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Revisitée par ses vieux «ressorts» connétables: L'odyssée-tragédie des immigrants clandestins aux portes de l'Europe
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 29 - 06 - 2009


Suite et fin
De toute évidence, dans cette Europe qui appuie sur le champignon de la sévérité et de l'intransigeance, il est comme des esprits tourmentés qui travaillent à exaspérer et altérer toujours davantage les sensibilités des uns et des autres et d'autres chantres d'une technocratie envahissante qui, apparemment peu tentés par le côté humain et convivial, dévoilent au fil des jours une forme aggravée et abusivement teintée d'une désespérante insensibilité.
Agissant le plus souvent au seul déclic des chiffres, dans toute leur froideur calculée et presque avec une logique aux formes arrêtés d'un pied à coulisse, ils font ainsi peu de cas, dans leur sémantique usagée, de dimensions cardinales que pourtant toutes les procédures éducatives sensées s'évertuent à incruster patiemment et précocement dans le coeur même de leurs futurs dépositaires. Les tenanciers de l'acte (ou même du discours) unilatéral ne sont donc pas, comme on peut l'observer, ni dans une logique de facilitation, ni encore moins dans celle d'une cohabitation féconde entre les cultures. Pas plus qu'ils ne sont en mesure de se hisser au niveau ouvrant sur la reconnaissance de l'Autre comme appartenant de plain-pied à l'indivisible humanité. Le Monde diplomatique, dans son numéro daté de novembre 2004, parlait de la « construction des barbares », c'est-à-dire la présentation des jeunes issus de l'immigration comme des violents, des antisémites, des sexistes. Et de citer P. Bourdieu qui, dès 1989 avec sa verve musclée et énergique, écrivait: « En projetant sur cet évènement mineur, d'ailleurs aussitôt oublié, le voile des grands principes, liberté, laïcité, libération des femmes, etc., les éternels prétendants au titre de maître à penser ont livré, comme dans un test projectif, leurs prises de position inavouées sur le problème de l'immigration ».
«Protéger l'Europe de la misère du Tiers-Monde », tel serait donc le fin mot de cette «bunkérisation» rampante, en catimini, de la bedonnante Europe qui ne cache plus son indifférence exacerbée devant la détresse de ces trans-SDF, abandonnés à leur sort et renvoyés pour certains - sans ménagements et sans égards aucuns - vers les portes brûlantes du désert pour y être happés, avalés, engloutis, par son implacable et torride étreinte.
A l'exception de quelques rares organisations humanitaires (de citoyens engagés solidaires) qui accomplissent ce qu'elles croient être leur devoir et de salvatrices réactions de solidarité ou de soutien comme lors de grandes catastrophes naturelles, le constat reste néanmoins que la conscience humaine paraît aujourd'hui sérieusement battre de l'aile face à ce drame de grande ampleur et non moins incommensurable tragédie. Fermeture des frontières, cantonnement, confinement et isolement, tels semblent être donc les nouveaux mots d'ordre coutumiers en vogue de nos jours.
Sans doute y a-t-il alors lieu de souligner que l'actualité archi-mouvementée, dominée comme elle l'est par des menaces de toutes sortes: attentats, prises d'otages, malaises, marasmes, inquiétudes plurielles... alimente à souhait et à satiété cette crispation soudaine, prononcée, et renforce par conséquent les vieux et indéracinables réflexes de repli identitaire. Comme le note A. Touraine, « les situations de crise entraînent dans toute société des conduites qu'on peut considérer comme pathologiques ». Ce faisant, d'aucuns croient avoir la main facile en rendant le nouveau contexte international responsable de toutes ces tracasseries et péripéties qui compliquent encore davantage la vie de tous les damnés/parias de la terre. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce vingt et unième siècle s'ouvre et s'inaugure par un alarmisme abusivement décuplé qui n'en finit pas de traverser sans distinction sociétés évoluées et celles dites en voie de développement, faisant le lit à toutes les surenchères autoritaristes/totalitaires.
Comme des bergers criant au loup à tout bout de champ, le constat est que l'on joue aujourd'hui démesurément sur les registres de la peur sachant par avance que dans tous les inconscients sommeillent des fibres de peurs archétypales qui ne demandent qu'à être réactivées pour remonter en puissance à la moindre occasion, au moindre bruissement ou froissement.
Mais se préoccupe-t-on pour autant des incalculables conséquences que cela pourrait avoir pour l'avenir, et d'abord la vie en commun au niveau infra ou supra-national ? Ne sont-ce pas là de nouvelles et évidentes formes affirmées, tranchées, de gratuite oppression ? Il n'en reste pas moins vrai que la gestion de la migration clandestine met aussi à nu une plate déconfiture de systèmes engoncés qui, contrairement à leurs prétentions d'efficacité managériale, se révèlent présentement bien incapables de cerner un problème d'une telle envergure et de le prendre convenablement en charge par une analyse réfléchie et éclairée. L'Europe d'hier s'était-elle forma lisée ou embarrassée de quelconques scrupules lorsque, au siècle dernier, elle lança ses hordes de sbires, rebouteux et mercenaires de tous poils, de tous acabits, aux quatre coins du monde pour piller, voler, rafler, violer, saccager, détruire, terroriser, en toute impunité et sans les moindres états d'âme ? La construction même de sa phénoménale puissance n'est-elle pas un peu redevable aux anciens territoires colonisés et dépossédés jusqu'à la lie ? Sa mémoire, pourtant éminemment pointilleuse quant il s'agit de remonter assez loin dans le temps pour réactiver des sources gréco-latines ou chrétiennes, conserve-t-elle comme il se doit les chroniques marquantes de ses bateaux-négriers qui venaient prendre livraison de cargaisons d'hommes libres, abusivement voués hélas à l'esclavage comme d'une simple marchandise et qui, enchaînés et entassés dans des conditions infra-humaines, furent déracinés de leur sol natal et déportés manu militari à des distances inimaginables pour un voyage sans retour et sans appel? Ils seront exploités sans merci et sans états d'âme pour faire tourner à plein régime les grands centres industriels naissants du monde dit «civilisé». Cette même mémoire si experte et habile quand il s'agit encore de remonter allègrement le cours du temps aurait-elle subitement oublié comment, au 19ème siècle, les missionnaires allemands, français, anglais... sillonnaient déjà les terres africaines (Namibie, Afrique du Nord, de l'Ouest...) et comment la religion avait servi de cheval de Troie aux démoniaques puissances colonisatrices pour intégrer, embrigader les consciences de populations souvent restées à l'état de prime nature et sans défense ? Et la façon honteuse dont l'Europe s'était impunément approprié et partagé l'Afrique ? L'histoire coloniale, sévèrement régentée au sein même des Universités jusqu'à l'heure actuelle, demeurera-t-elle pour longtemps encore un sujet tabou pour ne pas briser un consensus péniblement construit ? Dans ces conditions, n'est-elle pas tenue d'une manière ou d'une autre d'indemniser aujourd'hui ces pays qu'elle a contribué à mettre à genoux et laissé, en s'en retirant le moment des indépendances venu, au bord de l'asphyxie, de la faillite, de la déroute et la banqueroute ?
Il ne fait aucun doute que l'Europe colporte dans ses entrailles de bien lourdes ruminations et reste profondément travaillée par des réflexes archaïques, n'en déplaise à ses tribuns un peu grisés aujourd'hui par l'opulence du moment. Pour avoir enfanté des maladies extrêmement graves comme l'hitlérisme/fascisme, et produit d'authentiques spécimens de racistes déclarés et d'autres rejetons connus, cotés et classés pour leur phraséologie avérée, elle reste donc singulièrement marquée par des empreintes idéologiques originelles résiduelles et dommageablement traversée par les relents de la suspicion et du rejet systématiques. Cette Europe qui, habituellement, cultive si bien l'esthétique des mots et, pareillement, les flonflons d'apparat ou de valse-musette, n'est-elle pas - moralement - tenue de rendre l'ascenseur pour une fois et d'apporter une aide plus décisive encore au relèvement de l'Afrique en particulier: ce continent admirable face à l'adversité d'hier et d'aujourd'hui, qui, courageusement et dignement, tente de se relever de ses blessures encore vives pour se reconstruire, se transformer, se moderniser, tout en gardant pied dans ses fastueuses et non moins fabuleuses racines. Cette belle et incomparable Afrique, qui dans les années soixante et au terme de près de deux siècles de domination coloniale sauvage et destructrice, retrouvait enfin la lumière et s'éveillait, langoureuse, à la brise revigorante et stimulante de la liberté enfin retrouvée. L'Europe, qui se drape et se pare de tous les atours de démocratie, de liberté, d'égalité, d'humanisme..., ne se laisserait-elle pas quelque part lester et gruger par un mode de vie conventionnel, un peu pantouflard, qui sied ou cadre mal avec l'affirmation péremptoire et ostentatoire de tels principes ?
En tout état de cause si aide à l'Afrique il y a aujourd'hui, elle est certainement loin d'atteindre encore les proportions souhaitables et légitimement justifiées par les contraintes impressionnantes rencontrées ici et là dans le continent en question. Problème de maturité, de rodage, de perspective ? Pourquoi pas ! Ainsi donc, l'Europe dévoile aujourd'hui un regard bien ambigu, sacrément ambivalent et gravement paradoxal. Ce regard en tout cas n'est pas absolument neutre, pas aussi pleinement franc, eu égard aux louvoiements, atermoiements, tantôt teintés de condescendance et tantôt de bedonnant paternalisme, qui caractérisent encore présentement nombre de ses cercles attitrés. Bien plus encore, l'Europe donne la curieuse et nette impression de se dédouaner à moindres frais des dures épreuves engendrées par la colonisation et dont les séquelles sont, contrairement à ce que pourraient croire les uns ou les autres, loin d'être définitivement pansées et guéries. Pour autant, s'était-elle hier formalisée outre mesure des désagréments, déchirements, exactions et même du pillage et des rapines organisés, dont elle se rendait ouvertement coupable dans les pays conquis et dominés pendant au-delà d'un siècle, voire plus encore, pour certains ? Aurait-elle donc oublié si vite qu'il y a un peu d'un siècle ses propres hordes de débonnaires fuyaient son continent pour aller se déverser et s'agglutiner sur d'autres rivages, et au premier degré les rivages africains ? Ses propres chroniques ne retracent-elles pas l'itinéraire peu honorable et peu glorieux de sa canaille, sa racaille ou sa plèbe, et le tout-venant de roturiers et autres hurluberlus chiffonnés, poisseux et poussiéreux comme le reproche en est précisément fait aujourd'hui, expressément et manifestement, non seulement aux immigrants clandestins, parias des temps modernes jetés sur les déserts et les mers mais même à ceux qui transitent le plus légalement du monde par ses ports ou aéroports?
* Faculté des Sciences sociales
Université d'Oran


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