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Ali, ô mon frère !
Extraits. Du roman-feuilleton de Omar Samar (1893)
Publié dans El Watan le 18 - 12 - 2008

Louanges à Dieu Seul. Cher Ali, ta vie, ton histoire que tu m'as si péniblement racontées, sont encore gravées dans ma mémoire avec le déluge navrant de leurs plus infimes détails. Tes aventures d'amour et surtout la dernière, celle qui t'affecta le plus et brisa à jamais ton existence m'ont profondément ému, et aujourd'hui quand je me rappelle ta folle passion pour Margueritte, malgré moi des larmes inondent mes paupières, au souvenir de tes souffrances et un besoin de parler, de vider mon cœur trop plein de douloureux secrets, m'envahit tout entier. Voilà pourquoi, mon pauvre ami, je t'ai demandé la permission d'écrire ton histoire qui est un véritable roman, mais un roman, vécu, palpitant d'émotion, de chagrin et d'espérances. Ah ! si Marguerite pouvait lire ce récit, elle verrait combien elle fut ingrate, combien sa brusque aversion fut pénible pour toi, après l'avoir follement aimée et alors peut-être, elle te presserait sur ses seins d'albâtre, où tu pourras sécher à loisir tes yeux mélancoliques, sans cesse humides de larmes. Malheureusement, tout est bien fini et même une espérance serait fugitive. Aujourd'hui, Margot est grande dame, les nobles descendants des croisés se traînent à ses genoux et le nom de son illustre époux retentit avec éclat dans les plus magnifiques salons de la Ville-Lumière.
Ton ami : Z.b. D.
Il était environ sept heures du soir ; le crépuscule enveloppait la Coquette d'un voile doré ; accoudé sur le rempart, près du pont qui relie la Vieille-Ville aux Caroubiers, je contemplais la mer très calme où de rares embarcations demeuraient immobiles et la Seybouse coulant entre les pelouses et les joncs, confondant là-bas ses eaux jaunâtres avec les flots de la Méditerranée.
Au dessous, la route de la Grenouillère, traversée par de nombreux voyageurs et de lourds omnibus chargés de monde, étendait son ruban gris, bordée du bleu de la mer, tandis que du concert indigène venaient les sons harmonieux de l'orchestre caché dans la verdure d'un charmant parterre.
J'étais absorbé dans la contemplation du beau et prenais plaisir à voir les étoiles paraître et fuir dans le ciel toujours bleu de notre pays, quand un bruit de pas fit envoler mon rêve et je tournai la tête. A quelques pas de moi, les yeux hagards, le visage empreint d'une morne tristesse, un jeune arabe, correctement vêtu, venait de s'arrêter et tenait de ses deux mains le parapet du pont. Je crus qu'émerveillé par la magnificence du jour à son déclin et le splendide paysage qui se déroulait à nos pieds, il s'était arrêté, tout comme moi, pour admirer le splendide panorama qui s'offrait à nos regards éblouis, avec tout ce que l'on peut rêver de pittoresque et de grandiose.
Mais l'expression de ses yeux était si vague, il se penchait tellement au-dessus du vide, qu'aussitôt un éclair traversa mon esprit et je fis quelques pas en avant.
Quand il me vit courir de son côté et comprenant que je cherchais l'empêcher de mettre son projet à exécution, il enjamba vivement le parapet et se laissa choir dans le gouffre plein de ténèbres. Mais, moi, prompt comme l'éclair, soulevé par une force surnaturelle, le saisis au vol par vêtements et je me cramponnai de toute ma force au parapet de la passerelle.
Il se balançait dans le vide, battant l'air de ses bras grands ouverts ; pendant ce temps, mon énergie m'abandonnait graduellement et l'orchestre indigène exécutant en ce moment une marche ottomane couvrait mes cris désespérés.
Aucun passant ne se montrait, la nuit enveloppait tout et les réverbères n'étaient pas encore allumés. Le malheureux, plus près de la mort que de la vie, sentant l'horreur de sa situation, se débattait furieusement pour tacher de se cramponner à une arche du pont, mais ses mouvements lourds et précipités m'enlevaient à chaque instant une partie de mes forces que je sentais peu à peu me trahir. J'étais fou de terreur et croyais que, moi aussi, j'allais tomber dans le gouffre.
Par un effort suprême, rassemblant mes dernières forces et appelant Dieu à mon secours, d'un brusque mouvement où je déployais le restant de mon énergie défaillante, je soulevai le désespéré à hauteur de la grille du parapet sur lequel mon corps était plié en deux. Ma bouche desséchée ne pouvait plus articuler un mot, je désespérai d'avoir du secours, je retins le malheureux, encore quelques secondes, mais soudain l'étoffe céda et l'infortuné nagea de nouveau dans le vide retenu à peine par un lambeau de toile qui se déchiquetait à chacun de ses mouvements.
Il était écrit qu'il ne devait pas mourir si jeune. Au moment où mes doigts crispés, ne pouvant plus résister au poids et à la douleur que leur causaient leurs ongles brisés, allaient se desserrer, un vieil arabe franchissait le pont.
Au secours, mon frère ! lui criais-je d'une voix à peine perceptible. D'un bond, il fut près de moi, et d'un coup d'œil effaré jugeant la situation périlleuse et navrante du malheureux à moitié nu qui se balançait dans les airs, il enleva vivement sa ceinture, y fit un nœud coulant et la lança au travers du corps du jeune homme. J'étais à bout de force, presque évanoui, mes membres refusant de m'obéir, je demeurai inerte, assistant presque inconsciemment au sauvetage qu'opérait l'homme que Le Tout-Puissant venait de nous envoyer. Le vieil arabe parvint à sauver le désespéré qui maintenant gisait à nos pieds, sauvé par un miracle de la mort affreuse à laquelle il s'était voué.
Pourquoi, mon frère, lui dis-je, quand enfin il ouvrit les yeux, avez-vous voulu abréger votre vie ? Quel est donc le chagrin immense qui a pu vous pousser à cette détermination funeste ? Il ne me répondit pas et les syllabes incompréhensibles que ses lèvres purent murmurer s'envolèrent dans le doux zéphyr qui fouettait nos visages. Quelques instants après, une calèche que le brave homme était allé chercher vint nous prendre et nous transporta rue Prosper-Dubourg, où se trouvait le domicile du malheureux, à une adresse qu'il eut beaucoup de peine à prononcer. En route, ses forces revinrent et se rappelant soudain le péril, auquel grâce à nous et à l'aide de Dieu, il venait d'échapper, il éclata en larmes et nous couvrit de baisers.
Ô mon frère ! s'écria-t-il en m'enlaçant comme vous êtes bon et quelle sincère reconnaissance ne vous dois-je pas de m'avoir arraché à la mort horrible dans laquelle je voulais me réfugier pour échapper aux peines que me cause mon désespoir.
Rends grâce à ton créateur, lui dis-je, et à cet homme qui te tient encore, car c'est lui qui t'a disputé au danger. Alors tournant ses yeux noirs très doux où se révélait une extrême bonté vers le respectable vieillard, il le remercia chaleureusement et lui baisa avec transport sa barbe blanche, mais quand il fit le geste de porter la main à la poche, comme pour le récompenser, le digne homme, sans se fâcher et souriant, fit un geste de refus. On venait d'allumer les réverbères, le cours que nous traversions en ce moment était presque désert, mais en revanche, les terrasses des cafés d'où sortaient des flots de lumière et des bruits de verres étaient bondées de monde. La voiture venait de s'arrêter rue Prosper-Dubourg, nous descendîmes tout en soutenant le malade, mais quand nous fumes dans le corridor de la maison, le vieux, qui jusqu'à présent n'avait pas desserré les lèvres, sortit de sa poche une sorte de talisman et enfin prononça ces mots :
Mon fils, un heureux hasard a voulu que je franchisse le pont assez à temps pour te sauver de la mort, eh bien ! garde ceci et surtout ne le perds pas, car ton bonheur en dépend, mais je veux avant de te remettre cet objet, que tu me jures de ne l'ouvrir que dans un moment de suprême désespoir.
Après avoir reçu le serment qu'il avait exigé, il remit le talisman au jeune homme et partit sans nous donner d'autres explications, malgré nos protestations et nos prières pour le retenir. Nous gravîmes, très intrigués, l'escalier obscur, tout en parlant du personnage mystérieux. Au premier étage, mon compagnon ouvrit une porte et me poussa dans une pièce très petite mais proprement meublée. Quand nous fûmes dans la chambre, dont la fenêtre grande ouverte laissait voir le port où des bateaux marchands profilaient leur silhouette gigantesque sur l'eau sombre :
Cher ! cher ! lui dis : -je, nous nous connaissons depuis une heure à peine et déjà nous ressentons l'un pour l'autre des sentiments de fraternelle amitié ? Eh bien, voulez-vous m'apprendre votre nom et me conter votre histoire. Croyez, mon ami, que ce n'est pas la curiosité qui me pousse à vous prier de me narrer vos chagrins, mais vous êtes entré si profondément dans mon estime que je voudrais vous alléger du poids de vos peines en vous les faisant partager avec moi.
Je ne saurais refuser de raconter mes aventures à celui qui vient de me sauver de la mort et je vous assure, mon frère, que je vous raconterai ma vie avec tous ses détails, car mon cœur, trop plein, a besoin de s'épancher et je ne puis trouver un meilleur confident que vous, car vous êtes aussi jeune que moi et peut-être avez-vous ressenti les mêmes peines ?
Ali ô mon frère ! de Omar Samar est paru sous forme de feuilleton dans le journal El Hack en 1893. Ce texte est le premier roman en langue française écrit par un Algérien. Il a été publié par Abdellali Merdaci dans la collection Bibliothèque littéraire d'Algérie en 2004 aux éditions Simoun, Constantine.


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