Comme si le robinet crachait tout ce qu'il a dans sa canalisation. La violence ne porte pas la marque made in Algeria pour que beaucoup de médias internationaux reviennent avec force sur ce qui s'est passé à Tizi-Ouzou. Quel est le pays où ce fléau ne fait pas saigner son monde ? Quel est le pays où ce «scorpion» n'a pas laissé de trace ? Chez nous, les médias ne cessent de le dénoncer et d'alerter qui de droit pour piéger, détruire et enterrer ce virus. La mort du Camerounais, joueur de la JS Kabylie, a fait mal à toute la nation algérienne et même au-delà. Cet acte criminel continuera à faire couler beaucoup d'encre. Il restera une pièce de référence dans les écrits et les débats. Voilà un phénomène qui s'attaque à tous les circuits, qui irriguent les veines de ce sport, et menace de paralyser et faire échouer toutes les tentatives qui viseraient à l'isoler, si l'on continue à traîner le pas. Alors, nos stades deviendraient des arènes où le danger continuera à briller de toutes ses forces et à menacer joueurs et supporters. La violence serait plus forte que les remèdes proposés depuis de nombreuses années par les diverses institutions. Force est de reconnaître qu'aujourd'hui, encore ces enceintes restent tout simplement des lieux dangereux, où la vie des spectateurs est menacée malgré l'instauration du professionnalisme. Alors, reste à savoir si les responsables des clubs finiront un jour par agir, identifier et à étouffer ces voyous qui agissent sans aucun scrupule pour démolir l'espace sportif. Ces responsables vont-ils enfin s'intéresser un peu plus à la sécurité de leurs supporters qu'aux trois points ? Ces responsables vont-ils veiller au durcissement des lois et à leur application ? A prendre des initiatives qui renforceraient la sécurité de nature à mettre de côté ces critères, qui laissent des cratères engloutir toutes ambitions qui visent à lever le voile sur ce qui assombrit nos stades. Un professionnel, ancien joueur, aujourd'hui auteur de plusieurs livres consacrés à la violence, considère pour sa part que «la question des stades est très importante, car elle est à la fois liée au football, mais aussi à la conception qu'on a du sport et de son spectacle au plus haut niveau. Or la réponse du «tout-sécuritaire», n'est pas adaptée. Chez nous, il est temps que les réponses après coup, soient évitées, elles ne servent absolument à rien, c'est plus un calmant qu'un traitement pour ce professionnel. «Les relations entre les supporters peuvent être maîtrisées beaucoup plus en amont avec des échanges constructifs plutôt que des affrontements violents. Concrètement, il faut proposer un espace d'échanges fraternels entre les associations». Après, la violence qui s'exprime au stade, il existe des causes beaucoup plus profondes que le simple match de football. Ce n'est pas le sport qui réglera cette violence-là. «Notre sentiment, c'est que l'on peut changer les choses par la prévention, le dialogue, et en renforçant la vie associative et culturelle autour de l'animation des stades... Je suis très inquiet de ça, de l'évolution du public des stades, de l'augmentation des coûts d'entrée et de l'apparition d'un public qui ne sera plus fidélisé, mais aléatoire en fonction des matchs. On le voit avec le PSG qui a beaucoup plus d'abonnés aujourd'hui. Mais est-ce que ces abonnés viennent pour toutes ces stars, ou est-ce que ce sont des supporters vraiment convaincus et fidèles aux couleurs de Paris ? Est-ce que le nouveau visage du PSG crée un lien social ou de la vie associative ? Je ne le crois pas. On crée plutôt de l'individualisme et de la consommation.» Alors peut-on dire que l'arrêt du championnat résoudra le problème ou encore les spots radios ou télés ? Ou des banderoles collées aux abords des stades ? Dans les gradins ou sur les stades, est-ce la meilleure façon de freiner la violence ? Ce n'est certes pas encore l'organisation des colloques, séminaires et études sur la violence. Des actions porteuses doivent faire l'objet d'une recherche minutieuse. Le constat fait par le président du COA, Mustapha Berraf est significatif : «La réflexion, plusieurs fois entamée, sur les voies et moyens à mettre en œuvre ne semble pas avoir apporté les résultats escomptés, malgré la conjugaison des efforts des différentes parties concernées.» Il faudra avoir le courage d'attaquer le mal à la racine. Et c'est là tout le problème. Le crime qui a eu lieu a Tizi-Ouzou en direct, met tout le monde au pied du mur, personne ne veut prendre la moindre responsabilité, chacun essaie de trouver une porte de secours pour quitter le terrain. Mais face à des faits têtus, le voile continuera à assombrir leur environnement. Aucune fuite ne sera alors possible. Aucune explication contraire à celle des médecins et de la justice ne pourra laisser place à d'autres supputations. Et c'est dans ce climat de contradictions que les choses deviennent plus difficiles. La violence continuera, quant à elle, à s'enflammer pourtant, la mobilisation de tous est indispensable. Le président de la Confédération africaine de football, partagé entre la tristesse et la colère, s'est exprimé quelques instants après l'annonce du décès du joueur camerounais de la JSK, Albert Ebossé, samedi juste après son arrivée à l'hôpital de Tizi-Ouzou, mort des suites d'un «traumatisme cervical violent», selon le professeur Abbas Ziri, directeur de l'établissement. La dépouille est transférée vers Douala, où vit sa famille. «Mes pensées vont d'abord à la famille et aux proches de ce jeune qui n'aspirait qu'à vivre paisiblement sa passion pour le football, dont il avait fait son métier, ce qui l'a conduit à émigrer hors de son pays», a souligné Issa Hayatou à partir de la capitale égyptienne, le Caire. «Le football africain ne saurait être le terreau de quelque phénomène de hooliganisme que ce soit. Nous attendons que des sanctions exemplaires soient prises car la violence n'a pas sa place dans le football africain en particulier et le sport en général», a mis en garde le président de la CAF qui dit «s'investir avec la dernière énergie pour éradiquer toute forme de violence ou de comportement antisportif sur les stades du continent». Par rapport à ce phénomène qui vient de secouer l'Algérie, un sociologue, spécialiste des mouvements hooligans européens, a confié à un journal,«ce sont quelques centaines de fans, souvent jeunes, qui revendiquent une posture rebelle, le refus de l'autorité, et pour qui la défense de l'identité de leur ville peut justifier ponctuellement la violence». Et d'ajouter, «ce glissement de groupes, qui quittent la forme associative pour un fonctionnement plus informel, voire clandestin, est un phénomène récent et très inquiétant». C'est dire que l'Algérie n'est pas le seul pays à connaître de pareilles situations. Mais cela n'empêche pas que beaucoup reste à faire dans nos stades dont la majorité doit être non seulement fermée pour travaux, mais aussi pour la formation des dirigeants, et éviter des catastrophes.