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« Dha L'Mulud l'amusnaw et le sourcier des convergences civilisationnelles universelles »
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 06 - 11 - 2017

« Quel que soit le point de la course où le terme m'atteindra, je partirai avec la certitude chevillée. que quels que soient les obstacles que l'histoire lui apportera, c'est dans le sens de sa libération que mon peuple - et avec lui les autres - ira. L'ignorance, les préjugés, l'inculture peuvent, un instant, entraver ce libre mouvement, mais, Il est sûr que le jour, inévitablement, viendra où l'on distinguera la vérité de ses faux semblants »*
Préserver et développer la langue et la culture amazighes, tels étaient la mission essentielle à laquelle s'était assigné Mouloud Mammeri, à travers ses recherches anthropologiques, ses travaux sur la grammaire, ses méthodes d'enseignement de la langue et son dictionnaire dans lequel il a regroupé le vocabulaire des différents dialectes amazighes. Pour Si El Hachemi Assad, secrétaire général du Haut Commissariat à l'Amazighité, il était urgent et important de rendre hommage, à ce pionnier de tamazight, en poursuivant sa feuille de route. L'organisation d'un colloque international à Alger, s'imposait et devenait même incontournable en ce centième anniversaire de sa naissance (M. Mammeri). Elle s'inscrit comme complément aux nombreuses manifestations organisées à travers tout le territoire national (Tizi-ouzou, Bejaïa, Jijel, Ain Témouchent,, Méliana, Boumerdès, Oran, Tlemcen, Annaba, Illizi…). Cette halte est un acte de reconnaissance, en même temps, que le moyen de continuer à œuvrer pour impulser et multiplier les recherches dans les domaines de la langue et de la littérature amazighes. Le moment était venu de partager les expertises, les retours d'expérience et les bonnes pratiques.
Pour le comité scientifique, animé par deux éminents chercheurs (Mme Malha Benbrahim-Benhamadouche et M. Youssef Nacib), il s'agit, non seulement de se pencher sur l'homme et son parcours intellectuel mais aussi, sur toute son œuvre afin de montrer en quoi il était l'éclaireur lucide et le visionnaire ayant largement contribué à sortir Tamazight du tunnel, tout en servant la culture ancestrale de son pays. Ainsi, à l'humaniste s'ajoute l'écrivain, le scientifique et le militant engagé dans tous les combats. C'est donc au Palais des Expositions de la SAFEX -Pins Maritimes d'Alger que, durant trois journées (3,4 et 5 novembre), les écrits et la pensée de M. Mammeri ont fait l'objet d'un décryptage pertinent. La rencontre scientifique qui s'est tenue à ‘Dar El Djazaïr', parallèlement au Salon international du Livre d'Alger a permis de mettre en exergue les œuvres littéraires majeures de l'auteur qui ont été présentées au public (cinq ouvrages dont, La Colline oubliée, Le Sommeil du juste, L'Opium et le bâton, La Traversée et Le Foehn. A cela s'ajoutent les nombreuses nouvelles, les travaux anthropologiques consacrés essentiellement à la littérature orale kabyle et saharienne et les travaux linguistiques (grammaire amazighe, dictionnaire et études scientifiques…). Toute une vie, en somme, au service de la culture ancestrale de son pays !
Grâce à Mammeri ont été sauvés de l'oubli et de la disparition des pans entiers de la culture amazighe dans ses variantes nord africaines. « En cela, nous précisera M Assad, il a ouvert un chantier majeur, celui d'une œuvre inlassable orientée vers l'extinction progressive de l'insularité linguistique qui marque la langue amazighe et donc le rapprochement annonciateur d'une réunification de la parole affectant le Maghreb ». Des règles linguistiques, syntaxiques communes à la langue amazighe ont été dégagées, malgré le morcellement historico-géographique. Les locuteurs amazighophones ont toujours eu tendance historiquement à protéger leur langue par un retrait stratégique dans des espaces montagneux ou désertiques inaccessibles aux incursions allogènes. Dans la dialectique relationnelle « oral/écrit », Mammeri analyse l'immanence de la pérennité et de la résistance de la culture amazighe et pose la question de la nécessité pour une culture et une langue de passer par la scripturalité pour demeurer vivantes.
En tant que directeur du CRAPE (1969-1979) et en tant que fondateur du CERAM et de la revue ‘Awal' (1982-1989), qui a mis des moyens méthodologiques et des concepts au service la culture amazighe, Mammeri a fondé une école algérienne d'anthropologie qui a formé des générations de chercheurs et d'étudiants lesquels ont suivi ses enseignements dans des cadres, à la fois, institutionnels et non institutionnels. On retrouve là, l'amusnaw (le savant), qui veille sur le savoir endogène et le transmet et le scientifique académicien qui fait traverser au savoir les frontières locales et nationales.
La parole revivifiée de Mouloud Mammeri
« Si aujourd'hui on peut enseigner, faire des recherches et valoriser tamazight, si l'Etat se revendique de l'amazighité, c'est grâce à l'ouverture que Mouloud Mammeri a réalisée, à son corps défendant, et en prenant beaucoup de risques», écrit Mehena Boudinar, président de l'Association des enseignants de tamazight de Tizi Ouzou, qui précise : «Dda Lmouloud aurait été content et heureux de voir que les petits Algériens étudient leur langue maternelle à l'école. ». Homme de lettres mondialement connu, traduit dans onze langues, Mouloud Mammeri demeure l'un des écrivains algériens qui a été le plus occulté dans son pays. Son nom n'apparaît que très rarement dans la presse nationale. Aucun de ses quatre livres parus après ‘Le Banquet' n'a fait l'objet d'un compte-rendu exhaustif dans les journaux nationaux, excepté ‘Révolution africaine', qui a consacré un article à ‘La Traversée'…quatre ans après sa publication ! Il y a, bien sûr, la discrétion bien connue de l'auteur, mais il y a, sans doute, plus que cela… Pour Tahar Djaout, les rapports de Mammeri avec le pouvoir étaient clairs : une distance souveraine (…). « Tu n'acceptais », lui disait-il, « aucune contrainte, aucun boulet à ton pied, aucune laisse à ton cou. Tu étais par excellence un homme libre. Et c'est ce que ‘Amazigh' veut dire. Cette liberté t'a coûté cher. ». Sous forme de colloques, de soirées commémoratives, de journées d'études ou de publications, des hommages ont été rendus à certains auteurs. Aucune instance, hormis la collection « Classiques maghrébins » de l'Office des Publications universitaire, n'a jamais pensé à honorer ou seulement rappeler celui qui demeure, qu'on le veuille ou non, le doyen des écrivains algériens et l'un des plus importants d'entre eux. Comment expliquer un tel silence des médias, un tel refus d'aborder de front un intellectuel qui ne manquait pas d'intérêt ? Comment refuser de discuter ses idées et ses œuvres en dehors de certaines polémiques biaisées ? Si l'homme Mammeri a été jugé, l'écrivain demeure, à ce jour, peu commenté.
Du mépris souverain au danger de sacralisation
« C'est de son père que Mouloud a reçu le sens élevé d'une culture parfaitement intégrée et à grand pouvoir d'intégration, bien qu'elle fût et reste largement encore orale», témoignait Mohamed Arkoun, autre enfant prodige de Taourirt Mimoun. Pour sa part, le linguiste Abderazak Dourari avertit du danger de la «sacralisation» de Mouloud Mammeri qui ne convient pas à l'intellectuel critique qu'il a été. Il affirme que son travail sur la grammaire berbère est tout à fait critiquable, ajoutant que Mammeri reconnaissait lui-même qu'il n'était pas linguiste. «Son grand mérite est d'avoir ouvert la voie… ». « Mammeri », dira encore A. Sayad, « a été un intellectuel qui a été à la confluence de plusieurs savoirs et qui a refusé les enfermements ».
Dans sa Lettre à Da Lmulud, Tahar Djaout écrivait : « Quelle fête formidable on peut faire quand plusieurs têtes entrent dans le jeu…Et quel paysage morose, aride, déprimant, quand il n'y en a qu'un qui pense ou qui fait semblant …un qui dicte ce que les autres doivent dire et penser ». Et l'auteur de Nedjma, Yacine Kateb, qui admirait le travail de Mammeri de poursuivre : «La Colline oubliée m'a enthousiasmé dès sa parution. Ce roman suffirait à situer son auteur comme un grand écrivain, en Algérie et dans le monde. Je lui exprimais mon admiration lors d'une première rencontre à Paris. Nous ne nous sommes revus qu'à la fin de la guerre de Libération, toujours à l'étranger, en Egypte, en Italie, en URSS, dans des réunions internationales ». Cela dit, « Même mort, par la vigueur sereine de sa pensée critique, Mammeri reste parmi nous beaucoup plus vivant que les «scribes» d'hier et d'aujourd'hui qui entendent maintenir l'ère du bâillon, l'ère des discours mystificateurs et pétrifiés », écrivait Abdelkader Djeghloul.
Une conférence interdite, l'étincelle qui déclenche le Printemps berbère
Après les anciens, Mahfoud Kaddache, Mostefa Lacheraf, Abdelkader Djeghloul, Ali Sayad, Wadi Bouzzar, Tahar Djaout, arrive le tour d'une nouvelle génération de rendre un hommage collectif et international, à la faveur de la tenue de 22ème édition du SILA. Le Colloque international qui vient de s'achever à Alger, aura été une succession d'analyses et de témoignages sur le parcours de l'homme dont la vie et l'œuvre ont accompagné le mouvement de l'histoire. Christiane Achour-Chaulet, Denise Brahimi, Guy Basset, Corinne Blanchaud, Charles Bonn, (France), aux côtés d'autres universitaires algériens, ont, durant 3 jours, pris la parole. Se sont succédés, Kojo Opoku Aidoo (Ghana), Emile Batamack (Cameroun), Liyongo Empengele (Congo), Zineb Ali-Benali, Saïd Chemakh, Amina Bekkat, Karima Direche, Ahmed Lanasri, Areski Metref, Aomar Oulamara, Hassine Fanfar (Tunisie), ont interrogé la vie et l'œuvre de Mammeri, tantôt par le retour à son texte, tantôt par le témoignage vivant.
Denise Brahim dans son exposé intitulé ‘Un volontarisme désespéré », partant de l'analyse textuelle de certains romans et nouvelles de l'auteur, parlera de la dimension utopiste immanente à son œuvre. Guy Basset analyse les quatre premiers numéros de la revue ‘Awal', dont Mammeri était le responsable. L'exposé d'Ahmed Lanasri se focalisera sur le roman « La Colline oubliée » en évoquant « La Colline inspirée » de Maurice Barres. La communication de Christiane Chaulet Achour, qui a pour titre « Mammeri, nouvelliste », aborde l'analyse contextuelle de chacune des nouvelles, à travers une approche générique et textuelle pour en circonscrire les motifs et les choix. Charles Bonn revient sur l'émergence de la littérature algérienne de langue française à partir de Mammeri, Dib et Feraoun. Pour la plupart, les interventions sont des réflexions sur l'attitude intellectuelle et philosophique de l'auteur de ‘l'Opium et le Bâton' et sur l'histoire en soulignant que Mammeri « ne fut jamais partisan des a priori, des catégorisations, des grilles du prêt à penser. Dès ‘la Colline oubliée', les partis pris de l'écrivain ne se sont jamais départis d'une intelligence critique, de nuances subtiles, d'une volonté de forcer les tabous de façon éminemment élégante et mesurée (...). Mammeri fut toujours un poète présent dans la cité, citoyen jusque dans l'entreprise littéraire (qui) n'aura de cesse de prendre position ».
C'est cette dimension politique et de témoignage, de dénonciation caractéristique de l'œuvre de M. Mammeri qui se poursuivra dans le débat où un intervenant aura cette formule, à l'allure de conclusion, sur Da Mulud dont l'œuvre et la vie ont « accompagné le mouvement de l'Histoire ».
Finalement au terme d'âpres débats, on se rend compte que la disparition de mouloud Mammeri n'a pas entraîné un épuisement de sa pensée dynamique et critique. Loin de là ! L'heureuse initiative du HCA de célébrer, tout au long de l'année 2017, le centenaire de la naissance de Mouloud Mammeri ne saurait, évidemment, être une forme de reconnaissance posthume, car Dda l-Mulud fut pleinement en phase et interaction avec les aspirations et combats de son pays et de son temps. A travers son parcours, ses écrits et ses engagements, il a inspiré et amorcé, de son vivant, des transformations et avancées majeures de sa société, léguant aux générations montantes l'inextinguible flambeau de l'affirmation culturelle, tout en soulignant que cette aspiration essentielle ne pouvait être antinomique de l'ouverture aux autres, bien au contraire.
Notes
Djeghloul - Mammeri revue ‘Awal', Cahier d'Etudes berbères» 1990, Spécial Hommage à Mouloud Mammeri, pages 79 à 97 *** Mouloud Mammeri ou le courage lucide d'un intellectuel marginalisé *** Abdelkader Djeghloul : Réalisé en juillet 1987, cet entretien sur les obstacles auxquels Mouloud Mammeri a été confronté, tout au long de sa vie, pour pouvoir s'adresser à son «public naturel», le public algérien, étaient nombreux ; unis par une complicité intellectuelle née à la fin des années soixante-dix, nous unissait. Nous avions tous les deux fait le choix difficile et périlleux de travailler dans « l'institution » pour faire « ce quelque chose » que l'« institution » ne nous demandait pas à coup sûr : contribuer à une libération de la parole, à une critique du langage du pouvoir, à un dévoilement des aspects occultés de notre société
Dans un entretien accordé à Tahar Djaout Paris, le 24 novembre 1986. Algérie-Actualité, n° 1221, Alger, 9 mars 1989. (M. Mammeri, Entretien avec T. Djaout, Laphomic, 1987)


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