Elles sont neuf, venues en force nous montrer leur talent. L'exposition est intéressante même si elle s'est montée dans la douleur, le manque de moyens et l'incompréhension d'un nouveau directeur qui pense qu'il suffit de donner une salle pour qu'une exposition se tienne dans les bonnes conditions. Qu'à cela ne tienne, cet insolite aréopage de femmes, avec deux hommes invités, laissent la part belle à une très bonne exposition, loin des clichés femme égal 8 mars. Pour cette fois, femme égal création, installation, performance, hommage... Tous et toutes unis vers Elle. La dame, la femme en question pour des œuvres franchement hallucinantes par la force d'expression, la technique et la monstration. Au menu donc, des installations, d'emblée l'accroche se fait : deux lampes, un amas de valises déchues de leurs longs voyages d'agrément. Pour cette fois, il s'agit de migration, du genre de fait qui fait sangloter quand on ferme la valise et que l'on résume sa vie. A tous ceux qui font leurs valises, sans connaître la destination...La hâte, l'urgence, la violence des séparations inscrites comme une sublimation de la douleur dans quatre peintures poignantes de valises colorées qui se racontent, et d'une scène de genre, une famille à l'acrylique, avec l'impuissance des bras, des valises comme viatique et le souvenir comme une force active accompagnant cette installation signée sur une ébauche de barbelé, Narriman Ghlamallah tape juste avec cette installation et ces peintures déclinées comme le programme et le récit d'une aventure épique partagée par le monde aujourd'hui plus que jamais. Juste derrière, un homme, des silhouettes en polystyrène, sous un immense chapiteau bleu, et là, nous surplombant, un sein nourricier, et une douzaine de silhouettes, invitées, ou plutôt convoquées par Ahmed Mebarki, dans son œuvre «Uni-vert-c'est elle»... on est quelque peu contrits de voir cet artiste se lancer un peu dans une aventure qui le dépasse, les silhouettes se perdant dans l'immense espace, et la couleur entreprise sur les silhouettes un peu terne pour le sujet. Il n'en demeure pas moins qu'avec du travail, l'ami Mebarki acquerra sans doute ses lettres de noblesse. Surréaliste ? Non pas du tout ! Mejda Ben, nous propose un pan de sa pensée insolite, entre Edgar Poe et le Petit Prince, un délicieux équilibre ésotérique sur des silhouettes étranges, souvent vues de haut ou aperçues de dos, «Apesanteur», «Arborescence», «Qaâda rythmée», sont autant de scènes conçues patiemment, construites sur des éléments de la décoration arabo-musulmane, d'effets graphiques berbères, de collages bien mis sur des compositions complètement surannées mais extraordinaires dans tous les sens. Sur certaines de ses œuvres, Mejda peut paraître inégale, mais sans avoir l'air d'y toucher, elle promet beaucoup par la qualité d'un travail pertinent très original et donc très novateur, elle est une artiste à suivre de près. Louisa Lakehal, habituée du papier mâché, incarne dans une tentative artistique, un travail sur la «Conception», rendant ainsi hommage à la femme enceinte avec tout un assortiment installé, un buste doté d'un masque insolite, des cordes grossières qui descendent vers un ailleurs improbable, un ventre ballonné, nombril proéminent, le tout dans une composition assez intéressante car mettant en nous une notion de doutes divers aussi proéminents que ce ventre presque aussi vrai que nature, dans un allant de poésie prégnante par l'opposition de force et de douceurs paradoxales qui se dégagent de cette œuvre. Pour Djamel Taïbi et ses peintures sculptures installation, la femme est source de vie dans «La source » qui s'installe sur un tapis rouge avec un nid sensé être éclairé, source de chaleur et de bien-être avec cette propension au dialogue qui fait écho à trois silhouettes peintes excellemment et rehaussées par des notes d'acier qui montrent un contraste avec l'apparente douceur des notes colorées, une bonne attitude plastique de Djamel Taïbi qui fait montre d'une talentueuse approche de la peinture installation même si l'aspect non explicite de son travail nous mène en réalité sur plusieurs pistes heureusement très ouvertes... La caution islamique, le plaidoyer religieux franchement surprenant nous vient de la délicate Anissa Berkane avec des tableaux très très timides sous le thème Asmaa Allah Al Hosna et un texte coranique sur un plaidoyer autour de la liberté de la femme en islam, avec cette étrangeté paradoxale d'un texte qui n'a pas d'apparente logique avec le propos plastique, l'attitude est sans nul doute dialectique, à part si l'intention de l'artiste tombe comme une performance à l'ironie non encore évidente !!! Reliefs et couleur... Raouia Baarir réalise et propose une série de travaux qui ont eu un succès flamboyant, par son originalité et un propos consacré à de très belles compositions entre plâtre, eau, dorures et colle, le tout esthétisé par de l'acrylique. Elle nous propose un univers assez simpliste dans la manière de styliser les sujets, mais ils sont faits avec soin, talent et originalité dans des reliefs arrondis et un mystère très suggestif, consacré à de simples sujets dont les premières formes sont très bien réalisées comme «Panthère» déclinée dans un très beau triptyque, un scorpion très excentrique, une salamandre élégamment nommée «Détresse» ou un cheval en mouvement, le reste étant à oublier. Cette jeune plasticienne sera dans l'avenir affranchie d'influences encore trop prenantes, une artiste tout en force dans l'apanage d'un style propre que l'on sera encore très curieux de découvrir. Pour Karima Sahraoui, un peu la locomotive de ce groupe d'artistes émouvants à plus d'un titre, l'intelligible est au pouvoir dans une installation mise en abyme sur une construction réalisée en carton suggérant des livres, avec un portrait déconstruit et reconstruit sur l'image de la belle Imalayen, Assia Djebbar à la fleur de l'âge, une machine à écrire ancienne marquant les indices de l'écriture, un point d'interrogation accusateur sur le côté, et ce rouleau de papier, avec des milliers de mots inscrits dans la récurrence, comme pour insister sur la richesse de cette écriture, qui aurait pu être redondante, mais qui, en réalité ne l'est pas car porteuse d'informations, de mots, d'images...de mémoire. Karima Sahraoui, artiste agitée, intelligente, graphiste et femme de communication, vient nous rappeler qu'au-delà de sa relative discrétion, elle fait son chemin, et il nous fait bien-sûr très plaisir d'en prendre acte. Dans l'incarnation d'un hommage coloré, Houria Menaa assume sa peinture aux touches vivaces, et aux compositions souvent fauves comme cette représentation de l'Afrique dans un mix de couleurs assez vives et regard frontal d'une figure africaine qui laisse place à «Ziara», «Reflexion», «Féminin pluriel», «Maternité», «Envol»...autant de scènes d'apparence féministe dans le sens le plus plat du terme, mais le cliché est vite démenti par la révélation d'une œuvre très bien menée sur des pistes acryliques avec des compositions justes, bien élaborées et souvent nerveuses et agitées pour mettre en place des réflexes très contemporains qui tranchent en fait avec les titres émis. Houria Menaa sur papier ou sur canevas et bois laisse une bonne impression d'ensemble par son sens inné de la composition même si, parfois, les proportions se laissent aller sur le support dans des directions quelques peu échevelées. Djab Mazia, vient en contrepoint de toutes ces attitudes plastiques, avec un écran plasma et une vidéo tournant en boucle sur les rues d'Alger, la mise en scène est active, elle met en mouvement des personnages, masque en carton sur la tête avec une figure assez mystérieuse, et puis une femme, l'artiste elle-même, marchant dans les rues d'Alger avec des ailes d'ange sur le dos, et puis au fil du parcours, l'étrangeté de l'être, l'interrogation dialectique, pourquoi, comment !? Comme un poil à gratter mis en contact avec la masse urbaine. Mazia Djab, artiste iconoclaste, nous donne à voir les réponses dans les regards ahuris et les apparentes notes indifférentes des personnages qu'elle croise et qui sont, sans le savoir en fait, les éléments-clé de cette œuvre nommée «Act libre». Ahlam Kourdoghli met en place une installation sur un portrait de femme en haïk surplombant une série de mappemondes, l'universalité faite femme, l'Algérianité en filigrane imposée doucement par ce voile virginal, le regard tourné vers un horizon très large. Ahlam, céramiste, plasticienne, installatrice fait écho au travail de Karima Sahraoui, elles se portent mutuellement par l'entremise d'une proximité «bozariste», le tout est intéressant à découvrir. Pour Ahlam, Eve est aussi notre mère à tous, elle est plus grande que le monde lui-même, puisqu'universelle même dans son rôle de mère, d'épouse, d'amie, de compagne. L'immensité de l'hommage est aussi un geste sublimé incarnant la subtilité du monde féminin et aussi sa modernité. L'hommage à travers cette œuvre mérite aussi notre hommage à la sublime Kourdoghli qui, pas plus loin, est en fait l'incarnation de cette installation photo. Unis...Vers...Elle, est une exposition qui sort de l'ordinaire consécration de la femme dans toute sa splendeur, pour une fois qu'il y a un véritable travail derrière, ne boudons pas notre plaisir, et allons-y en courant, l'exposition vaut la course...de clandestin ! «Unis...Vers...Elle», exposition collective de peintures, installations, et vidéos, du 05 mars 2016 en continuation pour le mois de mars, Salle Baya, Palais de la Culture « Moufdi Zakaria », entrée libre.