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AZOUZ BEGAG (SOCIOLOGUE ET ECRIVAIN)
« La phase de l'intégration est révolue »
Publié dans El Watan le 05 - 07 - 2004

La promotion de l'égalité des chances, une mission que vient de confier Dominique de Villepin au sociologue Azouz Begag, est un des six nouveaux chantiers du ministère de l'Intérieur, de la Sécurité et des Collectivités locales.
Azouz Begag est également écrivain. Il a écrit 35 romans. Pour le dernier, Marteau pique-cœur, publié il y a trois mois aux éditions Le Seuil, il vient de recevoir le prix Marcel Pagnol.
La mission que vient de vous confier le ministre de l'Intérieur Dominique de Villepin a pour intitulé « La promotion de l'égalité des chances ». Le terme d'intégration est-il abandonné ?
J'ai proposé au ministre de l'Intérieur que l'on ne prononce plus le mot intégration parce que continuer à utiliser ce terme veut dire que l'on n'a toujours pas compris que cette phase de la présence des immigrés en France et de leurs enfants est révolue. Il n'est plus question en ce qui concerne les enfants de l'immigration d'être intégrés, ils sont Français, mais le défi est la promotion de tous ceux qui sont là, en France. Nous revenons alors dans le champ de la République française, soit celui de rétablir les chemins qui mènent à l'égalité, notamment pour les métiers de la Fonction publique qui dépendent du ministère de l'Intérieur, comme la police, la protection civile, les préfets, les employés de mairie... Il s'agit de rendre tous ces corps de métier accessibles au plus grand nombre. Il revient à la République d'aller vers les différentes composantes de sa population pour diversifier ses portes d'entrée. C'est une nouveauté. Un métier comme celui de pompier, par exemple, a une très forte symbolique de valorisation sociale. Le pompier c'est celui qui éteint le feu, qui sauve la vie, qui protège les gens, la société. Là, plus qu'ailleurs, il faut que ce corps de métier illustre et représente la diversité sociale.
On n'est pas dans les vœux pieux ?
On est dans le pragmatisme et dans l'urgence.
Pourquoi l'urgence ?
L'absence de mixité dans les métiers de la politique, de la télévision, de la haute administration, de l'armée... ne reflète pas du tout la diversité de la population. Et cet état de fait a développé deux idées dans les quartiers où sont concentrés les immigrés et leurs enfants. La première, c'est « ce n'est pas pour nous. On est cantonné dans des rôles subalternes ». Deuxièmement, « si on veut compter dans cette société française, il faut se compter ». C'est-à-dire créer des collectifs, s'organiser sous le registre d'une communauté d'appartenance pour pouvoir être reconnu par le milieu politique local et national, c'est-à-dire l'exclusion. Et l'exclusion a généré le communautarisme.
Autrement dit, la meilleure manière de lutter contre l'exclusion, c'est de favoriser l'égalité des chances ?
Il faut aller apporter l'information et l'accessibilité aux métiers là où se trouvent les gens exclus, dans leurs quartiers. Ce n'est pas aux jeunes de faire la démarche, c'est à la société d'aller vers eux.
Et cela n'a rien à voir avec la discrimination positive ou les quotas ?
Il ne convient pas de parler de quotas dans la société française dans la mesure où la loi interdit de repérer sur les cartes d'identité des individus leur religion, leur couleur de peau, ou leur ethnie d'origine. Par conséquent, il faut parler d'une politique volontariste de mixité. Cette question de la visibilité est un enjeu politique majeur.
Pour promouvoir l'égalité des chances, ne faudrait-il pas d'abord se pencher sur les causes de la discrimination ?
Les causes de la discrimination sont relatives à la distinction sociale, elles dépassent largement le cadre de la religion ou de l'ethnie. Il faut que les jeunes des quartiers comprennent que pratiquement la seule issue qui leur est offerte aujourd'hui pour s'en sortir c'est de s'arracher au groupe d'appartenance, au territoire-refuge et traverser le périphérique aussi vite que l'on peut, c'est-à-dire dès le plus jeune âge, pour pouvoir aller inventer sa propre personnalité au contact de l'altérité. L'exclusion est d'abord intégrée par l'individu comme une barrière psychologique. Cette société de consommation a détruit tous les points de repère de ces jeunes. Ils ne se rendent pas compte qu'ils sont dans un des pays les plus riches du monde.
Il faut tout de même un minimum de moyens et d'« outillage » pour pouvoir s'arracher, franchir le périphérique...
Tous les jours, les jeunes de Bamako envahissent les cybercafés pour aller communiquer avec le reste du monde. Les jeunes de la Courneuve, d'Aubervilliers... doivent comprendre qu'il n'y a plus beaucoup à espérer de l'Etat providence. Nos parents, que nous sommes en train d'enterrer aujourd'hui, sont partis de leur village parce qu'ils n'avaient rien à manger. Le propriétaire de la ferme où travaillait mon père lui donnait en guise de salaire un quintal de blé par mois. Aujourd'hui, je suis écrivain et chercheur au CNRS, c'est tout à la gloire de mon père qui ne parlait même pas français. Il est grand temps que les personnes qui ont une autorité morale réexaminent la carte des valeurs essentielles parmi lesquelles la valeur du travail. Pourquoi serions-nous confinés à faire du trafic de haschisch et à rouler en scooter dans les banlieues ?
Quelles sont les pistes que vous aller explorer pour faire vos propositions ?
Je veux identifier les blocages à l'accès aux métiers auxquels j'ai fait référence précédemment, qui font que la plupart des gens qui vont à ces concours et les réussissent sont des Français de souche, puis les lever de manière à ce que les digues sautent, et que dans les deux ans qui viennent, il y ait des recrutements massifs. Je veux voir si la forme de ces concours ne peut pas être modifiée pour permettre à des jeunes d'horizons divers de comprendre les questions posées par les concours. Ma mission sera de faire des propositions au ministre d'ici septembre pour rendre accessibles ces concours à tous. Ce sera pragmatique.
Vous faites allusion à votre travail de terrain et à vos recherches ?
La dernière étude que j'ai faite s'appelle les Dérouilleurs. Elle remonte à deux ans. C'est une enquête qui a porté sur une centaine de quadragénaires issus de l'immigration maghrébine, qui ont grandi dans les cités HLM et réussi socialement, en essayant de comprendre les mécanismes de leur réussite.
Qu'avez-vous tiré de cette étude ?
Trois enseignements. Le premier, c'est que la plupart des gens sur lesquels j'ai enquêté ont eu très tôt dans leur vie, vers 12-13 ans, des opportunités de sortir de leur quartier et de leur milieu. Et donc qui n'ont pas peur d'être ailleurs avec des gens différents. Deuxièmement, ce sont des gens qui ont trouvé sur leur chemin des personnes-relais qui les ont aidés à traverser le périphérique, à passer d'un monde à l'autre (un éducateur, un enseignant, un employeur)... Une rencontre qui a transformé leur vie et qui leur a donné un sentiment très important pour aller de l'avant : la confiance. Le troisième enseignement, c'est surtout vrai pour les garçons qui ont réussi leur vie, ils ont été élevés pour la plupart par les femmes qui composaient leur famille. L'équilibre de ces garçons a été très largement assuré par la présence féminine.
Et pour les filles ?
Pour les filles, c'est différent dans la mesure où pour la plupart d'entre elles l'autorité gagnée par l'éducation, par l'école, a fait que toutes les contingences liées à leur sexe étaient secondaires, dès lors que ces filles acquérraient le statut d'avocate, de médecin et de professeur. Elles ne sont plus, alors, des filles, mais un statut social, ce qui permet aux parents de négocier avec les voisins, avec le « qu'en-dira-t-on » la mobilité individuelle des filles.
Vous vous retrouvez dans ce cheminement ?
Lorsque je vais voir des jeunes à l'école et que je leur tiens le discours du travail, de l'effort, je suis entendu. Je vais très souvent dans les prisons aussi. Tous les jeunes Maghrébins me disent qu'ils regrettent de ne pas avoir travaillé à l'école. Il faut dire aux plus petits qu'on ne regrette jamais d'avoir beaucoup trop travaillé à l'école, c'est élémentaire à dire, mais il faut le faire.
Vous êtes aussi écrivain ?
Dans mon dernier roman Le Marteau pique-cœur (35e, ndlr) je raconte la mort de mon père. Je suis retourné, il y a deux ans en Algérie, après 25 ans d'absence, pour l'enterrer près de la maison qu'il a fait construire pendant 30 ans, dans laquelle il a englouti toutes ses économies et qu'il n'aura jamais habitée. Pour mon père, c'était le dernier voyage, et pour ma fille, qui avait 15 ans, le premier. J'ai eu le sentiment de participer à la transmission d'un héritage. Les enfants ne demandent pas aux parents de se sacrifier, mais de vivre leur vie pour que, eux, puissent inventer leur vie. La rupture se fait là. Je ne vais pas construire une maison pendant 50 ans que je n'habiterai jamais.


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