Erigée au statut de municipalité lors du découpage administratif de 1984, Aïn Zaouïa compte aujourd'hui environ 19 000 habitants répartis surtout sur les villages formant ce qu'on appelle le douar de Boumahni (environ 16 000 habitants). Pour arriver à tous ces villages de Boumahni situés à quelque 6 kilomètres pour le premier d'entre eux au nord-est du chef-lieu de l'ex-Pirette, il faudra emprunter, soit une route par El Mechmel, entièrement délabrée et entourée d'un maquis, soit un autre axe routier qui attend réfection depuis des lustres en dépit de toutes les démarches du comité du douar de Boumahni. Il n'est pas facile d'accéder à ce douar dont certains villages se trouvent à 15 km d'Aïn Zaouïa. Concernant les routes, elles n'ont pas bénéficié de travaux depuis des années, à telle enseigne qu'au niveau de certains endroits, on se croirait sur des pistes non carrossables. Un réseau routier délabré À ce sujet, dans une réunion tenue avec le P/APC, les membres du comité de village soulignent que rien ne se fait pour améliorer la situation de tout le réseau. Le village de Kantidja n'a bénéficié d'aucun projet à même de le désenclaver, notamment celui qui concerne le pont qui reste au stade de proposition. “Ce ne sont-là que des fiches techniques pour l'installation de passerelles”, a souligné un membre du comité. Dans le même PV de réunion, nous avons pu relever la prise en charge des tronçons menant aux établissements scolaires et aux services publics. Néanmoins, les représentants du douar ne voient rien venir depuis cette réunion tenue en mai dernier. Ils sont pour le règlement des problèmes pacifiquement, mais la population ne l'entend pas de cette oreille. “Nous sommes entièrement isolés. C'es le calvaire en permanence. Même les transporteurs refusent de faire la desserte vers certains villages et hameaux”, nous a déclaré un citoyen du village d'Izimouchène. Des villages sans eau Le douar de Boumahni souffre du manque d'eau, en dépit de toutes les tentatives pour en améliorer la distribution. “Certains villages ne reçoivent de l'eau qu'une fois tous les quinze jours et en quantité très insuffisante”, nous confie M. Zimouche Mohamed. Et d'enchaîner : “Nous demandons le respect du programme de distribution. Nous sommes certains qu'avec son application rigoureuse, il y en aura pour tout le monde.” Quant au réseau, il est entièrement vétuste. Pour notre interlocuteur, il est attendu de trouver une solution urgente à ce problème qui pénalise de nombreux foyers, grevant excessivement leurs budgets pour s'approvisionner en eau potable à raison de 1 200 DA la citerne. “Nous sommes convaincus que le programme établi souffre de manque de rationalité”, a-t-il abondé. Les habitants du douar ne devront pas tout de même attendre 2010 pour boire l'eau du barrage de Koudia Asserdoun (Bouira). Le Bureau de poste, un fonctionnement aléatoire Tout comme de nombreux bureaux de poste ruraux, celui de Boumahni ne fonctionne pas pour raison d'insécurité. Pourtant, cette poste était ouverte jusqu'à 2002. Il y avait de l'argent au moment où la situation sécuritaire était très difficile. Mais, les membres du comité du douar n'admettent pas ce subterfuge. “Juste à côté, il y a une caserne de l'ANP et un cantonnement de la garde communale”, signale un citoyen de ce village. D'autres habitants nous ont fait savoir qu'ils dépensent beaucoup pour se rendre jusqu'à Aïn Zaouïa. “Parfois, nous restons toute la journée pour retourner au village sans accomplir nos retraits”, ajoute un retraité. Avant qu'un autre n'intervienne pour dire carrément qu'il ne se déplace même pas pour retirer un mandat de moindre importance. Par ailleurs, d'autres affirment la perte de leur courrier quand il est déposé au café ou chez l'épicier du coin. Dans une correspondance adressée au directeur d'Algérie Poste de Tizi Ouzou, les responsables du douar ont exprimé leur vif mécontentement. “Notre population n'a que trop souffert”, clament-ils. Le CMS, un gâchis énorme et révoltant Bien que ce douar ait bénéficié de la réalisation d'un CMS par la Cnas, les citoyens de Boumahni doivent encore faire des kilomètres pour se rendre jusqu'à Boghni ou à Draâ El Mizan, villes distantes de 30 km des 16 villages enclavés dans cette zone montagneuse supportant d'autres dépenses supplémentaires et d'autres tracasseries. “Beaucoup de personnes sont décédées lors de leur évacuation alors que nous disposons de l'un des centres médicaux des plus spacieux de la wilaya et peut-être même du pays”, ajoute dans son intervention une autre personne. Réalisé à la fin des années 1980, ce CMS n'a pas fonctionné à cause toujours de l'insécurité. Les membres du douar disent que sa rentabilité est devenue possible parce qu'un cantonnement de la garde communale et une caserne de l'ANP ne sont qu'à quelques mètres de ce centre. “C'est une polyclinique en déperdition malgré le potentiel qui existe en termes de structures. Extrêmement vaste, il est prévu pour abriter une maternité, un service des urgences, une pharmacie et divers autres services médicaux. Jusqu'au jour d'aujourd'hui, rien n' a été fait pour son ouverture”, ont précisé les membres du comité du douar dans une correspondance adressée à l'intention du directeur général de la Cnas, du ministre du Travail et de la Sécurité sociale du ministre de la Santé et du wali de Tizi Ouzou. Nous avons appris aussi que ce CMS a deux fauteuils dentaires, mais point de dentistes. Alors que les logements de fonction sont vides faute de praticiens. Les rédacteurs du document demandent que cette structure sanitaire soit prise en charge comme il se doit en la dotant de matériel adéquat et de personnel en nombre suffisant. En tout cas, le transfert de ce centre vers le secteur de la santé est la meilleure solution pour parvenir au règlement de toutes les insuffisances signalées. “Le douar de Boumahni est en marge du développement”, estiment les membres du comité. Ainsi, d'autres problèmes pénalisent énormément les citoyens de cette vaste contrée, tels le paiement des factures d'électricité réglées au niveau de l'agence Sonelgaz de Draâ El Mizan ou encore l'inexistence d'un lycée au niveau du chef-lieu. Quant à l'alimentation en gaz de ville, rien n'est inscrit pour Boumahni, bien qu'une conduite qui alimentera les villages de Laâziv N'cheikh et El d'Mechmel soit à quelques encablures du premier village de Boumahni. “Nos enfants souffrent énormément pour se rendre jusqu'à Draâ El Mizan. Il y a des élèves qui font des kilomètres à pied en dépit de tous les dangers encourus. Le collège vit encore une instabilité inqualifiable en raison des logements d'astreinte non encore achevés depuis des années”, conclut notre interlocuteur. Cela étant, d'autres situations, telle celles des chutes de tension et du manque d'éclairage public, pénalisent énormément les citoyens de cette vaste contrée. O. GHILès