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Merzak Allouache-Réalisateur de “Harragas” : « La censure devient anachronique »
Publié dans El Watan le 14 - 11 - 2009

Trente-trois ans après Omar Gatlato, son réalisateur poursuit toujours les univers de la jeunesse algérienne
Pourquoi avoir choisi de traiter par la fiction le problème des harragas ?
Je pense ma pratique du cinéma en termes de fiction. J'ai tourné très peu de documentaires. Ce n'est pas un genre qui m'attire. Lorsque je m'y suis aventuré, ce fut par hasard et nécessité, comme lorsqu'en octobre 88, j'ai pris une petite caméra pour témoigner. Je pense qu'aujourd'hui, la tragédie humaine et révoltante du phénomène des harragas mérite qu'on l'évoque par tous les moyens possibles : l'écrit journalistique, la fiction romanesque, le théâtre, le cinéma, etc. Tous les moyens sont bons, l'essentiel étant de dire, d'exprimer ce que l'on ressent. Le monde Internet que nous vivons et qui permet à tout un chacun de communiquer librement n'a plus aucune limite. La censure, l'autocensure, la frilosité face aux évènements qui secouent la planète deviennent anachroniques alors que la circulation de l'image et du son est à présent une banalité. Les documents filmés sur l'Algérie qui circulent sur internet sont là pour l'attester. Le support par lequel on témoigne, on crée, on proteste, n'a plus aucune importance. J'aurais pu tourner mon film avec une petite caméra…
C'est l'ampleur prise par le phénomène qui vous a poussé à cette première séquence d'exposition de ses causes : chômage, malvie… ?
Effectivement, dans la première partie, les séquences d'expositions dans lesquelles nous rencontrons les personnages, issus de diverses couches sociales, indiquent l'ampleur de cette tragédie. Je ne vous apprendrais rien en vous disant que les causes qui poussent des jeunes et moins jeunes à « brûler » sont diverses mais que la principale est liée à la malvie et au manque de perspectives. Dans mon film, je parle de harragas qui utilisent des barques. Mais il existe une autre catégorie de harragas, peut-être plus nombreux et plus « chanceux » qui partent « normalement » avec leur visa, en prenant l'avion ou le bateau… Sans oublier les autres qui se morfondent dans leur quotidien et rêvent de « brûler » sans se l'avouer… Le problème c'est, comment faire pour que ça s'arrête.
L'écriture cinématographique de Harragas épouse une dramaturgie qui « saisit » le spectateur du début à la fin. Ce choix scénaristique était-il dicté par la gravité du sujet ?
En préparant ce film, je n'ai jamais pensé réaliser une comédie en utilisant l'ironie et le décalage que j'adore. Dans Harragas, à cause du sujet, je me suis fait violence pour raconter froidement et sans concession cette histoire sur un mode réaliste à la hauteur de ce drame national. J'ai choisi d'être proche de mes personnages, simplement, sans la démagogie ou le cynisme qu'on voit poindre ça et là. Je suis scandalisé lorsque j'entends évoquer, à propos de ce problème tragique, un « phénomène de mode ». Il est facile d'ironiser lorsqu'on peut se déplacer hors du pays sans problème et qu'on ne vit pas l'enfermement. Dans mes premiers débats en Europe, j'essaie d'expliquer qu'on ne donne même pas le choix aux jeunes Algériens, de partir librement pendant un week-end pour découvrir autre chose selon l'adage « les voyages forment la jeunesse »… C'est terrible ! Effectivement, avec ce film je voudrais « saisir le spectateur » car mon but est d'amener le spectateur algérien ou étranger à être le plus proche possible de mes personnages. Si on les comprend, si on les trouve humains, si leur odyssée suicidaire interpelle, si leur malheur provoque l'émotion et si leurs réflexions posent des questions, j'aurais gagné mon pari.
Comment s'est opéré le casting dont les résultats sont probants dans les interprétations ?
Je l'ai effectué à Mostaganem, dans les milieux du théâtre amateur. J'ai eu la chance d'être accueilli par les responsables du festival et j'ai commencé à rencontrer tous ces jeunes. A Mostaganem, ville de tradition théâtrale, j'ai découvert une véritable pépinière de comédiens. J'en ai rencontré d'autres à Alger, en essayant de ne pas faire la même erreur qu'il y a quelques années… Pour un réalisateur, la découverte d'une actrice ou d'un acteur qui vient à vous avec sa fraicheur, ses émotions et son enthousiasme, est un vrai bonheur. Pendant le casting de Harragas j'ai essayé d'être le plus vigilant possible...
Vous êtes-vous livré à une enquête préalable à l'écriture du scénario pour densifier la crédibilité des situations et des personnages ?
Je me suis documenté à travers la presse, j'ai aussi rencontré des jeunes sans-papiers en France, des candidats potentiels à la harga en Algérie et des ex-harragas qui attendent l'occasion de récidiver. Ces diverses rencontres m'ont servi particulièrement à l'écriture des dialogues. 99 % de ce que disent les personnages sont des phrases que j'ai entendues. J'ai aussi lu des contributions de chercheurs algériens qui travaillent sur le phénomène des suicides, des émeutes, des kamikazes et des harragas. C'est vraiment terrible…
Qu'espérez-vous des retombées d'un sujet aussi social et politique ? Voir un jour le gouvernement décréter la question des harragas cause nationale ?
J'espère avant tout que ce film sera vu, et franchement, n'étant pas un homme politique, le reste me dépasse. Lorsque j'ai tourné Omar Gatlato, j'avais effectué une tournée dans les principales salles de cinéma du pays. Elles étaient nombreuses et les débats sur les problèmes du quotidien des jeunes, du manque de perspectives, de la malvie, de ce qu'on appelait à l'époque la génération de transition ou la génération sacrifiée étaient passionnés. A l'époque, jeune et enthousiaste, je croyais naïvement que mon film et l'engouement qu'il suscitait allaient permettre de trouver des solutions immédiates aux problèmes que nous vivions… Quand je vois la situation actuelle, tant d'années après, c'est désespérant. Mais, bien évidemment, je serais heureux que le gouvernement ouvre un grand débat sur la question des harragas, de la malvie, de la hogra, des émeutes et de la tristesse ambiante…
Avez-vous pensé à une version en arabe algérien pour la diffusion en Algérie et à quand celle-ci ?
Harragas est une coproduction algéro-française qui évoque un problème algérien et donc, évidemment, une version originale du film existe. C'est celle qui sera en distribution internationale sous-titrée. La version française circulera en France et dans les pays francophones. Le travail sur ces deux versions fut très difficile et m'a fait perdre beaucoup de temps, mais au final, j'en suis satisfait. Je préfère bien sûr la version originale. Et puis l'accent de Mostaganem est tellement beau… Pour ce qui est de la sortie en Algérie, j'espère comme pour mes autres films, qu'elle aura lieu le plus rapidement possible, dès que j'aurais l'agrément. Je pense qu'au sein de la société civile, le débat sur le problème des harragas n'a pas attendu mon film pour exister et si ce film y contribue même modestement, j'en serais heureux
Vos projets ?
J'ai réalisé cet été un film, tourné à l'arraché pendant le festival panafricain. Ce n'est pas un film, comme on dit « dans le cadre de… », mais juste une envie personnelle de suivre quelques personnages avec une petite équipe très mobile et, en toile de fond, certaines manifestations du Panaf. Une espèce de film expérimental que je monte actuellement… Parallèlement à la promotion de Harragas qui sortira en février, et aux festivals auxquels nous devons participer, j'entame la préparation d'un téléfilm pour France 2, Tata Bakhta !, une comédie comme je les aime…Et puis, avec une scénariste, nous avons terminé l'écriture d'un scénario consacré à la Grande Marche des enfants d'immigrés contre le racisme qui eut lieu en 1983 à travers la France. Une production plus ambitieuse pour le cinéma...


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