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« Le pouvoir s'est offert une justice aux ordres… »
Me Amar Bentoumi, premier ministre de la justice de l'Algérie indépendante
Publié dans El Watan le 05 - 02 - 2009

« Un régime se définit d'abord selon la manière dont il traite le pouvoir judiciaire. » François Mitterrand (Le coup d'Etat permanent)
En politique, la sagesse est de ne point répondre aux questions. L'art de ne pas se les laisser poser. Les souvenirs ne sont en général jamais exempts de souffrance. Le droit et la loi, telles sont les deux forces : de leur accord naît l'ordre, de leur antagonisme naissent les catastrophes
Le métier d'avocat nécessite du souffle, de l'endurance et de la résistance. Il ne diffère guère de celui du sportif. On y va comme en compétition et on n'est pas toujours sûr de gagner. « Cette comparaison serait complète si vous y ajoutiez le courage, la compétence, sans oublier qu'il faut se mettre constamment à jour », suggère Me Bentoumi, ancien bâtonnier, doyen des avocats qui a connu Nasser, Nehru, Castro, Tito, Gandhi, Mao, Mandela, Arafat, le Che et une flopée des grands de ce monde. Même s'il n'est pas sanglé dans son habit d'avocat, il a le verbe solennel, orateur, mais aussi causeur. Amar nous conte avec un débit précipité l'histoire de sa vie, plus d'un demi-siècle au service de la justice.
Le long tamis des jours défile, agrémenté parfois de succulentes anecdotes qu'il évoque avec sa sensibilité à vif, ses angoisses, ses espoirs enrobés d'un humour insoupçonné. Une naissance à Constantine et une enfance ordinaire à Alger. Les descriptions des endroits où il a vécu sont quasi photographiques. Dans l'éternelle Cirta, à Zankat El Djazarine, pas loin de Rahbat Essouf et à La Casbah d'Alger avec ses senteurs, ses bruits et ses fureurs. Amar est le fils de Hadj Arab, un travailleur besogneux originaire de Michelet qui a exercé de nombreux métiers : limonadier, cheminot, journalier en s'offrant même quelques épisodes syndicalistes qui lui ont valu bien des déboires. Au plus fort de la crise économique de 1929, Hadj Arab, lâché par tous, a dû partir gagner sa croûte ailleurs. Et cet ailleurs, c'est Alger que la petite famille ralliera au début des années 1930. Quant à la mère de Amar, elle est de Constantine. Sa famille est liée à la zaouïa locale des Amaria, d'où le prénom de Amar, dont notre avocat a hérité.
DE constantine à Alger
Amar a toujours été rétif aux embrigadements, en voulant être soi par soi-même, sans les préjugés qu'inflige l'éducation ou plus simplement la vie. « De par ma nature, confesse-t-il, je ne retiens que ce que je comprends. On voulait m'apprendre coûte que coûte le Coran par la “falaqa”, à tel point que mes pieds ont enflé, se souvient-il. Après, je suis entré à l'école française Arago. » A Alger, Amar fit ses études primaires à l'école Fatah, où il a eu comme camarade de table un certain Rouiched. Puis l'école Sarrouy, enfin le brevet et l'école normale de Bouzaréah. Il est ensuite versé au lycée de Ben Aknoun et Bugeaud où il décroche son bac. Ses sympathies pour le mouvement national sont déjà visibles en 1943.
« J'ai été recruté par Asselah Hocine, dirigeant de l'équipe de basket-ball du MCA. Dans la formation mouloudéenne, les deux arrières étaient Abdelmalek Temam et moi. En septembre 1943, j'ai participé à la première manifestation lors de l'Aïd El Fitr. J'ai été arrêté en compagnie de Sid Ali Abdelhamid et défendu par des avocats français. Au bac, j'avais obtenu une très bonne note en philo et me destinais à préparer une licence d'histoire, mais Asselah m'en a dissuadé. » « Fais du droit pour être l'avocat du parti. C'est ce que j'ai fait en prêtant serment le 10 juillet 1947 pour plaider toutes les affaires où le PPA était impliqué. Cela s'est passé au barreau d'Alger aux côtés de mes collègues Gonon, Ali Boumendjel et Hocine Tayebi. »
Ces trois avocats et d'autres confrères se réunissaient dans les sous-sols des immeubles de la rue Tanger pour soulever le cas de disparitions de militants après leur passage dans les dédales enfouis de la préfecture d'Alger. Dès le déclenchement de la lutte, Amar fera partie du collectif des avocats du FLN. Plusieurs d'entre ces robes noires, dont Amar, seront arrêtés en février 1957 et incarcérés à Berrouaghia puis à Bossuet. « J'en étais devenu le responsable clandestin avec Cheikh Sahnoun comme muphti, aux côtés de Djennas, Kerbouche, Aroua, le Dr Belouizdad. » Libéré et assigné à résidence, Amar s'évade clandestinement d'Alger sur le Sidi Ferruch. Il traverse la frontière italienne, rejoint Rome, où il est réceptionné par Tayeb Boulahrouf avant d'être dirigé sur Tunis, où il est accueilli par M'hamed Yazid et Ben Khedda.
Au printemps 1959, Djllali M'barek, alors patron de l'UGTA, le sollicite pour faire réapparaître L'ouvrier algérien. Sept numéros seront mis en chantier. Puis Ferhat Abbas, en signe de solidarité, envoie des intellectuels algériens pour aider le nouveau gouvernement marocain. Amar en fait partie. Il travaille avec le MALG en restant en contact avec la Fédération de France du FLN. Avant le cessez-le-feu, Amar est rappelé par Ben Khedda pour faire partie de l'équipe rédactionnelle de la Charte de Tripoli. Quelques semaines après, notre avocat est désigné membre de la commission centrale du référendum. Amar participe également à la proclamation de l'indépendance de l'Algérie en 1962. « La crise de l'été 1962, je l'ai vécue de près, notamment après l'arrivée de Khider à Alger. J'ai pris position pour le groupe de Tlemcen, parce que je sentais la nécessité absolue d'une autorité centrale, quelle qu'elle soit.
Il fallait éviter le wilaysme, l'émergence des seigneurs de la guerre, tout en restant vigilant, car l'armée française avait encore ses garnisons en Algérie. J'ai été proposé député de Constantine à l'Assemblée constituante et ministre de la Justice dans le premier gouvernement de l'Algérie indépendante. » A ce titre, Amar n'a pas flirté qu'avec les honneurs. « En 1964, le premier incident a lieu à propos de l'arrestation de Boudiaf et de Kebaïli. Lorsque j'ai tenté de m'y opposer, Ben Bella m'a rétorqué ‘'ça ne concerne pas la justice. C'est un problème politique''. J'avais pris des dispositions avec Medeghri en matière d'assignation à résidence. Il ne fallait pas qu'on viole les règles pour lesquelles on avait combattu. La deuxième affaire avait trait à l'interventionnisme de Ben Bella auprès du procureur d'Oran, M. Tilikete pour libérer deux assassins, présentés comme des moudjahidine. »
Au parti, dont le patron était Khider, Amar s'est appliqué à mettre en place les fondements. « Lorsque Ben Bella a eu des démêlés avec Khider, il m'a pris en grippe et m'a sorti du gouvernement. J'ai été arrêté avec Brahim Mezhoudi. Je n'étais pas d'accord avec la manière de Ben Bella de diriger et son socialisme à la noix de coco qui ne se soucie ni de la rentabilité ni de la création de richesses. Ben Bella m'a convoqué et m'a proposé le poste d'ambassadeur itinérant en Amérique latine, sinon d'aller me faire soigner en Suisse. Comme j'ai refusé, il a envoyé ses barbouzes pour m'arrêter. J'ai contribué, je pense, d'une manière importante à la création du ministère. J'ai été élu bâtonnier en 1967 et réélu en 1975. »
Ministre de la justice
La marche de Amar a été stoppée net par une ordonnance créant un nouveau statut d'avocat suscitée par Boualem Benhmaouda, garde des Sceaux à l'époque qui avait fait annuler les élections. Mais en matière de plébiscite notre avocat est gâté. Jugez-en ! Secrétaire général adjoint de l'Union des avocats arabes, vice-président de l'Union internationale des avocats, membre de l'Association internationale des juristes démocrates. « Après, j'ai fait carrière dans cette association puisque élu en 1976 membre du secrétariat et secrétaire général en 1980. C'était la première fois qu'un avocat issu du tiers-monde accède à ce poste. » En 1996, Amar est élu président de l'association, au congrès de Cape Town et élevé au rang de président émérite en 2000 avec Nelson Mandela.
Par devoir de mémoire, acteur et témoin de l'évolution du nationalisme, Amar a consigné son témoignage dans un livre autobiographique intitulé La défense des patriotes. Il affirme que Abane Ramdane et Larbi Ben M'hidi inséparables étaient les principaux artisans du congrès de la Soummam qui a doté la Révolution naissante d'une véritable organisation politique et militaire en citant Ben Khedda qui considérait ces deux personnalités comme les deux faces de la même médaille. Parlant de Abane qu'il a défendu en 1951, 1952 et 1953 et même à titre posthume « quand il a été diffamé par Ali Kafi ».
Amar dira : « Il était exigeant avec les autres et davantage envers lui-même. Il avait tout fait pour fédérer les énergies, les forces nationalistes au sein du FLN. » Me Bentoumi a fait partie avec son ami et complice Me Verges du collectif des avocats de Saddam. « Les dés étaient pipés. Bremer qui dirigeait pratiquement l'Irak avait gelé le code pénal, pondu une Constitution sur mesure et créé une cour pénale pour juger le raïs en contradiction de l'article 2 de la Charte de Genève et du droit irakien. » « Il y a une justice à deux vitesses quand il s'agit de juger des Arabes ou des Occidentaux, même nazis. Enfin il y a le timing de l'exécution. A-t-on jamais vu quelqu'un exécuté le jour de Pâques ou de Noël ? »
Soutien à la Palestine
Vedette de procès retentissants, Amar a été au cœur de l'actualité et des événements. Comme au procès de Abane et ses compagnons à Béjaïa en 1950/1951, ensuite à Alger. « C'était le début de ma carrière. Mes premières plaidoiries. Ce procès m'avait profondément marqué. » Après l'indépendance, Amar a pris une part importante dans le soutien à la cause palestinienne. Il a défendu les fedaiyine, introduit l'OLP dans les ONG. Il a été fondateur et président du premier comité de soutien à la Palestine avec Pierre Chaulet, l'évêque Scotto et Abderahmane Farès. Avec Mr Verges, il participe à la défense des Palestiniens dans les procès d'Athènes, de Zurich et de Munich, d'où ses amitiés avec Arafat et Aboudjihad. Il est observateur au procès de New York, où était impliqué l'homme qui a abattu le rabbin raciste Kahan.
Amar a défendu l'ancien ministre tunisien de la Défense, M. Mestiri, et Bounailate du nom de cet officier marocain à la tête d'une armée clandestine voulant destituer le roi Hassan II. Amar a aussi pris part au procès du Printemps berbère et celui de Benflis. L'ancien ministre de la Justice n'est pas tendre ave ce qui se passe actuellement dans le domaine qui est le sien : la justice. « Il faudra des générations pour la remettre sur pied. Il n'y a pas de justice, mais un appareil judiciaire au service du pouvoir dans les affaires sensibles et dans les autres affaires. Le magistrat est sous la surveillance à caractère policier de l'inspection de la magistrature et sous le contrôle étroit des directions de la tutelle. Les magistrats sont privés de leurs attributions, notamment les chefs de juridictions, dont l'autorité sur leurs collègues a été confisquée.
Ces magistrats sont jetés en pâture, même si certains d'entre eux ne sont pas à la hauteur. » Amar en parle avec passion et colère. Les émotion fortes font toujours un bruit pas comme les autres et l'avocat hausse le ton pour dire son opposition aux « méthodes peu orthodoxes employées qui dénaturent la justice. » Aussi, pour lui, dire des vérités devient un pari risqué. Le harcèlement de la presse ne l'étonne pas de la part d'un pouvoir qui est dans son rôle. « Le pouvoir est confronté à deux impératifs. Le premier est de ne pas apparaître comme un pouvoir qui nie la liberté d'expression et d'autre part, limiter cette liberté dans ses diverses expressions médiatiques.
Ne parlons pas des médias lourds qui sont carrément ‘'privatisés'' par le pouvoir. » Malgré tous les avatars, Amar demeure optimiste pour l'avenir de l'Algérie. « Ce système est le dernier avant l'accession de l'Algérie à la démocratie et des Algériens à la jouissance de leurs droits individuels et collectifs », pronostique-t-il. La justice un utopique dessein ? Doit-on s'y accrocher inexorablement ou s'aligner sur les thèses de cette célèbre juriste qui s'était interrogée un jour : « Je ne crois pas que la justice règne jamais parce que l'injustice n'est pas dans les lois, elle est en chacun de nous… »
Parcours
Amar Bentoumi est né le 26 décembre 1923 à Constantine. Il est l'avocat conseil des nationalistes, notamment des militants du PPA/MTLD et du FLN après le déclenchement de la lutte armée en 1954. Interné en 1957 à Berrouaghia et à Bossuet, assigné à résidence, il s'évade pour aller à Rome puis à Tunis, où il est rédacteur de L'ouvrier algérien, organe central de l'UGTA. Rapporteur de la commission justice pour les accords d'Evian, il participe à la rédaction de la Charte de Tripoli et à l'organisation du référendum. Il figure dans le premier gouvernement de la République algérienne en tant que ministre de la Justice, garde des Sceaux. Arrêté en 1964, il reprend son métier d'avocat. Bâtonnier de l'Ordre national, il sera élu et réélu durant de longues années. Amar défend la cause palestinienne et prend part à des procès retentissants comme celui de Saddam. Me Bentoumi a obtenu de nombreuses distinctions et figure en bonne place dans les instances judiciaires internationales. A 86 ans, il fréquente assidûment son cabinet d'avocat.


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