Un prix du gaz durablement inférieur à 10 dollars risque de «compromettre lourdement» les grands projets d'exportation de l'Algérie, a prévenu, lundi à Alger, Nordine Aït Laoussine, ancien ministre de l'Energie. «Une analyse sommaire des fondamentaux (du marché) nous enseigne qu'un niveau de prix du gaz sur les principaux marchés importateurs durablement inférieur à 10 dollars million BTU en Europe ou à 12 dollars en Asie, compromettrait lourdement l'économie de tous nos grands projets d'exportation», a déclaré Aït Laoussine au cours d'une session du 4e symposium de l'AIG consacré au prix du gaz sur les marchés internationaux. «De même qu'il n'y aura plus de pétrole bon marché, il n'y aura pas non plus de gaz bon marché, qu'il soit originaire de l'Amérique du Nord, d'Australie, de Vladivostok ou du Mozambique», ajoute M. Aït Laoussine lors de cette session animée également par l'ancien ministre de l'Energie Sadek Boussena. Le même expert relève qu'à l'opposé du marché pétrolier unifié, les marchés du gaz sont régionaux, où les prix sont négociés différemment en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. Le manque de convergence entre ces marchés entraîne des disparités dans les prix qui peuvent frôler les 18 dollars MBTU en Asie et descendre à moins de 10 dollars en Europe et dégringoler à 4 dollars en Amérique du Nord. La solution à cette disparité qui devrait arranger aussi bien les producteurs que les consommateurs est d'aller vers une globalisation du marché international du gaz. Cette globalisation reste, selon Aït Laoussine, possible mais seulement après une longue période de transition vers une formule de prix hybride comprenant le modèle de cours à long terme et celui du marché spot. «Une globalisation éventuelle conduirait à terme à une plus grande convergence des prix régionaux», affirme-t-il. Cette globalisation ne doit signifier cependant «ni uniformité à 100% des prix ni effondrement des prix régionaux actuels, soutient-il. Aussi, elle ne mettrait pas fin à «la volatilité des prix et ne doit pas conduire à des prix spot systématiquement ou durablement inférieurs aux prix de long terme», a-t-il dit. L'Algérie doit dans le contexte de fermeture du marché gazier américain orienter ses efforts dans deux directions stratégiques : protéger ses parts de marché en Europe et orienter ses exportations de GNL vers le marché asiatique très prometteur. Pour autant, «la tâche ne sera pas facile» concernant la protection de ses débouchés en Europe, car la demande gazière dans le Vieux Continent connaît un déclin depuis 2008, reculant chaque année de près de 12%, estime Aït Laoussine. Ce recul est attribué à la baisse du prix charbon importé des Etats-Unis et au développement à outrance des énergies renouvelables, fortement subventionnées.