Jamais un conflit n'a paru aussi embarrassant que celui qui oppose depuis près de vingt jours la Russie à la Géorgie, au point que les dirigeants européens, réunis hier à Bruxelles à l'initivative de la France qui assure la présidence en exercice des 27, devaient éviter l'échec annoncé. Et celui-ci était tellement évident que le chef de l'Etat français envisageait, hier, une alternative à cette issue, en proposant de reprendre le chemin des deux pays en conflit. Le Premier ministre français, qui a dévoilé ce projet, a indiqué que « le message le plus fort que l'Europe puisse envoyer, c'est un message d'unité ». plus clairement, selon François Fillon : « Nous nous attachons à faire en sorte que l'Union européenne réponde d'une seule voix ». Le chef du gouvernement français a réaffirmé que Paris était opposé à des sanctions contre Moscou. Il a mis en cause l'inefficacité, selon lui, de la ligne plus dure adoptée par les Etats-Unis depuis le début de la crise. « La Russie est un grand pays qui compte, une grande puissance qui a été d'une certaine façon humiliée dans les vingt dernières années », a-t-il expliqué, concédant que « le réveil est peut-être un peu brutal ». « C'est à nous maintenant de trouver avec la Russie le chemin du dialogue », a conclu M. Fillon. M. Sarkozy s'était rendu le 12 août à Moscou et Tbilissi pour négocier un accord de cessez-le-feu en six points. Toujours aussi intransigeante, la Grande-Bretagne a appelé, hier, l'UE à « suspendre » les négociations sur un partenariat renforcé avec la Russie.Quant au chef de la diplomatie italienne, il a tout simplement réécrit l'ordre du jour du sommet en affichant une franche opposition aux radicaux, ou encore la « nouvelle Europe » comprenant notamment la Pologne et les pays baltes. Franco Frattini a, en effet, déclaré, hier, que la Russie ne devait pas être considérée comme « un pays hostile » mais un « partenaire stratégique » avec lequel on ne doit pas rompre. « S'il y a des pays qui croient qu'on peut rompre les relations avec la Russie, ils doivent alors expliquer comment, ensuite, on pourra affronter les dossiers comme celui du nucléaire iranien », a déclaré le ministre des Affaires étrangères au Corriere della Sera. « C'est bien de demander le respect des règles, mais il doit être clair que la Russie est un partenaire stratégique et pas un pays hostile », a-t-il affirmé au plus gros tirage de la péninsule. « Je ne crois pas en d'éventuelles tentatives d'isolement de la Russie. Et il n'y en aura pas, car le sommet suivra la ligne française, partagée par l'Italie. La présidence de Nicolas Sarkozy a déjà exclu toute sanction, que nous n'aurions d'ailleurs pas soutenu », a ajouté le chef de la diplomatie. « J'irai les 3 et 4 septembre à Moscou et Tbilissi pour demander à la Russie le respect des accords et dire aux autorités géorgiennes qu'il n'y a pas de raccourcis pour entrer dans l'UE, que la crise du mois d'août n'est pas un laissez-passer », a indiqué M. Frattini. Il s'est déclaré opposé à une suspension temporaire ou un report des négociations sur un accord censé renforcer le partenariat UE-Russie (une rencontre est prévue les 15-16 septembre). « S'il y a des rendez-vous prévus entre l'Europe et la Russie, ils doivent être maintenus. A commencer par la rencontre à la mi-septembre. Pour décider de ce genre de rétorsions, il faudrait l'unanimité des pays et je crois que ce ne sera pas le cas », a-t-il souligné. En conséquence, l'Europe a raté l'occasion de ne pas afficher une telle position. Elle s'est contentée du minimum, mais un minimum au demeurant connu comme l'a rappelé son responsable de la PESC (politique extérieure et de sécurité commune). Il s'agit selon Javier Solana du feu vert des dirigeants européens à une mission européenne d'observation du cessez-le-feu en Géorgie, avec l'espoir qu'elle puisse être déployée d'ici la mi-septembre. « Nous avons déjà une mission exploratoire sur le terrain d'une quarantaine de personnes et nous aimerions déployer bientôt une nouvelle mission. J'espère beaucoup que d'ici le prochain Conseil européen, mi-octobre, les décisions auront été finalisées et la mission sera déployée », a déclaré M. Solana après une rencontre avec le Premier ministre géorgien Lado Gourguénidzé. « Au début ce sera une mission d'observation, de planification, pour voir comment le plan (de paix) est appliqué, c'est très important », a indiqué M. Solana. Cette mission, parallèle à celle de l'OSCE, se déploira « en plusieurs phases », d'abord dans le cœur de la Géorgie (régions séparatistes géorgiennes d'Abkhazie et Ossétie du Sud exceptées), pour « vérifier » que le plan en six points négocié avec les présidents russe et géorgien mi-août est respecté et aussi « aux frontières », a-t-il précisé. Il s'agira tout juste d'une mission à la portée réduite, mais sans être symbolique. Cela semble déjà acquis, puisque les deux parties au conflit avaient souscrit à tel accord. Le ministre russe des Affaires étrangères a affirmé que son pays souhaite « la coopération la plus proche » avec l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et l'ONU pour l'application des six points de l'accord de cessez-le-feu négocié par la France. C'est d'ailleurs ce qui a amené le Premier ministre russe à se montrer assez critique envers l'Europe, l'appelant d'une certaine manière à mettre de l'ordre dans ses rangs.