Concurrence déloyale, accès difficile aux crédits bancaires et absence de concertation. Le secteur du BTPH demeure, en dépit d'un dynamisme apparent, le parent pauvre de l'économie algérienne. Profession de foi du gouvernement, les entreprises appartenant au secteur sont en proie à une profonde désillusion. « Les entreprises du bâtiment continuent de naviguer, parfois à vue, et ce en l'absence de dialogue avec les responsables dans le but de trouver des solutions à tous les problèmes qui restent posés et qui pèsent tels des fardeaux sur ces mêmes entreprises », déplore Mouloud Kheloufi, président de l'Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA) dans une déclaration évaluative diffusée par son association. Les boulets sont nombreux. Cette organisation cite, entre autres, le poids des créances détenues par certains organismes de l'Etat estimées à plus de 40 milliards de dinars. L'Association des entrepreneurs a requis de voir cette situation asphyxiante épurée. Cette réclamation est restée lettre morte, regrette encore M. Kheloufi. Cette situation dans laquelle s'est embourbé le BTPH privé est annonciatrice d'incertitudes sur l'avenir de ce secteur. « Comment vont faire les entreprises du BTPH, et dont nous représentons une partie, pour prendre part aux travaux de réalisation des logements, des routes, des barrages et des infrastructures de base alors que nos caisses sont vides faute de recouvrements des créances ? », s'interroge encore le président de l'AGEA, en plaidant pour la révision de la législation régissant le secteur du BTPH, au demeurant, à l'origine de ce « goulot d'étranglement ». Les entrepreneurs réclament également la refondation de la relation entre les banques et les entreprises dans le sens d'instaurer « un climat de confiance ». « Nos banques disposent de 50 milliards de dollars de surliquidités et nos entreprises trouvent toujours des difficultés pour financer des projets d'intérêt général », constate amèrement le porte-parole des entrepreneurs, en réclamant « l'instauration de structures d'appui spécialisées au financement des entreprises s'avère une nécessité pour plus de valorisation et de développement de toutes les capacités industrielles qui sont malheureusement bloquées actuellement ». Pour le président de l'AGEA, seule la libération des entreprises nationales des freins bureaucratiques est à même d'asseoir un gage de développement économique. Aussi, cette association professionnelle appelle de ses vœux à ne pas « avoir peur de donner une place suffisante aux importations lorsqu'elles contribuent directement à la valeur ajoutée des entreprises et du PIB du pays ». M. Kheloufi n'a pas manqué d'évoquer « la concurrence déloyale » à laquelle sont confrontées les entreprises nationales suite à l'adhésion de l'Algérie à la Zone arabe de libre-échange. A cet effet, l'AGEA dénonce une prise de décision sans aucune concertation avec les représentants des entreprises nationales. « Il est de notre devoir de solliciter, sinon de revendiquer cette concertation. Tout comme il est de notre devoir de demander plus aux pouvoirs publics afin d'améliorer la situation des entreprises, en exigeant des mesures de soutien encore plus fortes, plus franches et plus efficaces », estime M. Kheloufi, dans son intervention en assemblée générale ordinaire de l'AGEA. Cette dernière, qui a organisé ses premières assises à Annaba en 2007, a adressé ses recommandations aux pouvoirs publics, lesquelles sont restées lettre morte. L'AGEA souligne, à juste titre, que les problèmes récurrents de pénurie de ciment et de matériaux de construction « auraient pu être aisément évités si nous avions été associés dans la prise de décision ». Ce n'est que partie remise, puisque M. Kheloufi annonce la tenue des secondes assisses du secteur en juin prochain à Oran, et ce, dans le but d'alerter les pouvoirs publics.