éducation nationale puisqu'elle est professeur d'anglais. Elle admet avoir été servie par une conjoncture favorable qui lui a permis de se faire élire sur une liste du parti centriste UDF de François Bayrou, pourtant une formation de notables et de conservateurs où la jeune femme ne semblait pas disposée à trouver une place. Pour le commun des autres Français d'origine maghrébine ou africaine, “il faut travailler très dur et beaucoup plus que les Français de souche”. Le gouvernement de Dominique de Villepin compte deux ministres d'origine algérienne.
Azzouz Beggag, chargé de l'Egalité des chances, est un sociologue né dans une banlieue de Lyon, où son père avait pu s'installer en arrivant d'Algérie. Hamlaoui Mekachera est un ancien soldat d'infanterie de l'armée française. Il était déjà dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, aux côtés de Tokia Saïfi, chargée du développement durable, qu'un député de droite avait qualifié à son départ du gouvernement de “beurette-gadget” dont la nomination n'aura été qu'un “effet d'annonce” tellement elle a été transparente dans sa mission. Transparente ? En fait, cette femme originaire de Biskra, militante associative, a hérité d'un ministère sans réelles attributions. Pas moins que les autres. Au point d'être traités chacun dans sa communauté d'origine de “ministre-alibi” ou, pire encore, d'“Arabe qui cache la forêt” de la discrimination. Pourtant, leur nomination a été voulue par les autorités comme un “message” en direction de l'immigration. “Le message c'est lorsqu'on nommera un ministre dans un département important et avec des pouvoirs réels, répond-on. Koffi Yamgnane, première personnalité africaine à avoir accédé au gouvernement français, n'était pas mieux loti. Cet ingénieur d'origine togolaise a été secrétaire d'Etat à l'intégration, de 1991 à 1993, sous la présidence de François Mitterrand.
Même constat au sein des partis
Au sein des partis, la situation n'est pas plus reluisante malgré la nomination de deux militants d'origine algérienne dans la direction de l'UMP et celle du Parti socialiste. Abderahmane Dahmane est secrétaire national chargé des associations issues de l'immigration et Malik Boutih est secrétaire national chargé des questions de société. “C'est une ghettoisation de la diversité. On demande aux Arabes de s'occuper des Arabes”, s'emporte Aïssa Touazi. Ce diplômé en sciences politiques, spécialiste des relations internationales, est l'un des rares, sinon le seul à avoir obtenu une confiance à la mesure de ses compétences. Il est conseiller dans le cabinet du ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, dont il est un proche. Le parcours a été dur pour le gamin qui a grandi dans la très sensible ville de Dreux, près de Paris. “Il a fallu se battre depuis l'enfance parce qu'on n'a pas les mêmes moyens ni les mêmes outils que les Français de souche, dit-il. Au ministère des Affaires étrangères, on précise que “la maîtrise des langues rares ou la connaissance d'une région particulière favorise le recrutement de personnes d'origine étrangère”. C'est notamment le cas de Malika Barek, ambassadeur de France à Manama. Cette femme est née en 1954 à Angers (ouest) d'un père arrivé en 1938 d'Algérie. Diplômée en sciences politiques et de l'Institut des langues et cultures orientales (Inalco), elle a rejoint le Quai d'Orsay en 1982 sur concours. Chevalier de la Légion d'honneur, elle a exercé plusieurs fonctions avant d'être nommé ambassadeur en 1984. À l'ambassade de France à Damas, le conseiller culturel est aussi d'origine algérienne. Il avait travaillé dans le cabinet de l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, Hubert Védrine.
Au Quai d'Orsay, on estime à 1/5 des conseillers techniques le nombre de Français d'origine étrangère recrutés ces dix dernières années. Une estimation basée sur la consonnance des noms puisqu'il est interdit de les recenser sur des critères autres que celui de la nationalité. Au ministère de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, également président de l'UMP où il a promu son “ami” Abderahmane Dahmane, compte une conseillère d'origine marocaine, la juriste Rachida Dati. Le chantier de l'intégration reste encore “inachevé”, comme le constatait Le Monde. Si on compte quelque 150 élus dans les conseils régionaux et municipaux et trois sénateurs d'origine algérienne, il n'y a pas un seul député d'origine étrangère. Les Français ont du mal à accepter de se faire représenter par des compatriotes issus de l'immigration. À l'instar de Leïla Leghmara, les quelques élus refusent pourtant d'être “les élus des Arabes” mais se veulent ceux de “tous les citoyens”. Pour Séghara Doucouré, fonctionnaire d'origine malienne, qui préside une fédération d'associations de Français d'origine africaine, tout cela “reste insignifiant pour notre visibilité”. “C'est toujours bon d'avoir des noms à consonnance étrangère car ça prouve aux autres que c'est possible”, tempère Kamal Hamza, attaché parlementaire d'origine algérienne. La crise des banlieues aura ravivé un débat récurrent qui n'a jamais été porté à son épilogue et la “racaille” y aura contribué.
Y. K.


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