Très tôt, le matin, le café du quartier était déjà plein. Très difficile de trouver une place. Je me décide de partager la table avec une personne d'un âge certain. «Puis-je ?». Avec plaisir qu'il me répond. Je commande mon noir serré... «Cela ne vous gêne pas que je fume ?». Oh que non, j'en prendrais volontiers une si vous me l'offrez. Je lui tends le paquet de blondes, il hésite un moment... «cela fait longtemps que j'ai arrêté de fumer. J'étais plutôt brune, mais quand j'entends toutes ces discussions sur la rencontre contre le Rwanda... l'envie me prend de fumer même du papier». Je lui allume sa clope. Le temps d'une gorgée d'arabica aux pois chiches, il a déjà consumé sa cigarette pour m'en redemander, avec beaucoup de courtoisie, une autre. «Je vous en prie servez-vous», lui dis-je en lui avançant le paquet. «Hum le tabac tue, c'est l'insouciance qui tue. C'est la bêtise qui tue. C'est l'inconscience du peuple qui tue. Comme je l'ai écris dans ma chronique, une victoire et... n'sina koulchi !». Je n'en croyais pas mes oreilles. «Ah bon vous écrivez ?». Il me tend le journal ouvert en m'indiquant la «Tranche de vie, signée El Guellil». Je fais mine de lire, au fait je me relis... C'est génial que je lui dis, et c'est vous El guellil. Il sort sa carte nationale d'identité et me montre son nom de famille : Guellil. J'ai toujours pensé que c'était le pseudo de quelque journaliste peureux, incapable de signer de son nom. «Détrompez-vous monsieur, je n'ai jamais masqué mon identité même quand il ne faisait pas bon de se montrer». «Et c'est comme ça que vous gagnez votre vie, en écrivant tous les jours dans «Le Quotidien d'Oran ?». Il répond non. Oui, il prend une énième cigarette. «C'est ma manière à moi de servir le pays. J'ai toujours refusé de faire payer ma production intellectuelle. J'ai ma retraite d'ancien... c'est pour l'histoire que j'écris. Je change chaque matin de café. Question de tâter le pouls de la société. De trouvez un sujet, tenez pour demain je pense...». Je l'arrête. «Non ne me dites rien laissez-moi découvrir votre prochaine chronique». Je lui laisse ce qui me reste comme cigarettes, je règle les deux cafés. Je vais, je cours, je vole vers mon clavier, pour lui rédiger cet écrit, des fois qu'il ne serait pas inspiré. Et mon adresse : [email protected]