Le rituel des festivités marquant la célébration de la naissance à Bordj Bou Arréridj est toutefois caractérisé par des différences en fonction des particularités locales. Dans les villages, l'accueil du nouveau-né témoigne de la solidarité et d'une séparation des rôles entre hommes et femmes. Si le mariage de la fille ou du garçon relève de l'autorité paternelle, l'accueil du nouveau-né se déroule dans un cercle strictement féminin. Aussitôt la naissance annoncée, les youyous fusent de tous les côtés de la maison pour avertir les proches de la délivrance et de la venue du nouveau-né. Le premier geste après l'accouchement : le nouveau-né est accueilli par un appel à la prière entonné dans son oreille, souvent par le grand-père paternel ou l'homme de la famille. Ce rituel est suivi d'une «grande ablution» qui consiste à laver le bébé avec de l'eau ensuite il est enduit quotidiennement jusqu'au sixième jour avec de l'huile d'olive, du henné et du sel, des plantes aux vertus dermatologiques certaines symbolisent aussi l'espoir d'un avenir prospère pour le nouveau-né. Ce dernier est ensuite enveloppé d'un tissu. A partir de cet instant, la maison du nouveau-né devient le point de rencontres de toutes les femmes du village qui offrent des cadeaux sous forme de repas préparés pour la maman à base de poulets locaux et des ingrédients concoctés pour l'occasion. Durant les sept jours, la maman est exempte de tout travail ou corvée ménagère, elle est considérée comme une princesse, entourée de ses proches et d'une sorte de marraine, une deuxième mère qui s'occupe uniquement du bébé. Durant quarante jours, la maman doit se nourrir de plats à base de pigeons et de poulets cuisinés d'une façon spéciale ainsi que de gourssa thahboulth qui est une mixture d'œufs, de farine, et arrosé de miel d'abeilles. Le premier jour, le dîner est composé d'un plat traditionnel «el aïch», fortement épicé fait de grosse semoule et cuit avec des lentilles, des pois chiches et de la viande séchée ou avec du poulet, de préférence un coq. Ce plat est distribué aux voisins les plus proches. L'unanimité réside cependant dans le fait que ces traditions accompagnant la naissance constituent un événement exceptionnellement attendu. Les préparatifs pour l'accueil du nouveau-né commencent déjà plusieurs jours avant sa naissance. La famille veille alors à l'organisation de la cérémonie d'El Aqiqa et à la préparation des mets traditionnels spécifiques à cette occasion. Les premiers jours et jusqu'à ce que le bébé manifeste ses mouvements spontanés, il est recommandé de caresser le visage par des mouvements de lissage et de masser le corps entier en le prenant partie par partie en pleine main. Il s'agit plutôt de gestes de striction comme pour affermir les muscles et les coller aux os et à la peau, et concilier les parties molles et dures avec ses enveloppes. Le septième jour, c'est le jour de l'Aqiqa, une fête à l'occasion d'une cérémonie qui a lieu au septième jour de la naissance des garçons comme des filles. Elle consiste à raser la tête du nouveau-né. La tête du bébé peut ensuite être enduite de henné. A cette occasion, un grand repas familial est préparé, à base de viande de mouton sacrifié, en souvenir du geste d'Ibrahim (Abraham), prêt à sacrifier son fils sur l'autel pour prouver son allégeance à Dieu. La famille immole un mouton pour une fille et deux pour un garçon. L'évènement est également marqué par l'invitation des proches à déjeuner de Bakbouka, mets à base de tripes du mouton, suivie d'un repas copieux, généralement du couscous, reflétant le savoir-faire culinaire du village. C'est également à cette occasion que l'enfant reçoit son nom : devant l'assistance, le père de l'enfant réalise la «tasmya», en lui donnant, au nom de Dieu, un prénom choisi parmi les noms de la famille du prophète Mohamed (QSDSL). Certains profitent de l'occasion pour circoncire le nouveau-né mâle. En ville, beaucoup de ces rites sont toujours présents. La famille qui était absente durant tout le parcours de grossesse se réunit dès l'arrivée du nouveau-né. Les gâteaux, les tartes et la limonade remplacent, le thé et surtout gourssa thahboulth. Le commerce a depuis longtemps instauré la fête et ses cadeaux d'amies posés sous le parapluie. Des échanges nombreux de vêtements et d'objets destinés au métier de parent raffermissent les liens des amis, des fratries et des familles élargies. Préparer la chambre du bébé, parfois un nouveau logis, choisir le prénom à partir de listes longuement examinées, suivre des cours prénataux font partie des rites de préparation des futurs parents, rites auxquels parfois d'autres membres de la famille sont associés. Un moment inédit est l'échographie qui permet d'identifier le sexe de l'enfant, que certains choisissent de garder secret pour conserver un peu de mystère dans l'attente. Parfois filmée sur vidéo. La visite à l'hôpital des proches se maintient malgré les courtes durées d'hospitalisation. L'enregistrement civil ouvre la possibilité de choisir entre les noms du père et de la mère ainsi que leur ordre, ce qui s'avère un lieu possible de conflits ou de reconnaissance. La privatisation des rituels religieux et leurs significations surtout familiales sont des phénomènes connus qui accompagnent la sécularisation et l'éclatement des communautés. Si la majeure partie des personnes rencontrées ont fait la Aqiqa de leur enfant ou (dans quelques cas) ont fait une fête de naissance, la croyance religieuse n'est pas le fait de tous. Quelques-uns disent qu'ils ont fait la aqiqa pour faire plaisir aux grands-parents ou même aux arrière-grands-parents, pour assurer l'enfant qui pourrait en avoir besoin un jour, pour éviter qu'il ne se trouve marginalisé à l'école. Certains veulent célébrer un rite de passage, des rôles symboliques appréciés dans leur enfance.