L'appel du Premier ministre aux citoyens à «la vigilance», à «la prudence» et à «une forte mobilisation pour freiner la propagation du coronavirus» laisse croire que d'importantes décisions politiques et sanitaires pourraient être prises dans peu de temps. Pour justifier l'alerte au Covid-19 qu'il a lancée dimanche, Abdelaziz Djerad s'est appuyé sur l'»inquiétant rebond (du virus) au plan international et une tendance vers l'aggravation de la situation épidémiologique». Beaucoup de pays, dans les cinq continents, écrit-il dans son communiqué, «sont en train de renforcer les actions préventives et de durcir les mesures de restriction sur la mobilité des personnes et les activités susceptibles d'aggraver les risques de contagion». Le 1er ministre affirme alors que 'la situation dans notre pays, et après une maîtrise de la situation sanitaire et l'enregistrement de résultats forts encourageants, montre aujourd'hui des signes perceptibles de relâchement, lesquels suscitent la crainte d'une résurgence de cas de clusters et doivent inciter non seulement à la prudence, mais surtout à une plus forte mobilisation et un engagement de tous pour freiner la propagation du coronavirus''. Il fait savoir qu'»après consultation du comité scientifique et de l'autorité sanitaire et l'évaluation de la situation sanitaire à travers le territoire national, il lance un appel aux citoyens et citoyennes sur la nécessité de poursuivre avec rigueur et responsabilité, la mise en œuvre des mesures de consolidation du dispositif de prévention et de lutte contre la propagation du coronavirus». Il note, en outre, qu'»en cette période particulière, marquée par une reprise contrôlée et progressive de l'activité économique et une rentrée scolaire et universitaire et la reprise de la prière du vendredi dans nos mosquées, tous les efforts doivent être déployés pour maintenir un degré de vigilance maximum et préserver tous les réflexes de prévention et de protection qui ont permis, jusque-là, de nous prémunir d'une situation qui complique toute prise en charge sanitaire». Le 1er ministre rappelle aux Algériens que «c'est à travers une plus forte détermination de respecter toutes les consignes et mesures sanitaires de prévention et de protection que nous pourrons vaincre cette crise sanitaire. Les gestes barrières, particulièrement le port du masque de protection, la distanciation physique et l'hygiène des mains, doivent continuer à être scrupuleusement respectés» et «de même qu'il importe d'observer toutes les interdictions, et le cas échéant, les restrictions sanitaires se rapportant aux rassemblements et aux regroupements qui constituent autant de facteurs de contamination et de propagation du virus». Inquiétudes pressantes De telles consignes l'obligent à exiger que «les meetings et rassemblements autorisés dans le cadre de la campagne électorale doivent être organisés dans le strict respect des protocoles sanitaires qui leur sont dédiés». Les inquiétudes des plus hauts responsables politiques du pays sont pressantes. C'est pour la première fois depuis l'avènement du gouvernement Djerad qu'un communiqué officiel est rédigé avec une telle clarté et de telles précisions sur une situation sanitaire qui a déjà impacté gravement l'ensemble des activités nationales et internationales. L'on rappelle que ce communiqué d'»alerte au coronavirus» a suivi celui que la présidence de la République a rendu public 24h avant (samedi) pour faire savoir que des cas suspects de Covid-19 ont été détectés parmi ses cadres et aussi parmi les membres du gouvernement. Plus encore, les Algériens ont été informés de l'obligation du président de la République de se mettre «en confinement volontaire pendant 5 jours par mesure de précaution». Demain, mercredi, prendra fin le confinement de Tebboune mais des spécialistes estiment toutefois que 5 jours ne suffisent pas pour établir un diagnostic complet, précis et rassurant au sein de la présidence de la République, qui compte un nombre élevé d'employés, toutes catégories confondues. Si des sources d'El Mouradia veulent que le communiqué du samedi «fasse taire les mauvaises langues» et «éviter les spéculations sur l'état de santé du Président», la réalité d'un pays qui reste constamment aux aguets montre totalement le contraire. Le fléchissement des données relatives à la pandémie du Covid-19, annoncées les semaines dernières par la commission Fourar, a bien laissé dire que les décideurs veulent juste rassurer les Algériens pour qu'ils aillent voter. Les commentaires ne se sont pas arrêtés non plus depuis l'annonce de l'augmentation subite ces derniers jours des cas contaminés et de décès. Au-delà, il y a des observateurs de la scène nationale qui pensent que la teneur du communiqué du 1er ministre, les termes employés, son insistance sur les recommandations «poussent à lire entre les lignes». Signe évident de panique En conditionnant les activités économiques, la rentrée scolaire et universitaire, la reprise de la prière du vendredi, les regroupements et les meetings pour la campagne électorale référendaire, par «une vigilance maximum» et une obligation «à des interdictions», parce qu'ils constituent, dit-il, «autant de facteurs de contamination et de propagation du virus», cela pourrait sous-entendre que la situation nationale risque d'imposer, «dans très peu de temps», de nouvelles mesures sanitaires et de là, obliger à des décisions politiques importantes au risque d'ajourner le déroulement des agendas officiels dans les délais qui leur ont été impartis. Beaucoup admettent que les écoles referment leurs portes pour éviter le pire. Signe évident de panique, des directeurs dans certaines wilayas ont déjà franchi le pas. En tout cas, pour les plus avertis, cette fin de semaine ou au plus tard la semaine prochaine, pourrait connaître des bouleversements de calendrier, de positions, de règlements et statuts et de changements d'hommes. Le premier rappel crucial pour les plus hautes autorités du pays est sans conteste l'organisation, le dimanche prochain, du référendum pour la Constitution. Plus qu'une petite semaine et surtout à peine trois jours après la fin du «confinement volontaire» du président de la République. Les événements semblent véritablement se bousculer et l'alerte lancée par Djerad n'augure pas de leur remise en ordre dans de courts délais. Son communiqué ne manque nullement de signes avant-coureurs dans ce sens. Possibilité de report «sine die» du référendum pour la Constitution ? «Pourquoi pas dans une situation sanitaire où le monde entier décide de se confiner pour laisser passer ce qui est désigné par 2e vague du Covid-19», pensent les spécialistes. L'on avance entre autres «urgences», une probable «redéfinition de certaines responsabilités pour plus de pertinence et d'efficacité», donc, de nouveaux visages dans le champ «d'intervention» politique. Les dérives verbales et les mauvaises références de responsables pour défendre un conjoncturel controversé en faisant dans le déni de toute objection ou contradiction ou même vanter un imaginaire rapport entre une appellation géographique et un symbole identitaire «national», et bien d'autres attitudes «politiques» surprenantes, frisent l'absurde. Le tout oblige à se poser des questions sur l'existence ou pas d'un simple bon sens aux différents niveaux de responsabilité. «L'inquiétant rebond» du coronavirus, s'il devrait obliger à une révision des tâches et au report de projets, pourrait en même temps éviter des discordes politiques, sociales et culturelles dont l'Algérie devrait se passer pour le bien de la Nation.