Mohamed Zettili (1) possède un sens averti des mythes de l'Algérie. Il pénètre, grâce à l'envoûtement de rythmes syncopés, au cœur de l'âme algérienne. Mais, s'il en exprime l'âpreté tragique et la démesure, il a su discipliner le romantisme flamboyant qui avait caractérisé la poésie algérienne arabophone. « Ils ont achevé sur les plages sombres Le temps de l'épreuve en remords amers, Et vont maintenant, par delà les mers, Jouir de la paix au pays des ombres. Ils reposeront dans la solitude A l'ombre des pins où chante le vent, « Et, sur une mer bleue au voile mouvant, Ils s'enivreront de béatitude. » Mohamed Zettili, qui a beaucoup lu, beaucoup voyagé, élabore, mûrement, son langage poétique. Ses poèmes révèlent une puissante personnalité dont le secret serait peut-être d'accorder une tumultueuse inspiration « moutanabéenne » (2) à la grandeur presque oppressante du décor algérien : « Je guette sans fin sur la mer profonde, Que la brise ride et qu'enfle le vent, Du matin au soir, du soir au levant, Le sombre ennemi que me cache l'onde Dans son voile glauque, immense et mouvant. « Veilleur solitaire au poste d'avant, De mon grand vaisseau projecteur vivant, Fanal isolé du reste du monde, Je guette sans fin… » Formes tourmentés, couleurs heurtées, contrastes parfois violents sont vus par des hommes qui sentent intensément le militantisme. Un art presque idéaliste par la maîtrise s'empare de ces sensations brutes mais fraîches. Mohamed Zettili réagit, souvent, contre l'optimisme, contre le conservatisme algérien : « Quand la brume des mers s'étend épaisse et grise Au dessus des hameaux et des villes, Dans le grand jour blafard et dans les soirs sans brise. « Où l'espace a perdu ses larges horizons, Au centre de ce monde enveloppé de voiles, Comme un ver au milieu du fil de son cocon, On se prend à douter du soleil, des étoiles, Et du firmament bleu, devant cette cloison. » Cloison ? Conservatisme ? Repli sur soi ? Pourquoi le peuple algérien, qui a mené une véritable révolution pour se libérer du joug colonial, est tombé si bas ? La poésie de Mohamed Zettili, comme son roman Les Oiseaux du grand fleuve (3) essaye de dépasser toutes ces crises, tout en les décortiquant, par… l'espoir. Cet espoir que Zettili va chercher, aussi loin que possible, dans l'histoire héroïque de notre pays. 1) Né en 1952 à Jijel, M. Zettili est poète, chroniqueur et romancier. 2) D'El Moutanabi, le célèbre poète arabe. 3) Editions Bibiliothèque nationale, Alger 2007.