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Si nos montagnes pouvaient parler !
Publié dans La Nouvelle République le 19 - 02 - 2019

Lorsque naquit le mouvement national et qu'apparut la lutte politique pour le recouvrement de la souveraineté nationale, les Ménaïelis à l'instar des Algériens des differentes régions du pays affichent un militantisme et un engagement sans faille pour la cause nationale.
Au lendemain du déclenchement de la guerre de Libération nationale, ils étaient nombreux les jeunes et les moins à rejoindre les rangs de l'ALN à l'image de Kaddour Achour,Mokhfi mahfoud, Talamali, Bengriche Abaziz ahcéne, Abaziz Louanés, Abaziz Slimane, Abbas abdelkader,Aberkane Rabah, Achtiouane Slimane, Afiri Rabah, Aouchikh Saïd, Aissaoui Abdellah,Aissaoui Mohamed, Aït Amar Mustapha, Aït Kacem Mohamed, Akroum Abdelkader, Alouane Ahmed, Amraoui Mohamed, Arif Mohamed, Airoure Mohamed, Babaci Ali, Badri Rabah, Bechla Rabah, Belaouche, Benmansour Sadek, Benmechiche,Benmechiche Mohamed seghir, Beassami Ali, Boubagha Saïd, Bouchourak Ali,Bouderba Mohamed,Bouhamadouche Djelloul,Bouhraoua Mohamed, Bouiri Boualem, Boussa Mohamed, Boussaadi Rabah, Boussalah Moussa, Bouzane Belkacem, Bouzbidi Mohamed,Vhendri Boualem,Cheradi Menouar, Cherifi Aïssa, Cherifi Mohamed, Dali Al,i Dekkar Ali, Djelfi Ali, Djerroud Laïd, Djoumi Ahmed, Dourari Mohamed, Dridi Louanès, Dridi Mohamed , Dridi Rezki, Ghalem Boualem Ghalem Saïd,Hachemi Hamoud, Hamzaoui frères, Kaddour Achour, Kentour Saïd, Meflah Ahmed, Mokhfi Amar, Tahanout Saïd,Takdjerad Salah et les frères Toumi, qui avaient rejoint les maquis de la région sur le haut des montagnes de Timezrit, Ghoumrassa, Sidi-Ali Bounab, Boumissra, Ouriacha, Zbarbar et autres avec comme PC sis à Boughyere.
Ils connaissaient chaque coin et recoin où ils se feront remarquer par leur courage et leur engagement révolutionnaire dans plusieurs accrochages sanglants et de batailles dont les plus notables sont celles de Boumissra, de Ghar yahmane, et différentes autres qui se sont déroulées sur les monts de Timezrit et qui resteront gravées dans la mémoire de tout un chacun et auxquelles la région de Bordj-Menaiel sacrifiera sur l'autel de la liberté de valeureux combattants. A son arrivée au pouvoir en Algérie, de Gaulle alors porté au pouvoir par les mlilitaires en 1958 dans une situation marquée par la recrudescence des activités de la révolution a d'emblée misé sur une victoire militaire. Pour autant le géneral de Gaulle accorda à l'armée les pleins pouvoirs et renforça les unités déployées en Algérie en équipements militaires et en effectifs. C'était le prélude à une nouvelle tactique de guerre consistant à mettre en œuvre à partir de 1959, des opérations militaires de grande envergure dont l'opération «Jumelles» ou encore «Etincelles» qui faisaient partie du plan Challe du nom d'un géneral de l'aviation.
L'objectif visait à détruire les unités de l'armée de Libération nationale de l'interieur, à occuper de façon permanente leurs positions et à demanteler l'organisation politique et administrative du FLN afin d'isoler les maquis de l'ALN de la population. Ah ! si nos montagnes pouvaient parler. Elles nous diraient comment l'Armée d'occupation a procédé au quadrillage du territoire de façon à couper les combattants de l'ALN des populations et pour «l'épuration» des villages, l'armée d'occupation a entrepris de ratisser et de raser des villages dont les habitants sont déportés dans des camps de regroupements entourés de barbélés et mis sous haute surveillance dans des garnisons militaires fortifiées, assorties de cellules de tortures aménagées dans des sous-sol des postes avancés, pour infliger les pires atrocités à tout élement suspecté de collaborer avec les moudjahidine, une façon à eux d'isoler les maquis.
L'ennemi a eu recours progressivement et méthodiquement sur l'ensemble du territoire algerien à diverses opérations, ce fut d'abord les zones refuges d'Oranie (février 1959) «Opération courroie (avril à juin 1959), Opération «Etincelles» sur le passage du Hodna (juillet 1959) Opération «Jumelles ( juillet 1959) en Grande Kabylie, Opération Rubis (année 1960) en petite Kabylie,Opération «Pierres précieuses (de septembre 1959 à août 1960 dans le Nord constantinois et enfin de septembre 1960 à avril 1961 où s'est déroulée la grande mission des Aurés (Opérations Ariége, Dordogne,charente, Isére) et à toutes ces opérations s'ajoutent des missions dans l'Atlas saharien. Il pleuvait des paras qui avaient poussé comme des champignons, des bérets verts héliportés et de légionnaires qui sont largués dans nos montagnes et dans tous les massifs forestiers, ratissant, patrouillant,fouillant et interrogeant les habitants à proximité des montagnes et des monts environnants.
Des bombardements se poursuivent sans interruption pendant des heures et des jours, des dizaines de milliers de soldats, des avions et des hélicoptéres avaient été déployés, c'était un véritable rouleau compresseur qui est lancé que ce soit à Timezrit ou à Sidi Ali Bounab où les escadrilles se succédaient au dessus des tétes et où la forêt de Sidi Ali Bounab connu des va et vient de bombariers, d'helicopteres(bananes).Tous les douars situés sur le périmetre étaient dévastés : la population est massacrée, les femmes touchées dans leur dignité, les maisons incendiées, même le napalm a été utilisé contre les maquis de l'ALN. La folie meurtriere de l'armée coloniale française n'avait épargné ni femmes, ni enfants, ni vieillards, ni malades et pas même le bétail qui fut décimé, alors que des forêts entières ont été incendiées à la suite de bombardements de l'aviation. Mais c'était sans compter sur la détermination des moudjahidine, structurés au sein de l'ALN, des moussebiline mais aussi la solidarité qui a été témoignée par la population et qui faisait la grandeur de la révolution de novembre 1954.
Si de nombreuses katibas ont été décimées, pour autant le lien avec les populations civiles n'a pas été rompu et peu à peu les maquis se sont reformés. L'ALN a restructuré ses élements en petits groupes qui ont été chargés d'aller à la recherche de l'information, de la nourriture et de l'eau. C'est au cours de ces déplacements qu'ils affrontèrent les commandos de chasse, déployés en toile d'araignée. Les combattants algériens reprennent du poil de la bête et pas moins de six mois plus tard les forces de reserve se retirèrent un peu partout, puis ce fut certaines unités de l'armée de l'air qui furent rappelées en France en même temps que certains postes militaires, laissant des zones libérées, l'armée coloniale s'est montrée impuissante voire inefficace contre une guerre populaire, contre une guerre de libération.
Le plan Challe a été un échec et impliqué dans le putsch des généraux tombés en disgrâce. Challe, face à ses juges, se retrouva seul et fut condamné à la détention en forteresse,pour purger une dizaine d'années. Quant à nos maquis, ils sont là, toujours là avec des histoires inoubliables de nos vaillants combattants qu'on voudrait bien connaître, malheureusement nos massifs forestiers ne peuvent pas parler.
Un site historique de la Révolution !
Ghar yahmane, plus connu sous le nom de grotte chaude, est un lieu historique qui a acceuilli de grandes figures de la révolution algérienne. C'était un refuge pour les moudjahidines de la région qui ont survécu à la guerre de libération nationale, et un tremplin et un point noir très important sur lequel les historiens doivent se pencher et prendre en considération.
C'est l'un des plus importants refuges dans la wilaya III, et quand on dit que c'est un point noir, cela veut dire que dans cette grotte, plusieurs personnes ont péri, bombardées par l'armée française à la suite d'une traitrise, d'un individu connu pour son activisme et sa collaboration zélée avec les forces de représsion coloniales. Ces personnes avaient refusé de se rendre ont préféré mourir tous ensemble les armes à la main; elles furent ensevelies vivantes. Situé du côté de Baghla tout près des Ouled Sidi Amara, le refuge était connu par les fellahs de la régioncar c'est eux qui ravitaillaient en vivres les moudjahidines qui venaient se reposer avant de reprendre la route du combat contre l'occupant français.
Ce refuge est en quelque sorte un pan de l'histoire de l'Algérie combattante et demeure une énigme étant donnée que plus d'une trentaines de chahid gisent dans ce trou sans jamais être deterrés durant la periode post-indépendance. Ghaar yahmane est un lieu chargé d'histoire et d'émotion. Beaucoup de batailles et embuscades ont eu lieu dans cette région, comme celle de Boumissra et au bout de laquelle beaucoup de soldats français furent tués et un lot d'armes récupéré par les combattants de la noble cause. Mais non loin de là, un événement émouvant s'est produit durant le déclenchement de la guerre de libération nationale qui dénote de la barbarie du colonialisme.
Les moudjahidines et les habitants de la région se souviennent de cet événement douloureux qui a coûté la vie à plus d'une trentaine de chouhada dans la grotte chaude (Ghaar yahmane) qui est un haut lieu de commémoration et de combat et qui mérite, selon les habitants du village Ouled Sidi- Amara une revalorisation idoine avec une réhabilitation officielle de l'événement et un hommage particulier à ceux dont les corps n'ont jamais été retrouvés à ce jour et qui n'ont pas eu de sépulture. C'est aussi l'occasion pour ceux qui se rappellent de ce moment douloureux d'évoquer le parcours et le sacrifice hors du commun de ces hommes.
Ainsi, selon des informations receuillies sur place, il n'existe pas de statistiques ni aucune idée sur le nombre exact de chouhada dont les corps ont été ensevelis sous les décombres à la suite des bombardements intenses, et qui donc n'ont pas eu de sépultures. Il est important de rendre hommage à ces hommes qui, rappelle-t-on, «ont tout laissé derrière eux, pour se consacrer à la libération de leur pays par les armes.» Ce sont des chouhada sans sépulture et la douleur des familles est vivace, et il est pénible pour eux de penser que leurs corps sont réstés à l' intérieur de la grotte (Allah yarham chouhada).
Aussi, le même scénario s'est répété dans la grotte de Talaoubrid d'où un témoignage d'un réscapé qui avait frolé la mort alors qu'il avait à peine 14 printemps. Ammi Ahmed Amara a vécu des moments douloureux et c'est avec tristesse et une grande amertume qu'il avait accépté de nous parler. Il a marqué un temps d'arrêt avant de commencer à nous raconter ces moments cauchemardesques, jamais il ne pourrait oublier ce qu'il a vécu, placé entre le marteau et l' enclume. Une position difficile qui lui aurait coûté la vie des deux côtés. L'armée française a encerclé les villages du côté de Baghla, avec une armada de parachutistes et des blindés venus de tout bord avec un hélicoptére suite à une dénonciation d'un moudjahid qui, sous l'effet de la torture, avait flanché.
Il leur indiqua le lieu où étaient réfugiés ses compagnons. Les militaires français l'attachèrent avec une corde en l'obligeant de descendre dans le trou pour inciter ses compagnons à se rendre. Ce dernier fut éliminé par les moudjahines au nombre de deux, Tihachadine Saïd et Amar Younés qui ne lui pardonnérent pas sa trahison. L' encerclement de la grotte dura trois jours. Et c'est là qu'on m'obligea par la force tout en étant attaché avec une corde pour faire de même. J'ai pu approcher Tihachadine Saïd et Amar Younés. J'ai failli y laisser ma peau à la suite d'un coup de couteau qui m'a égratigné la poitrine. Heureusement que Tihachadine m' avait reconnu, il s'interposa contre son compagnon. Je me rappelle qu'à l'intérieur de l'abri, il y avait des ravitaillement en vivres et en minutions. J'étais jeune certes, mais je me rappelle avoir demandéà Tihachadine de m'accepter parmi eux. Il refusa et me fit savoir qu'ils ne se rendront pas et qu'ils préférent mourir les armes à la main. Je ressortis de la grotte annonçant la décision prise par ces vaillants combattants.
On m'obligea à retourner plusieurs fois de suite, mais c'était sans compter sur la bravoure, le courage, l'amour du pays et l'esprit patriotique dont étaient animés ces moudjahidines qui chaque fois hantent mon esprit. Il a fallu attendre le troisième jour pour qu'en fin de compte, l'armée coloniale essaya de s'infiltrer par un autre accès., Tihachadine et Younés ripostérent par des tirs de rafales, tuant des soldats français. Ils furent assassinés. Je ne pourrais jamais oublier ces séquences, elles font partie de mon vécu et un livre ne suffirait pas pour raconter toute cette histoire, comme ce coup de crosse que j'ai reçu en pleine figure par un militaire. J'ai survécu peut-être à cause de mon jeune age.


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