TUNIS - Les premières assises de l'Assemblée constituante, dont les 217 membres ont été élus le 23 octobre, se tiendront mardi, marquant ainsi le début de l'action politique dans le cadre de la seconde république tunisienne après 55 ans de régime de parti unique. L'Assemblée constituante doit élire son président et se mettre d'accord sur son règlement intérieur avant de désigner un nouveau président par intérim en remplacement à Foued Mebazaa qui a exprimé son intention de se retirer complètement de l'action politique. Les membres de l'Assemblée constituante devront en outre définir le régime à adopter durant la deuxième transition et tracer les contours de la prochaine période politique. Le nouveau président par intérim chargera le chef de gouvernement, qui sera désigné par l'Assemblée constituante, de former le nouveau gouvernement qui dirigera les affaires du pays durant la deuxième période de transition. L'Assemblée constituante se penchera, par la suite, sur l'élaboration d'une nouvelle Constitution du pays. Les réunions de l'Assemblée constituante tunisienne ont été précédées par des concertations politiques intenses entre l'alliance des trois principaux partis vainqueurs aux dernières élections. L'accord de principe dégagé par ces réunions sera annoncé lundi. Le mouvement Ennahdha et le Parti du Congrès pour la République (CPR) ont affirmé être parvenus à un "accord de principe" avec le Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) (Ettakatol) sur l'attribution de postes-clés de l'Etat et que des concertations avaient lieu sur la composante du gouvernement. Le parti Ettakatol a estimé quant à lui qu'on ne pouvait, pour l'heure, parler d'accord. "Nous avons eu un accord de principe sur les trois postes clés", a déclaré un membre du bureau politique du mouvement Ennahdha, Noureddine Arbaoui. Ainsi, le poste de Président de la République par intérim reviendra à Moncef Marzouki (CPR), le Secrétaire général du mouvement Ennahdha Hammadi Jebali obtiendra le poste de chef de gouvernement et la présidence de l'Assemblée nationale constituante sera confiée à Mustapha Ben Jaafar (Ettakatol), a-t-il expliqué. Les observateurs expliquent la position du parti Ettakatol par son attachement à un "accord global" pour compenser le poste de "président de la République par intérim" auquel il "tenait beaucoup", cette formation convoitant des portefeuilles ministériels importants, à l'instar "des Affaires étrangères et la Justice". S'agissant des concertations tripartites sur la composante du gouvernement et la répartition des portefeuilles ministériels, Samir Ben Amor a indiqué qu'elles "étaient en cours". Les concertations sur la formation d'un gouvernement de coalition ont amorcé leur phase finale et leurs résultats seront annoncés avant la séance inaugurale de l'Assemblée nationale constituante, a fait savoir M. Ben Amor. Après avoir tranché la question des trois postes de présidence, les concertations tripartites se poursuivent pour parvenir à "un compromis" sur les portefeuilles des ministères de souveraineté. Le but étant d'arriver à un "gouvernement harmonieux", a-t-il soutenu. Samir Ben Amor a confié que les concertations avec les autres partis sur la formation du gouvernement n'ont pas encore démarré. Par ailleurs des formations politiques tunisiennes ont refusé catégoriquement de participer au prochain gouvernement d'entente, affirmant que leur rôle "sera meilleur" au sein de l'opposition. Le Parti démocrate progressiste (PDP), qui avait remporté 16 sièges lors des élections de l'Assemblée, a annoncé qu'il "avait choisi" de rester dans les rangs de la prochaine opposition tunisienne. De son côté, le secrétaire général du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT) a exprimé "sa volonté" de rester en dehors du gouvernement en vue de "servir le pays et faire connaître ses programmes". Un dirigeant du Parti démocrate progressiste (PDP), Issam Chebbi a critiqué le processus engagé pour former le nouveau gouvernement et attribuer les postes clés de l'Etat à travers "des concertations menées en catimini entre les trois principaux partenaires politiques sans y associer l'opinion publique. Il a indiqué qu'il fallait discuter "ouvertement" devant l'opinion publique sur les programmes et prérogatives du gouvernement, de la présidence de la République provisoire et de l'Assemblée nationale constituante, ainsi que des exigences de la prochaine étape et de ses dirigeants. Issam Chebbi a affirmé que le PDP refusait de participer à un gouvernement conduit par le mouvement Ennadhdha, qualifiant "les déclarations de son secrétaire général Hammadi Djabali" sur le "6ème Califat" de "dangereuses de la part d'un homme qui postule pour le poste de Premier ministre à une étape sensible de l'histoire du pays". "Ces propos sont une déviation des objectifs de la révolution et un désengagement du mouvement Ennadhdha par rapport au respect des fondements de l'Etat civil", a-t-il dit. Le PDP a, par ailleurs, souligné qu'il ne ménagera aucun effort pour le dialogue et qu'il s'emploiera à faire réussir la transition démocratique. Le coordinateur général et porte-parole officiel du mouvement des patriotes démocrates (MOUPAD) Chokri Belaid a déploré le fait que les trois partis politiques vainqueurs aux élections de la Constituante "se préoccupent davantage du partage des responsabilités et des rôles que des questions d'extrême importance pour le pays". M. Belaid a affirmé que "les partis gagnants auraient mieux fait de discuter de la loi sur les pouvoirs publics et de concevoir le programme politique du nouveau gouvernement de transition dont l'activité s'étalera, avec celle de la Constituante, sur une année". Il a également estimé que les partis élus auraient dû organiser un dialogue national sur les questions principales à l'instar du régime politique qui sera adopté par le nouveau gouvernement et les programmes visant la consécration du principe d'équité en matière de développement entre les régions, bien avant la séance inaugurale de la Constituante, prévue le 22 novembre.